CONSTANTINE
situation. Constantine est située par 36°22’ de latitude N. et par 4<>16’ de longitude E., dans l’intérieur de l’Algérie, à 458 kilom. E. d’Alger, 85 kilom. S. de Philippeville, 156 kilom. S.-O. de/Bône.
aspect extérieur. Constantine offre la figure d'un trapèze incliné vers le S., qui présente ses angles aux quatre points cardinaux et dont la plus grande diagonale est dirigée du S. au N. Elle est bâtie sur un rocher, dont le point culminant a 644 mètres au-dessus du niveau delà mer et qui s'isole presqu’entièrement de la campagne environnante. Sorte de presqu’île, ce rocher est accosté au S.-O. par la prolongation d’une colline qui porte le nom de Koudiat Ali. C’est par ce point, le seul accessible, que l’armée française a pris la ville d’assaut, le 13 octobre 1837. Le Roumel, qui reçoit le Bou
Mcrzoug au S., s’approche, à Sidi Rached, de l’angle S.-S.-O. delà ville. Il y forme une cascade, sous un pont, et coule dans un grand ravin qui règne le long des côtés S.-E. et N.-E. Ce ravin n’a pas partout la meme largeur. Depuis Sidi Rached jusqu’à l’angle E. où est le pont El-Kantara, il n’a que 30 mètres de profondeur et 60 mè très de largeur : à partir de ce point jusqu’à l’angle E.-O. où s’élève la Kasbah, la coupure est beaucoup plus large et plus profonde. Le Roumel qui coule au fond présente celte singularité qu’arrivé à la pointe d’El-Kantara, il s’engouffre quelques instants sous terre, et reparaît ensuite pour disparaître de nouveau. 11 y a jusqu’à quatre pertes successives qui forment des ponts naturels de. 50 à 100 mètres de large. Arrivé à l’extrémité E.-N., ses eaux forment une nouvelle cascade dite des Tortues, et entin se répandent dans la campagne du Hamma, en continuant leurs cours vers le N., loin de la formidable cité dont elles baignent deux des côtés du quadrilatère.
Les maisons couvertes de tuiles, ont une couleur sombre et semblent au premier coup-d’œil être toutes soudées ensemble. Quelques minarets et de noirs cyprès s’élancent de cette masse, dont le tableau frappe d’une stupéfaction étrange. Ce spectacle aride, aussi pénible qu’il est extraordinaire, est entouréd'une belle verdure dans le lointain, pendant sept mois seulement. Les groupes appelés Stah el-Mansoura de 672 mètres au S.-E., et Sidi Mesid de 606 mètres au N.-E., dominent et approchent la ville sans la toucher, séparés qu’ils sont
du rocher qui la supporte, par la proronde fissure dont nous venons de parler.
note historique. L’amphithéâtre que développe et dresse Constantine en face du désert, a été la scène ou sont venu comparaître tour-à-tour les personnages qui ont joué le sort de l’Afrique dans le grand drame de l’histoire. Un aventurier Grec, qui s’empara du pays aux temps antiques, aurait été le fondateur de cette ville qui reçut le nom de Cirta. Vers 230 avant J. -G., Narva y régnait sur les Massyliens ou Suraides orientaux. Il épousa une tille d’Amilcar, sœur du grand Annibal, dont il eut Gala qui lui succéda, et se trouvait sur le trône en 213. Massinissa, fils de Gala, soutint le parti des Carthaginois et fut fiancé à Sophonisbe, fille d’Asdrubal Giscon. La nature de cet ouvrage ne nous permet pas de nous étendre sur toutes les rivalités de Désaicès, Capuze, Mézétule qui briguèrent le trône, non plus que sur les retours de fortune qui firent que Sophonisbe épousa Syphax et peu après Massinissa, qui l’obligea à s’empoisonner, malgré l’amour qu’il avait pour elle. Massinissa réunit tout l’empire des Numidies pour prix des services rendus par lui aux Romains à Zama, et laissa son trône à sa race, dont Jugurtha amena l’extinction. Ce dernier s’empara de Cirta, qui était dans le domaine d’Adherbal son parent, et l’y fit périr. Marius l’occupa durant la guerre que la république eut à soutenir contre cet usurpateur (116). Juba 1er qui y régnait (46), par le bienfait des Romains, ayant embrassé le parti de Pompée, en fut chassé par Bocchus, roi de Mauritanie, et Sittius, qui y fonda la colonie romaine des Sittiens, dont la ville prit alors le nom de Sittiana. César y fit entreprendre de grands travaux et la décora du titre de Julia. Rufus Volusianus (304 après J.-C.), général dans l’armée de Maxence, la prit et la détruisit. Constantin la réédifia et lui laissa son nom. Le sang des martyrs qui avait coulé sur les rives de l’Ampsaga (Roumel), féconda ces rochers arides qui parurent bientôt couverts de Chrétiens ; ils y nourrirent bientôt aussi l’hydre de l’hérésie indigène à l’Afrique. Pétilien, de la secte des Donatistes, y fut évêque quinze ans et lutta contre saint Augustin. Lorsque l’armée de Justinien eut purgé l’Afrique des Vandales, cet empereur se donna comme le restaurateur de Constantine.
