III. HYDROGRAPHIE
Dans ce chapitre il faut comprendre non-seulement la Loire et les autres rivières qui traversent ce département, mais encore les étangs, les marais et les fontaines remarquables.
[1] La Loire et les rivières, ses aliluents, etc.
La Loire, l’un des plus beaux fleuves de l’Europe, centre d’un bassin considérable, et dont le parcours est de 1,040 kilom., prend sa source à 1,373 m. au-dessus du niveau de la mer, au mont
(1) Le niveau des mers étant généralement parlant le même partout, ce qui provient de la pression égale en tous sens qu’exercent les molécules d’un fluide l’un sur l’autre, la mer présente un moyen sûr de comparaison pour la donnée des hauteurs indiquées de la sorte par les géographes.
Gerbier-le-Joug, département de l'Ardèche. Elle traverse les prin cipales villes ci-après : Roanne, Nevers, Orléans, Blois, Tours, Saumur et Nantes, en passant par le Forez, le Bourbonnais, le Nivernais, le Berri, la Touraine, l’Anjou et la Bretagne (anciennes provinces formant maintenant vingt départements). Son embou-— chure dans la mer est entre Paimbeuf et Saint-Nazaire.
Elle est navigable depuis Saint-Rambert, mais ce n’est bien qu’à Roanne qu’elle recoit des bateaux de charges considérables.
La Loire entre dans le département de Maine-et-Loire, qu’elle coupe en deux parties à peu près égàles, Gans la direction de l’est à l’ouest, depuis Candes (limite est), jusqu’à la Varenne, au-dessous de Champtoceaux (limite ouest), en décrivant plusieurs sinuosités dans son trajet en Maine-et-Loire, qui est de 111 kilom.
Dans ce département, la Loire arrose 49 communes, savoir :
RIVE DROITE
Varennes-sous-Montsoreau. Les Ponts-de-Cé.
Villebernier. Sainte-Gemmes-sur-Loire.
Saint-Lambert-des-Levées. Bouchemaine.
Saint-Martin-de-la-Place. Béhuard. Saint-Clément-des-Levées. Savennières.
Les Rosiers. Saint-Germain-des-Prés.
Saint-Mathurin. Champtocé.
La Bohalle. Ingrandes.
La Daguenière. Ancenis.
RIVE GAUCHE
Montsoreau. Gohier.
Turquant. Saint-Jean-des-Mauvrets.
Parcay. Juigné-sur-Loire.
Souzay. Murs.
Dampierre. Saint-Jean-de-la-Croix.
Saumur. Denée.
Saint-Hilaire-Saint-Florent. Rochefort-sur-Loire. Chenehutte-les-Tuffeaux. Chalonnes.
Trèves. La Pommeraye.
Cunault. Montjean.
Gennes. Le Mesnil.
Saint-Georges-des-Sept- Voies. | Le Marillais.
Bessé. Drain.
Le Thoureil. Champtoceaux.
Saint-Remy-la-Varenne. La Varenne.
Blaison.
Hauteurs de la Loire au-dessus du niveau de la mer.
Etiage de la Loire communede Varennes-s.-Montsoreau. 27m90 c,
— au pont Cessart, à Saumur. . . . . . 95 58 — au pont de Saint-Mathurin.. . . . . 21 295 — aux Ponts-de-Cé.: 0, , .. . ‘16 49 — au confluent de la Maine. . . . . . . 14 91 — à Péchelle d’Ingrandes. . . . . . . . 9 90 — à l’échelle de Champtoceaux. . . . . 4 07
Pente de la Loire. — La Loire, peu profonde assez généralement
partout, présente, à basse mer, entre Nantes et Paimbeuf, environ trois mètres d’eau. Ce fleuve coule avec une pente moyenne de 21 cent. par kilom., et une vitesse de 75 cent. par seconde; toutefois, son inclinaison diminuant graduellement en allant vers la mer, elle n’est plus que de 25 millièmes aux Ponts-de-Cé. Mais comme il est évident que la Loire doit son courant plus où moins rapide à la masse d’eau variable qu’elle reçoit successivement, qui lui communique son impulsion, et dont la pression seule pourrait faire couler ses eaux, sa vitesse sera d'autant plus grande que la masse de ses eaux sera plus considérable.
