TITRE I”. — SITUATION PHYSIQUE ET MORALE DES HABITANTS
Sous ce titre : Situation physique et morale des habitants, nous comprenons l’hygiène, la constitution physique des habitants , leur langage et leur religion, les coutumes, usages, costumes, le caractère qui leur est propre, enfin les erreurs et les préjugés qui peuvent les dominer. Mais le développement considérable qu’il eût fallu donner dans cette circonstance à notre travail, ne pouvant trouver ici une place assez large, nous oblige à ne jeter qu’un regard peu prolongé sur cette matière. Ainsi, nous dirons en thèse générale que les causes qui peuvent augmenter ou accélérer, retarder ou modifier Pétat physique et moral des habitants, sont ici comme ailleurs : bonne ou mauvaise nourriture, maladie ou santé, travail ou repos prolongé, bons ou mauvais principes, bons ou mauvais exemples , etc. Ce peu de mots indique assez la marche à suivre dans l’examen ou la connaissance de ces faits.
Ainsi l'hygiène en éclairant les habitants sur les causes qui peuvent altérer ou conserver la santé, leur a fait renoncer à certains usages pernicieux, comme par exemple, celui de placer les habitations’ des hommes , comme les étables pour les animaux, dans des lieux frais et hu mides, ou bien encore en les construisant en contre-bas du sol , etc. Néanmoins toutes les choses nuisibles à la santé sont loin d’être mises en oubli; et l’habitude , pour un certain nombre de personnes, de boire sans sorf, et surtout des liqueurs fortes, comme leau-de-vie, par exemple, est encore aujourd’hui ce qu’elle était autrefois.
Quant à la constitution physique des habitants, qui généralement est bonne, l’on peut dire néanmoins qu’elle présente quelques
exceptions. Et sans indiquer ici les maladies qui peuvent affliger l'humanité, lon peut dire que de toutes les difformités auxquelles l'espèce humaine est sujette, celle des pieds ei la déviation de la taille sont celles qui se présentent le plus fréquemment (1),
Par rapport au caractère des habitants de cette contrée, l’on peut dire, qu’en général, ceux-ci sont bons, obligeants , charitables, la borieux et intelligents, d’un caractère doux et affable.
Les Angevins ont en outre la réputation d’aimer les sciences , les lettres et les arts, et si dans le nombre , quelques-uns d’entre eux laissent couler leurs jours sous la douce influence mais trompeuse : illusion du Far-miente , il en est d’autres, et le nombre en est grand. qui pour continuer de justifier cette réputation flatteuse, qui leur est acquise déjà et depuis longtemps, trouvent dans des occupa tions sérieuses, l’activité qui convient à leur esprit, soit en se livrant à l’étude des sciences, soit en cultivant les lettres ou les arts.
Cette assertion n’est point ici mise au hasard , car il est facile de se convaincre que si déjà un assez grand nombre d’Angevins s’est distingué en fournissant des hommes remarquables par leur savoir dans les différentes parties des connaissances humaines, les hommes d'aujourd'hui, sous ce rapport, se montrent ce qu’étaient leurs devanciers, ayant comme eux le même désir de s’'instruire , le même esprit d'observation, La même aptitude au travail et comme eux encore produisant au jour le fruit de leurs élucubrations; au reste, certains ouvrages remarquables, des travaux intéressants sont sortis de leurs mains.
Quant aux préjugés, que réprouvent les Inmières ou seulement le bon sens, il est certain que leur nombre diminue, qu'ils s’effacent chaque jour ; néanmoins, il en est quelques-uns, répandus surtout dans les campagnes, tels que de croire aux sorciers, aux devins : erreur , encouragée d’ailleurs par ces derniers qui y trouvent leur compte en levant les sorts et en guérissant de toutes les maladies, même des maladies incurables, qui attaquent ou peuvent attaquer les hommes et les animaux. Mais cette plaie, nous devons le dire, finira par disparaître un jour. Car , en frappant les auteurs de ces méfaits, la justice les met dans l'impossibilité de continuer ainsi d’abuser de la crédulité publique. Cependant, que penser, dans ce
siècle de lumières, des personnes qui se iaissent imposer toutes cho-
(1) Cette observation, qui n'avait point échappé à M. Hossard, fit naître dans l’idée de cet hahile orthopédistes d'établir à Angers une institution où ces cas d’aberration de la nature sont traités, avec l'espoir, et souvent la certitude, de les faire disparaître. Les cures, d’après la méthode de M. Hossard, étant nombreuses et à la connaissance de tout le monde, nous dispensent d’entrer dans de plus grands détails à cet égard; mais dans l'intérêt de l'humanité nous avons dû ne pas passer sous silence ces faits incontestables.