L’invasion arabe tomba d’abord sur cette opulente cité, dont elle resserra les nouveaux débris dans l’acropole , et Constantine en conservant son nom, passa successivement aux mains de toutes les dynasties (fui se disputèrent le Mogreb el-Aoucat'.
C’est sous le règne des Hafsites, dynastie berbère, que Constantin e commence à prendre une importance politique. Elle forme à cette époque un des plus beaux apanages de la couronne, et dispute quelquefois 5 ses deux rivales, Tunis et Bougie, l’honneur de devenir la résidence royale. Il serait difficile d’exposer ici tous les événements auxquels elle a pris part pendant
quatre siècles. C’est la tâche qu’a entreprise un historien de la ville, nommé Ibn*Konfoud, mis à contribution par Ibn Khaidoun et Ibn Abi Dinar.
En 1236 elle dépendait du gouverneur de Bougie. Ibn Ouïzir ayant été désigné pour le commandement de Constantine, se fit proclamer souverain indépendant, vers la fin de l’an 1282. L’émir Abou Farôs vint prendre la ville qui, l’année suivante, embrassa le parti de l’Emir Abou Zakaria second, reprenant à Bougie la position que son père, Abou Ishak, y avait occupée. Ibn el-Arair, un des commandants établis par lui à Constantine, rendit la place à Abou Bekr son compétiteur ; mais il y fut assiégé et pris par le sultan Abou’l-Baka (1304). Abou Yahia Abou Bekr, frère du sultan Abou Zakaria ayant été proclamé souverain (1311), prit la résolution d’augmenter les garnisons des places de Bougie et de Constantine, et nomma au gouvernement de cette dernière ville son fils l’émir Abou Abd- Allah (1320). En 1351, Abou Inan, le Mérinite, s’empara de Constantine.
Plusieurs aimées après cet événement, cette ville se gouverna en république à la manière des populations kabyles, mais elle sc soumit à Khaïr ed-Din lorsqu il eut pris possession de Collo (1520).
La puissance des Turcs y fut renversée huit ans après par les Tunisiens, et Abou’l-Hassan Ali ben Farat y fut établi caïd. De nouveau soumis par les Algériens, les Constantinois se révoltèrent et furent réprimés par le pacha Mohammed ben Salah (1567). On bâtit un fort à Constantine en 1629 pour les tenir en respect.
On dit que l’insolence des Turcs y causa une révolte sous Ali Fortas, dey d’Alger. Celui-ci vint en personne pour la réprimer, et donna un bey à la province de Constantine (1640).
BEYLIK DE CONSTANTINE. Les beys étaient des espèces de gouverneurs qui administraient la province au nom du Pacha d’Alger, et qui versaient tous les ans entre ses mains une redevance appelée dounouche. Ceux sur lesquels on a conservé des renseignements sont :
Hussein boit Koumïa, qui régna 24 ans et mourut de mort naturelle, chose assez rare (1734). Sa dévotion, son équité et les nombreuses aumônes qu’il répandait le firent regretter.
Z erg Aïn-ho (l’homme aux yeux bleus), resta au pouvoir 17 ans. de 1752 à 1771, et périt assassiné. La guerre ayant éclaté contre Tunis en 1766, il marcha contre cette capitale dont il s’empara après un siège de courte durée.
Ahmed-Bey, aïeul du bey qui fut dépossédé parles Français, resta a la tète de la province pendant 16 ans, à partir de 1771. Homme courageux, il détruisit en plusieurs rencontres les divers
partis que le bey de Tunis, détrôné par son prédécesseur, avait suscités contre lui.
Salah-Bey fut l’homme d’Etat, l’administrateur le plus éminent de l’Algérie. 11 resta 25 ans au pouvoir, embellit la ville et la province de beaux édifices.
Mouslapha el-Ouznadji régna 3 ans seulement (1794-1797), et mourut assassiné par les ordres du Pacha. On raconte qu’il était pieux et très-instruit. Il possédait une riche collection de. manuscrits dont une partie figure aujourd’hui dans la bibliothèque publique d’Alger.