. Marées. — En remontant la Loire, la marée se fait sentir au loin, et habituellement jusqu’à 8 kilomètres au-dessus de Nantes, et même à 20 kilomètres au temps des équinoxes. Par rapport au département de Maine-et-Loire, ce n’est bien qu’à l’époque de ces dernières marées que cette oscillation journalière et perpétuelle se fait remarquer à la Varenne, dernière limite du département. Les eaux, du reste, ne refluent pas d’une manière bien sensible en arrivant à cette dernière station, car c’est plutôt un temps d’arrêt qu’elles éprouvent qu’un véritable reflux.
Crues et débordements de la Loire. — La Loire, qui est peu profonde, se grossit facilement et en peu de jours, lorsque des eaux abondantes, fournies par des pluies torrentielles et continues, ou bien encore par la fonte des neiges, s'engagent dans son cours ou ses affluents supérieurs. Ne pouvant, dans cette circonstance, être contenues dans son lit habituel, ses eaux ne tardent pas à dériver sur certains points qui n’ont pu être garantis par des travaux appropriés. La Loire alors présente une teinte jaune, se brouille en roulant tumultueusement ses eaux, et envahit quelquefois de vastes terrains sur lesquels elle dépose souvent un limon fertilisateur, comme le fait le Nil en pareille circonstance, tandis que d’autres points sont dépouiliés de leurs cultures, ou celles-ci remplacées par un sable abondant et stérile.
- L'histoire a conservé le souvenir d’un grand nombre de débordements de ce fleuve. Le plus éloigné de ceux qu’elle signale remonte
à Childebert, vers l’an 584, tandis que le plus rapproché de nous est l’inondation du 4 juin 1859, inondation occasionnée par la rupture de la levée de la Chapelle-Blanche, dont les journaux de lépoque ont rendu compte, ainsi que de tous les épisodes qui ont sulvi ce cruel événement.
Abaissement des eaux de la Loire. — Par opposition à cette grande élévation des eaux de la Loire, l’on pourrait citer aussi les années 1777 et 1832, bien qu’éloignées l’une de l’autre de 55 ans, comme étant remarquables par l’abaissement des eaux, qui, mettant à découvert toutes les grèves qui garnissent son lit, fournissaient à peine quelques courants à la navigation de légères embarcations.
L'on peut ranger dans la même catégorie la séclieresse survenue peu de temps après les inondations du 4 juin 1856, dont nous venons de parler, et qui produisit des effets semblables à ceux dont il vient d’être question.
Quant à la levée de la Loire, dont l’origine est attribuée à Louisle-Débonnaire, qui en fit commencer les travaux en 819, voyez ce que nous en avons dit au chapitre : Monuments lustoriques de la commune de Trélazé.
Sables de la Loire. — La Loire roule une grande quantité de: sables, résultant de la désagrégation des formations géologiques qu’elle parcourt, et provenant plus particulièrement des montagnes dont elle recoit les eaux. Ces sables, de la nature du quartz pour la majeure partie, se composent aussi de fragments de feldspath, de paillettes de mica, rarement de portions d’amphibole ou de tournaline, toutes parties constituantes de roches granitiques. Ces sables présentent encore, mais assez rarement, des fractions de laves volcaniques , des débris de fossiles et de roches calcaires, des silex pyromaques; mais ils recèlent, et quelquefois en assez grande quanüté, du fer oxidulé titanifère, sous forme arénacée quasi pulvérulente.