ses, même les plus dénuées de bon sens, les plus absurdes , et qui acceptent tout ce qu’on leur dit sans contrôle et sans aucun examen ? Pour celles-ci, qu'est devenu le discernement ?
Mais quel contraste, de ce qui précède avec cette vie patriarchale que l’on rencontre encore, mais aux champs, au sein des métairies? Là, les enfants reçoivent l’éducation et profitent du bon exemple que leur donnent les pères et mères, vivant comme eux
d’une vie simple , douce , frugale et laborieuse , qui leur donne la
santé et le contentement de soi-même.
Nés sans autre ambition que celle de bien faire et de cultiver convenablement la ferme qui leur a été confiée ou qui leur appartient : ce sont bien là les gens les plus heureux du monde, et que nous nous plaisons à citer pour modèles!
Le langage des habitants des campagnes, sans être le même partout, est néanmoins toujours intelligible, ne variant guère, au reste, que par l'accent et quelques mots dont on apprend bientôt la signification.
Mais une chose assez remarquable à Angers, par rapport à la prononelation des mots , est celle qui se présente dans le faubourg Saint-Michel. Toute la population indigène de ce faubourg ne parle
“qu'en grasseyant. Cette particularité est tellement inhérente à
cette localité, qu'il devient facile de distinguer à la parole, si la personne qu’on entend parler est née dans ce faubourg, ou dans toute autre partie de la ville dont les habitants articulent franchement
«les mots qu’ils prononcent. C’est, comme on le voit , un enseigne-
ment mutuel qui commence avec la vie et se perpétue ainsi d'âge en àge.
Quant aux coutumes, aux usages, ils varient quelquefois d’un canton à un autre et sans se modifier. [Il n’en est pas ainsi de la mode , qui chaque jour fait des progrès immenses à la ville comme à la campagne ; mais dans ces derniers lieux, les femmes en acceptant tous les caprices que cette enchanteresse leur présente, ne saerifient pas néanmoins la coiffure traditionnelle. Ainsi, la femme des Ponts-de-Cé , par exemple , cachera l’aisance de sa taille dans tous les vêtements, même les plus ridicules que lui impose la mode ; mais sa tête se couvrira toujours de la coiffe à grands plis, qui d'ailleurs lui sied fort bien , et lui rappelle, par son ampleur’, ces grandes et blanches voiles qui descendent ou remontent la Loire, et ainsi le pays qu’elle habite.
Pour terminer cet article, il nous reste à faire remarquer que la religion protestante est de nouvelle institution dans ce département ; et qu'étant professée par un très petit nombre de personnes, lon peut dire que la religion catholique est la religion de ce pays.
L'église protestante est représentée dans le département de Maineet-Loire , dans deux localités seulement : Saumur et Angers. Dans la première de ces villes, vers 1848 , un temple fut érigé dans le faubourg Nantilly, et quelques années après, un second, celui d'Angers , fut établi place du Ralliement ; mais le local , peu satisfaisant, fut abandonné pour cet autre de la rue Courte (1), sur l’entrée duquel on lit ces mots : EGLISE ÉVANGÉLIQUE. Cette inscription d’ailleurs, indique suffisamment que c’est le Luthéranisme qui y est professé.
La dédicace de ce temple eut lieu le dimanche 20 octobre 1850, à 11 heures du matin; le service fut présidé par le ministre de l’église réformée, M. le pasteur Adolphe Monod, de Paris.
Enfin, en 1862, un nouveau temple évangélique , situé rue Toussaint, à Angers, vient d’être terminé dans sa construction.