‹ Index, lectures et morale évangélique [microforme]Chapitre 6 sur 7 · LA PRESSE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LA PRESSE CATHOLIQUE

Un des devoirs que les circonstances au milieu desquelles nous | vivons rendent plus spécialement impérieux est celui de soutenir et, | dans l’occasion, de propager les journaux, les revues et autres publi- | cations périodiques ayant—c’est de ceux-là seuls qu'il s’agit—un | caractère franchement catholique. Il faut les lire et aller y cher- | cher non pas tant l'exposé des faits et le récit des événements de chaque jour que la saine doctrine et la pensée de l'Eglise. Il faut aussi les estimer, les louer, les faire apprécier à cause de leur sou

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veraine utilité, de leur fier courage et de leur généreux dévouement. Ne soyons pas de ces imprudents qui, y découvrant des défectuosités parfois incontestables à côté de mérites qu’on ne rencontre nulle part ailleurs, n’hésitent point à favoriser l’œuvre de l'ennemi en prenant plaisir à les déprécier.

Le rôle principal de la presse catholique est d’affirmer, de répandre et tout particulièrement, dans les temps actuels, de défendre la vérité et de projeter sur tous les problèmes religieux ou sociaux qui, à chaque instant, se présentent à notre solution ou à notre appréciation la lumière de la sagesse chrétienne et de l'esprit évangélique.

Il existe aujourd’hui dans le monde une organisation aux ramifications multiples et d’un caractère international: elle est communément connue sous le nom de franc-maçonnerie. Les sectes qui la composent ont pour but—c’est Léon XIII qui parle— «de renverser de fond en comble toute la discipline religieuse et civile que la Constitution chrétienne a produite et de la remplacer par une autre, construite à leur guise, d’après les principes et les lois du naturalisme” ! Quiconque serait tenté d’en douter n'aurait qu’à promener son regard sur l’œuvre accomplie par elles dans le malheureux pays qu’elles ont réussi à soumettre à leur domination. Elles ont dans une large mesure réalisé leur programme au sein de la nation française, qui doit en grande partie à l'Eglise tant de siècles de prospérité, de lumière et de gloire. “Vous avez vu, écrivait Pie X à ses fils catholiques de France, vous avez vu violer la sainteté et l’inviolabilité du mariage chrétien par des dispositions législatives en contradiction formelle avec elles; laïciser les écoles et les hôpitaux; arracher les clercs à leurs études et à la discipline ecclésiastiques pour les astreindre au service militaire; disperser et dépouiller les Congrégations religieuses et réduire la plupart du temps leurs membres au dernier dénûment. D’autres mesures légales ont suivi, que vous connaissez tous: on a abrogé la loi qui ordonnait des prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux; supprimé les signes de deuil traditionnels à bord des navires le vendredi saint: effacé du serment judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux; banni des tribunaux, des écoles, de l’armée,

1—Encycl. Humanum genus,

de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait d’une façon quelconque rappeler la religion” !. Chez tous les peuples civilisés, pourrions-nous ajouter, l'exil est, après la mort, la peine la plus grave et la plus infamante : on a forcé de s’éloigner de leur patrie des milliers d'hommes et de femmes dont le crime, aux yeux des sectaires, est d’avoir voulu se dévouer au service de l'enfance et des malheureux et de s’être séparés du monde afin de mieux aimer Dieu. L'Eglise a été dépouillée de ses biens; les parents chrétiens se sont vus soumis à des difficultés, à des exigences qui ne permettent plus guère qu’aux riches de faire donner à leurs enfants une éducation catholique. Le soldat dans l’armée ou sur les champs de bataille, le marin au milieu des périls de l'océan vivent et meurent sans avoir la liberté de recevoir des mains du prêtre la bénédiction qui console et le pardon qui sauve, rassure et fortifie au milieu des épreuves et des défaillances de la vie ou parmi les transes de l’agonie et les affres de la mort.

La franc-maçonnerie poursuit son œuvre dans tout l’univers: elle veut déchristianiser le monde. Son plan de campagne pour y parvenir est en général de fausser les esprits et de corrompre les cœurs surtout par la mauvaise presse, le mauvais théâtre et le mauvais livre; mais tout spécialement de soustraire l’éducation à l’autorité et à l’action modératrice de l'Eglise pour la soumettre entièrement à la volonté de l'Etat; puis de s'emparer du pouvoir civil ou au moins d’influencer les législateurs et par eux, au moyen de lois in- Justes et persécutrices, suivant un ordre depuis longtemps déterminé, de tarir les sources de l'éducation chrétienne, de paralyser toute influence religieuse, de pousser les peuples à toutes les aberrations de l’orgueil et de l’impiété. à la vulgarité d’une existence toute terrestre, qui les feraient infailliblement retourner aux erreurs et à la grossièreté du paganisme, si l’Eglise immortelle de Jésus-Christ ne devait jusqu’à la fin des temps dissiper les ténèbres de l’ignorance et de la superstition et empêcher de s’universaliser de nouveau dans le monde la dégradation, l’injustice et la tyrannie.