On a dit aussi, mais bien gratuitement sans doute, que les sables de la Loire recélaient des paillettes d’or ; les recherches que nous avons faites à cet égard, sur le territoire seulement de Maine-et- Loire, 1l est vrai, ont toujours été infructueuses.
Enfin, les sables de la Loire sont employés dans les mortiers ; mais la quantité que ceux-ci peuvent absorber n’est pas suffisante pour profiter à ce fleuve, dont le lit s’exhausse chaque jour, et qui finira par cesser d’être navigable une grande partie de l’année, si l’on n’emploie pas des moyens énergiques pour en diminuer convenablement l’abondance.
Nature des eaux de la Loire. — La couleur jaunâtre que prennent les eaux de la Loire pendant les crues subites ou les débordements qu’éprouve ce fleuve, est due à la quantité de terre plus ou moins considérable entrainée et délayée par les eaux que celles-ci
tiennent en suspension. Mais, revenue à son état normal, la Loire ne présente plus que des eaux limpides, sans odeur et d’une saveur fraiche et agréable; ces eaux sont en outre légères, qualité qui leur est acquise par le roulement et le frottement continuel qu’elles éprouvent dans leur trajet (1).
Les précieuses qualités qu’elles possèdent comme eaux potables firent naître assez généralement dans l'esprit des habitants d'Angers le désir de les voir un jourarriver dans leur ville. Ce désir fut entendu et partagé par le conseil municipal, qui vota les fonds nécessaires (un million environ) pour subvenir à la dépense que ce projet pourrait occasionner, et dans le cours de l’année 1856, M. Duboys étant maire d'Angers, cette ville devint en possession et se trouva ornée d’une fontaine élégante, dont les eaux qui l’alimentent sont ensuite srenies, par des canaux souterrains, dans tous les quartiers de a ville.
Iles de la Loire. — Dans le nombre des îles de la Loire, il en est qui se forment ou bien disparaissent de nos jours, tandis que d’autres se réunissent à la terre ferme par l’atterrissement du bras de Loire qui les en séparait. Ces îles doivent donc varier, soit en nombre, soit en étendue , et en raison mème des circonstances qui leur sont ou peuvent leur être avantageuses ou défavorables.
Cependant, pour préserver leurs rives de l'atteinte des courants incessants et quelquefois torrentiels qui finiraient par entrainer les sables dont la plupart des îles sont formées, les graines de diverses espèces de saules (2) leur parviennent des rivages supérieurs ; comme aussi, la main de l’homme aidant, les saules, sous les noms de plons et de luisettes, y sont plantés de boutures au lieu d’y être semés naturellement.
Voici le nom et la sitnation de ees îles :
1° Ile de Candes, située au-delà de Saumur, vers la limite est de ce département.
2° Ile Marconnay, entre Candes et Dampierre. Elle est divisée maintenant en quatre ilots.
3° Ile de Souzay, ou île de Dampierre, ile au Long cou.
4° Ile Boyer, à la hauteur du bourg de Villebernier.
5° Ile de la Saunerie, ou île du Parc et prée d’Offar.
6° Ile d'Or ou île d’Arault.
Obs. Ces deux dernières îles font partie de la ville de Saumur, et
(1) L'analyse des eaux de la Loire faite à Orléans par M. Guindant, a donné les résultats suivants :
PTS Ne MEN A LME Le Re AR ER ANIME TAN PMR 0,17 10 litres d’eau ont fourni ? Chlorure de calcium et chlorure de magnesium. 0,51 Chlorure dé some an ae nuit et traces.
(2) Salix amygdalina, L., S. Russelliana, Sm., S. triandra, L., S. undulata, Ehrh., S. purpurea, L., S. helix, L., S. rubra, Huds.
c’est sur l’île de la Saunerie que repose lextrémité de chacun des deux ponts de Saumur.
7. Île Poneau, située près et en deçà de Saumur. Une partie de cette île est occupée par la gare du chemin de fer de cette ville.