Iladj Moustapha Engliss (1797-1802). Après un règne de 5 ans et 4 mois, il fut exilé par ordre du Dey, d’abord à Médéa, puis à Tunis, où il mourut par le poison. Il reçut le surnom d’Engliss ŒnglishJ parce qu’il avait été fait prisonnier par un corsaire anglais.
Osman ben Karoull (1803-1804;, ayant à châtier quelques tribus voisines des Beni-ToufTout, fut massacré avec toute son armée sur l’oued Zohor, où l’on voit encore son tombeau.
Hussein ben Salah (I80G-1807), avait été lieutenant du Bey Zerg Ain- ho et s’était distingué au siège de Tunis, dont nous avons parlé plus haut. 11 fut assassiné par ordre du Dey d'Alger.
Hussein-Dey succéda à Salah-Bey. Il mourut étranglé par ordre du Pacha.
Ali-Dey (1807), détesté des Turcs à cause de ses excès, fut assassiné par le kabyle Ahmed Chaoucli pendant l’oflice du vendredi qui se célébrait à la mosquée de Souk el-Rezel (aujourd’hui l’église catholique!.
Ahmed Chaouch , surnommé Bey-Bas-ho (l’homme qui s’est fait Bey), ne garda le pouvoir que 15 jours. Le caftan fut envoyé au kalifa El-Tobnal. 11 sut ramener au devoir une partie de la garnison qui avait trempé dans la révolte, et se délit aisément de l’usurpateur.
Ahmed el-Mamlouk (1808! fut révoqué au bout de six mois.
Naaman-Bey (1812-1815) fut élevé au bevlikat par les Arabes de la montagne, contre la volonté du Pacha d’Alger; il mourut assassiné.
Kara- Moustapha, nommé par le Paclia et assassiné 30 jours après par scs ordres (1817;.
Mohammed, el-Mili, surnommé Bou-Cliettabia , fut destitué après un gouvernement de 2 ans. Il était vicieux et sanguinaire.
Ibrahim el-Rarbl , ex -bey de Médéa, fut nommé à Constantine en 1820. Un an après il eut l’imprudence de faire de l’opposition au Dey d’Alger qui le fit mourir.
Ahmed el Mamlouk revint au pouvoir en 1821 , mais il fut tué par les siens en 1823. Il était né à Porto- Ferrare.
Ibrahim-Bey était Turc dorig.ine; il fut l’ami du dernier Bey, Hadj Ahmed. Après avoir gouverné la province pendant 3 a*ns et S mois, il fut révoqué (182G).
Manamanni-Bey lui succéda ; mais les intrigues d’Hadj- Ahraed finirent par le faire exiler à Miliana.
Hadj-Ahmed (1826-1837) se fit proclamer Bey par le parti kabyle. En 1830, il conduisit au Dey d’Alger son contingent de troupes contre les Français. A son retour à Constantine, il trouva les portes fermées, *et se livra à toute sa cruauté lorsqu’il fut redevenu maître de la ville. Il eut pour ministre un Kabyle, du nom de Ben-Aïssa. Cet homme, d’une naissance obscure, avait exercé, dit-on, le métier de forgeron. Son intelligence et son énergie l’avant fait remarquer par le Bey, il arriva à la cour et s’y fit une position telle, que Hadj-Ahmed n’agissait jamais sans le consulter.
Par arrêté du 13 décembre 1830, le gouvernement français prononça la déchéance de ce Bey et nomma à sa place Sidi Mustapha, frère de S. A. le Bey de Tunis. Ahmed n’en demeura pas moins souverain de Constantine. Ben-Aïssa défendit Constantine pour Ahmed contre la France, en 1836 et 1837. Le général Damrémont fut tué aux pieds des remparts, et la ville fut prise le 13 octobre. Ahmed, qui était resté en dehors avec les tribus, aux deux attaques, s enfuit au désert, à 50 lieues S., au milieu des Béni Ganah, famille de sa mère, où il mena une existence malheureuse jusqu’en 1848. S’étant rendu au commandant Saint- Germain, il lut interné avec sa famille et ses serviteurs à Alger, où il est mort en 1855. C’est lui qui a fait construire le joli palais oriental qui est devenu la résidence du Général commandant la province de Constantine.
L’Empereur a visité Constantine; il y a séjourné les 28 et 29 mai 1805. Après divers voyages dans la province, il est revenu en cette ville le 3 juin, et y a séjourné jusqu’au 5.
importance politiqux:. Constantine, chef-lien de la province du même nom, est la résidence du Général de Division commandant la province, du Préfet
du département de Constantine, et des chefs de service de toutes les parties spéciales de l'administration, qui dépendent de son ressort.
