CHAPITRE IV. — INDUSTRIE AGRICOLE ET HORTICOLE
L'industrie de la commune de Doué se rapporte plutôt à l’agriculture et à l’horticulture qu’à tout autre objet, car la chaux, par
exemple, que l’on expédie sous le nom de chaux de Doué, provient plutôt des communes environnantes que de Doué même. Ainsi, c’est l’agriculture et l’horticulture de cette commune qui vont faire Je sujet de ce chapitre.
Agriculture proprement dite,
L'agriculture de Doué, comme celle de tout le canton en général, et même nous pourrions dire d’une grande partie de l’arrondissement de Saumur, se rapporte à la culture de la vigne, à celle des céréales, des pommes de terre, ainsi que des prairies artificelles.
Dans un travail que nous avons publié en 1856, sous le titre de Etat actuel de l'agriculture dans le département de Maine-et-Loire, ayanf£ fait connaître les cultures de Doué, nous croyons devoir nous borner ici à en reproduire seulement quelques passages, renvoyant au reste le lecteur à l’ouvrage précité. Ainsi, nous dirons : Si lon jette un coup d’æil sur l’agriculture du canton de Doué et même d’une grande partie de l’arondissement de Saumur, on voit que le sainfoin et la luzerne entrent dans tous les assolements de ces contrées où le sol est calcaire. Cette manière de cultiver étant on ne peut plus en rapport avec la nature du sol, bientôt on éprouve un sentiment de plaisir en voyant les résultats obtenus par cette culture bien entendue. D’un autre côté, si par un souvenir rétrospectif l’on se reporte à ce que pouvait Ôtre ce pays avant l’introduction de ces deux plantes bienfaisantes — la presque totalité des fermes étant privées de prairies naturelles, et par cela même dans l'impossibilité de pouvoir élever des bestiaux — 1l est facile de comprendre qu’il faut rapporter à la culture de ces deux plantes les progrès agricoles qu’on y remarque actuellement.
Si maintenant de l’admiration l’on passe à la reconnaissance, et il en doit être ainsi, sous peine d’être taxé d’ingratitude, il faut reporter à M. de Foulon (1) le mérite de ce bienfait, car c’est à cet homme de bien qu'est due l’introduction dans le pays de la culture d’abord du sainfoin et ensuite de la luzerne (2).
Ces deux plantes, en donnant les moyens de former des prairies artificielles, sont devenues en même temps les moteurs de la culture alterne, culture qui consiste dans l’emploi, d’abord de ces deux
(1) Joseph-François de Foulon, contrôleur-général des finances, sous Louis XVI, en 1789, naquit à Saumur en 1715, et mourut à Paris, le 22 juillet 1789. — M. de Foulon fut du nombre des premières victimes de la fureur des révolutionnaires.
(2) Pour perpétuer ce bienfait et rappeler en même temps le sentiment de reconnaissance des habitants de Doué et de toute la contrée, nous avons eu déjà l’occasion de proposer que l’inscription suivante fût gravée sur la pierre en carac-
fourragères, puis dans celui du froment, de l’orge, de l’avoine, des pommes de terre, etc.
Nous n'irons pas plus loin dans cet exposé, ayant, comme nous Pavons déjà dit, rappelé dans notre ouvrage sur l’agriculture du
département de Maine-et-Loire tout ce qui se rattache à cesujet.
Viticulture.
La vigne qui, en général, est plantée par planches séparées par des raises d'écoulement pour les eaux, appartient au pineau blanc. La taille, qui a lieu vers la fin de l'hiver, présente deux manières d’être : le cep, qui rarement n’a qu’un seul bras, donne des sarments que l’on taille à deux ou trois yeux (le poussier), ou bien à huit ou dix yeux (la vinée). Les sarments nouveaux sont ou non soutenus par des échalas; et l’on rahaïisse la vinée en arc en enfonçant son extrémité dans ia terre, ou bien elle est attachée au cep avec un osier.
Horticulture,
L'horticulture de Doué a pour objet principalement la culture des pépinières et plus particulièrement encore la propagation des arbres fruitiers.