Notre pays n’a-t-il pas été le théâtre de pareilles tentatives et

1—Encycl. Vehementer nos (11 février 1906).

ne prépare-t-on point parmi nous de semblables attentats? Que veulent donc dire ces critiques incessantes et déloyales de nos œuvres d'éducation, ces comparaisons malveillantes, ces blâmes immérités, ces exigences présentement irréalisables, ce silence perpétuel sur les triomphes et les bienfaits de notre foi et sur nos gloires religieuses, ces attaques persistantes et systématiques qui ne peuvent avoir pour résultat que de saper les fondements de la religion et d’amoindrir au sein de notre population le prestige et l’influence de l'Eglise? Que veulent dire par contre cette estime et cette facile admiration pour tout ce qui est antichrétien ou anticatholique; cette sympathie non équivoque et parfois nettement affichée pour les athées, les anarchistes et les révolutionnaires; ces éloges au moins di-crets et voilés sinon toujours ouvertement cyniques et impudents des plus impies et des plus brutales révolutions ? Œuvre néfaste et ténébreuse, impuissante encore, si on le veut bien, mais cependant à redouter parce qu’elle n’est pas assez universellement et vigoureusement haïe et méprisée, parce qu’elle trouve chez nous une tendance trop générale à favoriser les théories suspectes et à diminuer la vérité, parce qu’elle peut compter sur la bienveillance et même l’encouiagement des dupes et des aveugles et sur l’appui de l’hérésie qui nous environne et qui déjà, en maints endroits de notre pays, dans le domaine de l’éducation, fait peser sur nous, enfants de la vérité, une odieuse oppression.

Mais il n’y a point de sérieux danger, s’écriera-t-on; l'attaque est trop faible: il suffit de la dédaigner; la foi canadienne est inébranlable; elle ne saurait si facilement périr. Et l’on se sent pris d’une sorte de pitié hautaine pour les ardents défenseurs de chàteaux forts en sureté, pour les vaillants chevaliers qui déploient toute leur valeur à combattre des ombres, pour ces chrétiens aux vues étroites et au zèle exagéré, ces fervents et charitables disciples de Jésus-Christ qui ne comprennent rien à son esprit de progrès, de tolérance et de liberté!...On ne saurait trouver, au point de vue du sens catholique, de plus lamentable disposition. Le plus grand mal dont souffre l'Eglise c’est l’insouciance et l’apathie de ses propres enfants surtout en face des fausses doctrin-s des adversaires de la vérité. N'est-ce pas pendant que tout le monde était endormi que l'ennemi dont parle l'Evangile jeta dans le champ du père de famille

la semence de l’ivraie? * Le prince desténèbreset ceux qui lui servent d'instruments profitent du moment où les hommes sont comme endormis dans la torpeur pour semer l'erreur, les maximes perverses, la corruption. Nous sommes d’ailleurs, en vertu d’an curactère indélébile imprimé dans nos âmes par la confirmation, soidats de Jésus-Christ. Convient-il à des soldats de reposer paisiblement sous leurs tentes, d'inviter l’armée à l’inaction quand les sentineiies ont signalé les indices d’un plan de bataille et d’un projet l’anéantissement, quand sur le front de bandière retentit le clairon d’alarme, quand déjà l'ennemi a dressé ses batteries et commencé à lancer ses projectiles? Nous sommes les enfants de l'Eglise: rester inactif et insouciant devant les maux qui la menacent et les attaques dont elle est l’objet, parce qu’on ne saurait en souffrir personnellement, c'est n'être pas loin d’imiter l’ingratitude et l’indignité d’un fils dénaturé qui regarde avec intérêt de lâches assaillants outrager sa mère. Nous sommes les gardiens et les dépositaires du précieux héritage de la foi. En permettant à l’ennemi de faire librement son œuvre nous laisserions baisser peu à peu parmi nous l’esprit surnaturel et chrétien; nous abandonnerions aux séductions de l’erreur les faibles, qui deviendraient nos propres adversaires en devenant les transfuges de la vérité et qu’il aurait fallu affermir et protéger; nous transmettrions à ceux qui viendront après nous une fortune morale ébranlée, sinon déjà chancelante, un héritage spirituel regrettablement amoindri, qu’il est de notre devoir d’administrer avec la sagesse et le soin d’un serviteur fidèle et dont nous porterons jusqu’au tribunal de Dieu, lorsqu'il faudra rendre compte de notre administration, 11 sérieuse et redoutable responsabilité.

Nous encouragerons donc la presse catholique; nous lui faciliterons, par un appui efficace, la tâche ardue mais noble et méritante d'appliquer toutes ses énergies à réfuter l'erreur, à dissiper l’ignorance, à répandre la vérité et à tenir en échec le flot de l’obscénité et l'influence tyrannique du maçonnisme et de l’incrédulité. Nous lui demanderons de nous dire la pensée de l'Eglise sur tous les problèmes qui intéressent les sociétés; car l'Eglise possède, comme son

1— Matth. 13, 25.

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divin Fondateur, «les paroles de la vie éternelle » et le secret d’adoucir les passions, d’affermir la justice, de faire fleurir parmi les peuples l'honnêteté, la bienfaisance, la délicatesse, la charité, la concorde et la paix.

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