CHAPITRE TT. — INDUSTRIE
Chaux de terre.
En 1826,dans une revue des divers calcaires de l'arrondissement de Segré, nous indiquâmes, par la voix des journaux, les espèces
propres à pouvoir être converties en chaux, ainsi que les moyens les plus convenables pour y parvenir (1).
Après avoir reconnu dès les années précédentes que les dépôts de calcaire du canton de Pouancé appartenaient tous au terrain tertiaire marin, et que par leur position géographique ils devaient plus particulièrement nous occuper, — ce canton étant complétement privé de chaux, amendement indispensable dans cette partie du département, — il convenait, tout en indiquant la nature de ce calcaire, de faire connaître en même temps les procédés convenables pour le convertir en chaux.
Ce calcaire, sous forme terreuse, étant une espèce de marne légèrement argileuse, sauf quelques blocs de mollasse coquillière disséminés dans la masse, et quelque peu de falun, voici les procédés
que nous indiquèmes dans le principe, c’est-à-dire dès l’année 1824, :
pour le transformer en chaux, procédés qui toujours sont restés es mêmes, tant pour la manipulation préalable que pour la cuisson, et que nous retrouvons encore aujourd’hui, sans qu’ils aient éprouvé, en aucune chose, la moindre modification.
Pour faire cette chaux, la pierre calcaire ou mollasse coquillière — bien qu’en minime quantité lorsqu'elle existe dans les dépôts — est placée par quartiers dans un four à chaux ordinaire, que l’on chauffe avec des bourasseaux, genre de combustible le moins dispendieux et que fournissent les bois et les forêts du pays.
Le calcaire marneux, de même que le falun, est réduit en chaux dans le même four et chauffé de la même manière ; mais dans cette circonstance, 1l faut, pour y parvenir, préalablement le gàcher en y ajoutant la quantité d’eau nécessaire pour en faire une pâte assez consistante et propre à être moulée en une espèce de bloc ou brique grossière.
Le moule en bois employé à cet usage a trente-trois centimètres de longueur, dix-sept centimètres de largeur à sa base et huit à neuf centimètres de hauteur, mais taillé en coin pour faciliter le dépotement, et ressemble pour la forme à la garniture allongée d’un fourneau de cuisine, à laquelle on aurait ajouté une anse ou poi-
gnée à chacune des extrémités.
Ces blocs ou briques ainsi confectionnés sont mis à sécher, soit à
plat sur le sol, soit sur les rayons d’un hangar si l’on craint la pluie, et ne sont portés au four qu’après leur complète dessiccation.
Des femmes, des enfants sont ordinairement employés à ce genre de travail. Une femme peut mouler environ trois cents de ces blocs par Jour, et un enfant peut arriver facilement au tiers de ce nombre.
(1) Voy. Affiches d'Angers, n° 9, 23 avril 1826, et no 11, 21 mai de la même année, — L. Pavie, imprimeur, à Angers.
Ce
Ces blocs, ainsi confectionnés, sont ordinairement payés au prix de quarante centimes le cent, et occasionnent par four une dépense annuelle de 700 à 800 fr.
Ces fours, à peu près cylindriques en dehors, et de forme approchant de l’ovoïde en dedans, sont chauffés avec des bourasseaux que Pon place dans un foyer construit en-dessous du four, et de mamère à entretenir le feu pendant l’espace d’un jour et d’une nuit.
La construction d’un de ces fours revient à environ 1,200 fr.
Chaque four emploie de cinquante à soixante personnes de différents âges, et est ordinairement allumé trois fois par semaine, mais seulement à l’époque du printemps ainsi que pendant l’été, et donne environ soixante barriques de chaux.
Le prix de la barrique, prise sur les lieux, est de 4 fr. lorsque la chaux est bien conservée en mottes, et de 3 fr. seulement si celle-ci
est effleurie et réduite en poudre (1).
Voici un apercu touchant la statistique de cette nouvelle industrie
créée dans ce canton, d’après les instructions que nous donnämes
en 1824, et en suivant l’ordre chronologique.
Commune de Noëllet. — À Bois-Hubert, deux fours jumeaux, lun, le four de Provots, construit en 1825, l’autre à Bois-Hubert, construit en 1834, et tous les deux par M. Vital Poché.
Commune de Saint-Michel-et-Chanveau. — À la métairie de la Masne, deux fours, l’un construit en 1825, l’autre en 1827, et tous les deux par M. Bryet. |
Commune de Noyant-la-Gravoyère. — À la métairie de Fosse, un four construit en 1825 par M. Jalot, un second en 1858 par M. Vital Poché, mais ce dernier four est chauffé avec du charbon de terre.
Commune de Chazé-Henri. — Quatre fours, savoir : un à la métairie de la Barrière, construit en 1825 par M. Péju ; deux à la Moquerie, le premier construit en 1826 et le deuxième en 1857, par M. Vital Poché; enfin, un quatrième, construit sur les terres de la métairie de l’Anjuinière, appartient à M. Péju.
Ainsi, depuis 1825 jusqu'à 1858 inclusivement, neuf fours à chaux ont été construits dans le canton de Pouancé, et avant que nous eussions fait connaitre la manière de pouvoir convertir ce calcaire en chaux, ce canton — qui ne pouvait se procurer que des chaux étrangères pour amendement de ses terres, et toujours à des prix fort élevés, à raison du transport éloigné qui ne peut se faire que par charrettes — ce canton, disons-nous, ne pouvait suffire à ses besoins sous ce rapport.
(1) Ces prix ont peut-être varié depuis l’époque à laquelle cet article a été rédigé.
Obs. Le calcaire dont il est ici question aurait pu sans doute être employé comme marne, mais, sous cette forme, personne dans le pays ne voulait en faire l’essai. D'ailleurs cette matière passant plus facilement à l’état d’hydrate lorsqu'elle est convertie en chaux, il est donc plus convenable — par rapport à l’agriculture à laquelle cette chaux est destinée — de l’employer ainsi plutôt que sous sa forme primitive.
Enfin, pour justifier le motif qui nous a porté à préférer la commune de Noëllet à toute autre pour rappeler ce qui se rapporte à lindustrie chaufournière du canton de Pouañcé, nous dirons que le premiler essai a été tenté dans cette commune, par la construction d’un four à chaux que fit élever M. Vital Poché, auquel nous avions donné préalablement les instructions nécessaires pour arriver au résultat que nous venons de signaler.
POUANCE
(ARRONDISSEMENT DE SEGRÉ, CHEF-LIEU DE CANTON