COMMUNE DE NEMOURS
Nemours, situé. à 62 kilom. N.-O. de Tlemsên, à 34 kilom. E. de la frontière du Maroc, par 4° 121 de longitude 0., et par 35° 7’ de latitude N. sur la côte septentrionale de l'Afrique, est l’ancienne ad Fratres , nommée Djama R’azaouat par les Arabes, c’est-à-dire la Mosquée des Prises, à cause d'un petit édifice religieux placé au sommet de la montagne de Touent,
qui la domine au N.-E. — et à mi-côte de laquelle s'élève un phare. Nemours présente une anse trèsouverte, battue en plein par tous les vents dangereux. On peut mouiller à l'O. d’un rocher taillé à pic, du côté du large, à 2 kilom. S.-O. du cap Hone, mais ce ne peut être que provisoirement et avec des vents de la partie E. Il y a un débarcadère en bois.
Au moment de l’expédition contre le Maroc, le poste de Djama R’azaouat a été occupé (1er septembre 1844;. Son mouillage, quoiqu’assez médiocre, est cependant très-accessible aux navires dans la belle saison, et,, sous ce rapport, il a été extrêmement utile pour le ravitaillement de l’armée qui opérait du côté d’Oudjda. Abd el-Kader, à la suite de notre expédition dans le Dahra, et pour exploiter les ressentiments soulevés par l’exécution militaire dont les célèbres grottes de ce canton avaient été le théâtre, apparut dans la tribu des Souhalia. Il attira, le 22 septembre 1845, le colonel Monlagnac et 350 chasseurs d'Orléans, suivis de 00 hussards, dans une embuscade, à 3 kilom. à l'E. du marabout de Sidi Brahim, situé au S.-O. de Djama R'azaouat, et à 12 kilom. de ce dernier point. Nos soldats furent presque tous victimes de l’entraînement d’un courage malheureux. Quelques-uns se défendirent trois jours héroïquement dans le marabout de Sidi Brahim. Quatorze seulement revinrent à Djama R'azaouat, après avoir lutté contre une immense affluence d’ennemis.
La ville est enfermée dans une chemise bastionnée, de 50 centimètres d’épaisseur, qui couronne les crêtes,
rejoint la mer par les extrémités E. et 0., et qui s’ouvre par deux portes : la porte de Nedroma et celle du Touent à TE. Elle est resserrée entre la mer au N., et des rochers auxquels elle s’adosse au S.; à TE. s’élève la montagne de Touent, dont un torrent lave le pied au temps des pluies, et à l’O. se creuse le ravin où coule l'oued El-Mersa, nommé aussi Oued ben Tekhi. La garnison, infanterie et cavalerie, aussi bien que l’ambulance, trouvent abri dans des baraques. L’église, elle-même, est établie dans une baraque. Il y a un commissaire civil, une justice de paix, une
station télégraphique. La population civile, qui est
de 1332 habitants, dont 453 Français, 731 Espagnols et 107 juifs, se compose de négociants, qui ont élevé de jolies maisons, et de cultivateurs qui habitent leurs jardins. 41 Arabes travaillent aussi, avec ardeur, le sol profondément haché par des ravins fertiles en jardinages et en arbres fruitiers très- variés. Un aqueduc prend les eaux à 1 kilom. de la ville, où des canaux les distribuent aux fontaines, lavoirs, abreuvoirs, construits tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et entourés de saules et de peupliers. La route qui va dans un ravin pittoresque, s’évasant vers la mer, est aussi bordée d’une double rangée d’arbres. Station télégraphique. Le commerce a lieu sur un marché qui se tient chaque jour près de la porte du Sud, à l’extérieur. Les Indigènes, et les gens du Maroc, surtout, y apportent de grandes quantités de blé et d’orge, de miel, de cire, d’œufs, de volaille; aussi la vie maté-
ï'ielle n’y est-elle pas chère. Hôtel des Voyageurs et hôtel de France. Le café Faulmiès , et le café Corrieux dans une des plus jolies maisons, offrent aux habitants quelque distraction. Les officiers ont aussi un Cercle où ils admettent les civils.
Les chevaux et les mulets se prêtent aux excursions à travers les collines sablonneuses, coupées de petits vallons étroits et verdoyants, qui sillonnent les environs. Nemours a une route carrossable vers Lalla Mar’nîa, et une route muletière sur Tlemsên.