Depuis son introduction dans ce pays, qui remonte aux premières années de la révolution, cette industrie, qui dans le principe n’était dévolue qu'à un seul jardinier du nom de Châtenais (1), a pris successivement une extension telle, que maintenant elle occupe ane quantité assez considérable d'hectares de terre répartie entre un certain nombre d'établissements (15 à 18).
Le développement considérable qu’a pris ce genre de culture est dù sans aucun doute à la vigueur comme à la beauté des sujets qu’il fournit, surtout en ce qui concerne les arbres fruitiers à noyau ; la terre calcaire, d’ailleurs, qui les nourrit, est celle qui leur
tères ineffaçables ou bien sur un poteau; inscription bien simple sans doute, mais suffisante, néanmoins. (Voy. Etat actuel de l’agriculture dans le département de Maine et Loire.)
CULTURE DU SAINFOIN ET DE LA LUZERNE INTRODUITE À DOUÉ AU XVIII® SIÈCLE, PAR M. DE FOULON, CONTROLEUR-GÉNÉRAL DES FINANCES, SOUS LOUIS XVI, LES HABITANTS DE CETTE CONTRÉE RECONNAISSANTS.
(1) L'origine des pépinières de Doué remonte au commencement de la révolution, vers 1790; époque à laquelle M. de Foulon fit venir de Paris un jardinier nommé Châterais pour cultiver les jardins de son château de Soulanger. Après la mort de M. de Foulon, ce jardinier alla s'établir à Doué comme pépimiériste; il se maria, eut plusieurs enfants qui prirent l’état de leur père; et ainsi de père en fils, de même que par alliances, les pépiniéristes actuels de Doué se trouvent à ne former en quelque sorte qu’une seule et nombreuse famille,
convient de préférence à toute autre. C’est en outre dans les pépinières de Doué que l’on trouve, indépendamment des espèces-de fruits greffés sur prunier, des pèchers greflés sur amandiers qui conviennent de la sorte et on ne peut mieux pour les terrains dont le sol est calcaire.
Deux très-belles et bonnes pêches, connues l’une sous le nom de Reine des Vergers, l’autre plus nouvelle (de 1857), portant celui de Châtelaine de Doué, sont l’une et l’autre originaires de cette contrée (1) et méritent bien d’être propagées.
Quant à une belle cerise tardive, malheureusement trop acide, qui est vendue sous plusieurs noms, entre autres sous celui de Belle-de-Chätenais, elle n’est point originaire de Doué, comme ce nom paraîtrait l’indiquer, mais bien de Spa, d’où elle fut apportée à la préfecture d'Angers par M. le comte de Tocqueville, nommé préfet de Maine-et-Loire en 1814. Ce magistrat eut l’obligeance de nous communiquer ce fruit, que nous regardions comme inédit et auquel nous donnâmes le nom de Cerise de Spa, lorsque nous en fimes la description qui, d’abord consignée dans les Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers, le fut ensuite dans le Dictionnaire d'Agriculture pratique du xix° siècle.
Chasse aux alouettes.
Nous ne passerons pas sous silence un genre d'industrie qui, dans le pays, a beaucoup trop de partisans ; nous voulons parler de la chasse aux aloueltes qui se fait pendant l’hiver, mème par un temps de neige, dans le canton de Doué et autres lieux de plaines.
Cette chasse des plus meurtrières et qui détruit un si grand nombre d’oiseaux si utiles à l’agriculture (2) consiste à placer à terre des collets de crin, préalablement attachés à de longues ficelles, dars les champs fréquentés par les alouettes qui, dès la fin de Pautomne, se réunissent en bandes souvent innombrables, et avec lesquelles d’autres oiseaux de même taille viennent se grouper, comme par exemple la soulcie, le pinson des Ardennes, etc.
Obs. Quant à la chaux dite de Doué, étant confectionnée dans les communes environnantes, telles que celles de Soulanger , Douces, Brossay, etc., nous renvoyons le lecteur aux articles qui concernent ces communes.
(1) La première a été rencontrée dans les vignes de Louresse et la deuxième à Doué. |
2) Cette chasse est tellement destructive que c’est par centaines de milliers
qu'on doit compter les victimes, et peut-être par millions, lorsque l'hiver se prolonge.
DOUCES ou DOULCES
(ARRONDISSEMENT DE SAUMUR, CANTON DE DOUÉ
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