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LIVRES DE DOCTRINE ET DE SPIRITUALITÉ

Nous lirons encore les livres où sont contenus comme dans de riches écrins les trésors, les joyaux étincelants de l’enseignement catholique. Des catéchismes de persévérance, des ouvrages pieux et instructifs devr.ient être nos compagnons habituels et constamment éclairer pour nous le chemin du vrai, du devoir et des destinées éternelles. Une culture intellectuelle qui n’est point perfectionnée par de solides connaissances religieuses est un édifice privé du dôme qui doit le couronner. Combien de fois n’arrive-t-il pas que des enfants de l'Eglise aillent chercher dans des œuvres ou des publications neutres, indifférentes ou même au service ou sous le contrôle des adversaires de la foi, leurs lumières et leurs inspirations. Dans l’ordre des choses humaines on s’adresse à des hommes de science, à d’habiles professionnels, lorsqu’il est question de connaître et de défendre ses droits, de guérir une maladie ou de conjurer le danger de la mort. Mais quand il s’agit des intérêts et de la gloire de Dieu, du salut et de la perfection des âmes, des problèmes sociaux d’où dépendent la prospérité et le bonheur des peuples, on en est encore souvent à écouter les hâäbleurs et à consulter les charlatans.

Lisons habituellement, étudions même les livres de doctrine chrétienne afin de pouvoir rendre compte de notre foi, de mieux comprendre la sagesse de notre religion, de rester plus arsolument inébranlables devant les prétentions de l’erreur et de savoir dissiper les sophismes de l’hérésie et de l’impiété; afin de nous prémunir contre les secrètes infiltrations dans nos âmes d’une fausse tolérance et de maximes dangereuses, contre un affaiblissement du sens surnaturel; afin de raviver en nous l’amour de la vérité libre de tout alliage et de toute compromission, l'esprit évangélique dans toute sa divine intégrité; afin de nous mieux préparer à la véritable vie, à cette vie de contemplation et de félicité sans fin, dont les lumières et les beau-

tés supérieures d'ici bas ne sont qu’une première lueur et une lointaine représentation.

Nous lirons aussi les ouvrages qui s'adressent à l’âme plus qu’à l'esprit et qui peuvent nous élever aux sommets de la perfection. Nous les lirons lentement , faisant, selon Pinspiration du cœur, des haltes intellectuelles et nous laissant pénétrer doucement de l’arôme et de l’onction de leurs saints enseignements. Nous en choisirons quelques-uns seulement: les plus beaux et surtout les plus édifiants: l’Introduction à la vie dévote, le Combat spirituel, la Vie des Saints, l’Imitation de Jésus-Christ. Nous lirons avant tout les Saintes Ecritures, en particulier les Psaumes et le Nouveau Testament, tout spécialement l'Evangile: la lumière de l’éternelle vérité y rayonne sous le voile des mots comme le Verbe fait chair sous les voiles eucharistiques.

Ne nous faisons point illusion : tous les hommes sont tenus de s'appliquer à l’œuvre de leur perfection. «Soyez saints dans toute votre conduite »!, disait S. Pierre à tous les fidèles. “N’aimez point le monde ni tout ce qui est dans le monde,” ?, s’écriait à son tour le disciple bien-aimé, « Usez des choses d’ici-bas comme n’en usant point,” ajoutait l’apôtre des nations. «Nous avons été choisis pour devenir des saints. » Ce n’est pas seulement aux apôtres mais à la multitude que Jésus-Christ s’est adressé quand il a dit: «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».5 « Si quelqu'un veut venir après moi qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive ».% C’est à tous qu’il a donné comme code et condition du bonheur les béatitudes évangéliques; à tous qu’il a recommandé la charité, l'oubli des injures, l’amour des ennemis, le détachement, la pureté du cœur, l’obéissance, la modestie, la douceur et l’humilité.

L'effort vers la perfection est même une condition de salut ou

1—1I Petr. 1, 15.

2—1I Joann. II, 15.

3—1 Cor. VII, 31.

4—Eph. 1, 14.

5—Matth. V, 48.

6—Matth. XVI. 24.

de persévérance. «Pour arriver, disait Bossuet, à cette montagne, à cette sainte Sion dont le chemin est si raide et si droit, si l'on ne s'efforce pour monter toujours, la pente nous emporte et notre propre poids nous précipite. Tellement que, dans la voie du salut, si l’on ne court, on retombe; si on languit, on meurt bientôt; si on ne fait tout on ne fait rien ; enfin, marcher lentement c’est rendre la chute infaillible. »!

Personne du reste n’atteindra définitivement sa fin sans avoir atteint la perfection; car «rien de souillé—ni donc d' mparfait— n’entrera dans le royaume des cieux. »? Pourquoi ne pas sanctifier son âme ici-bas au feu caressant et méritoire de la charité plutôt que d'aller se purifier dans les flammes crucifiantes et stériles d’outre-tombe? Pourquoi ne point préparer la robe nuptiale avant l'heure où la mort viendra nous avertir qu’il est temps de paraître en présence de i’Epoux? O hommes! jusques à quand votre cœur sera-t-il appesanti? Jusques à quand aimerez-vous le mensonge et la vanité? Que de déceptions et d’amers regrets on se prépare en écartant de sa pensée et de ses actes le souci et le soin de sa perfection!

Qu'elle soit désormais le premier objet de vos désirs, le but principal de votre vie, votre œuvre de prédilection. Vous irez souvent alimenter votre âme aux fantaines de la prière et des sacrements; mais vous n’oublierez point que les lectures pieuses sont, avec l'auditior de la parole de Dieu, comme une condition indispensable de tout progrès moral, de tout succès véritable dans la préparation de notre éternel avenir. “Il n’est point dans les vallées de sources si abondantes qui ne tarissent quand les plateaux d'où elles descendent restent longtemps sans pluie; il n’est point non plus, dans les plaines, d’herbe si verdoyante qui ne se dessèche et ne meure, si le sol où plongent ses racines n’est pas fécondé par la rosée du ciel ou par d’artificielles irrigations ».% Egalement la piété s’étiole quand elle n’est point arrosée par les eaux de lectures édifiantes qui la fassent fleurir et en renouvellent constamment la vigueur et l'éclat. L'âme

1—Troisième Sermon pour la fête de tous les saints, 2—Apocal. XXI, 27.

3—Guibert. La piété XXVI.

au contraire s’anime et s'embrase de célestes ardeurs, elle sent s'épanour en elle les bourgeons des vertus chrétiennes quand elle est environnée d’une atmosphère de saintes pensées et de pieuses affectirns. Sans l'influence salutaire des livres d'édification les héros du christianisme n'auraient pas toujours atteint les sommets de ja sainteté.

Vous marcherez sur les traces de ces nobles devanciers. C'est le soir surtout que vous aimerez À vous retirer loin du commerce des hommes pour chercher la compagnie de Dieu et vous reposer dans Sa paternelle bonté. Vous écouterez alors en silence la voix de ces maîtres éminents qui auront le secret de vous faire monter jusqu'aux régions sereines de l'idéal chrétien. Vous oublierez les soucis et les préoccupations terrestres; vous sentirez votre âme inondée de cette paix ineffable «qui Surpasse toute intelligence » et pénétrée d’une onction céleste comme au sortir d’une fervente prière: la vérité à vos yeux brillera plus limpide et plus vive; il vous semblera parfois apercevoir dans les hauteurs des feux d’aurore et comme la première aube du jour éternel; votre sommeil sera plus paisible et plus doux ; et le lendemain vous retournerez le front plus illuminé, l’âme plus haute et plus vigoureuse, le cœur plus ardent et plus généreux aux luttes ou à la tâche de la vie. Votre existence sera vraiment un sentier de lumière qui ira toujours grandissant jusqu’au plein midi de la gloire durant les siècles des siècles.

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