Il y a un Tribunal de lre Instance, un Tribunal de commerce, deux Justices de paix — canton Est, canton Ouest. — Constantine a été érigée en Êvéclié, par décret du 9 janvier 1867.
population. La population de. la ville de Constantine et de la banlieue est de :
Français 7,660
Étrangers 2,345
Israélites 4,396
Musulmans 20,735
Population en bloc... 281
Total.. . 35,417
Constantine est la ville la plus curieuse de l'Algérie, sous le rapport de la variété des races, des costumes, des cultes, des coutumes et des fêtes. Une partie des nègres y pratiquent le culte du fétichisme, qu'on ne voit qu'au Soudan.
enceinte. Constantine, bâtie sur un plateau calcaire dont l'inclinaison ne compte guère moins de 110 mètresdu N. au S., de la Kasba à la pointe de Sidi Raclied, est sur un rocher isolé, comme poséesur un piédestal. Elle n’a pas d’enceinte sur trois des côtés de l’espèce de losange d’environ 3,000 mètres de développement qu’elle décrit ; le redressement .du sol, taillé à pic dans la plus grande étendue de ces lignes, la défend assez contre tout assail-
lant. Le Roumel, qui coule au long de ces escarpements, sur les côtés N.-E. etS.-E., lui sert d’ailleurs de fossé naturel. Beaucoup de maisons s'élèvent sur le bord môme du ravin, et pendent sans danger au-dessus du gouffre. Trois portes, sur six, sont conservées : la porte Yalée, auprès du lieu de la brèche; la porte Bab el-Djabia, qui communique au Roumel, coulant à l’angle S.-O., c’est là que le Roumel tombe en cascades dans l’abîme. La porte El-Kantara, qui met en communication le Mansoura avec l’angle E. de la ville au moyen d’un pont en fer et en pierres. Le 18 mars 1857, l’ancien pont de 117 mètres de développement, reconstruit sous Salah-Bey, en 1790, et consistant en quatre arcades, élevées au-dessus de deux autres, datant d’Antoninle-Pieux (161), s’était écroulé en partie. On a dû en démolir le reste par le canon, le 30 mars. Ce monument, dont la hauteur totale était de 65 mètres, reposait sur une arcade naturelle, dont la clé de voûte de 16 mètres d’épaisseur, était à 4l mètres de l’étiage de la rivière. 11 en reste les piliers.
Une rampe taillée dans le roc, n’ayant pas plus de 1 mètre 33 cent, de largeur, descend de la ville au fond du ravin, où coule le Roumel.
fortifications. A l’angle N.-E. delà ville, où le rocher qui la porte dresse sa plus grande hauteur, et présente des pentes presqu*à pic, d’environ 200 mètres au-dessus de la riante plaine du Hamma s’étendant derrière, s’élève la Kasba, ancien fort, dont la position a fait dire aux Arabes que Constantine avait l’air d’un
burnous étendu dont la Kasba serait le capuchon. C est de ce point élevé que du temps des Romains, des Vandales et des Turcs, on jetait dans la cascade des Tortues les femmes adultères, après leur avoir attaché des pierres aux pieds.
physionomie locale. Indroduit dans la ville, on ne trouve en général que des rues étroites et courtes, brisées à angles droits, et aboutissant ù un grand nombre d’impasses.
La ville est divisée en deux quartiers : lequartier européen et le quartier indigène.
Le quartier européen, qui occupe à peu près la moitié de la superficie de la ville, est complètement débarrassé des maisons arabes qu’on y voyait.
Les rues principales sont la rue Combes, qui coupe la ville en deux parties, depuis la porte Valée jusqu’au ravin.
La rue Damrémont, depuis la Préfecture jusqu’à l’extrémité de la Kasba.
La rue Perrégaux (Ferrame-BouroumeJ, qui longe en grande partie le ravin à l’E.
La rue Caraman, parallèle à la rue Combes, qui conduitde la place Nemours ù la place Négrier; la rue Vieux, où se trouve la Prison civile; la rue Sérigny, la rue des Moyens, et le passage Carrus, qui est garni de boutiques.
Les places sont celles du Palais, complantée de quatre rangées d’acacias qui ombragent deux jolies fontaines, — d’Orléans, dite des Fainéants, — d’Aumale, —
Vaiée, dite do la Brèche, — Négrier dite du Caravansérail. qui est complantée d'arbres d’une belle venue, entourée d’un banc continu à dossier en fer, et ornée d’une fontaine, comme la place de Sidi Djeilis, dite des Galettes. Dans le square Sud, dessiné en jardin anglais; et entouré d'un grillage, la statue du maréchal Valée a été inaugurée le 28 octobre 1866.
Le boulevard du Nord, sur le bord du ravin de la Kasba, contourne la ville, de la Kasba à la place Yalée.
édifices religieux. Au moment où les Français s'emparèrent de Constanline, on comptait dans celle ville 70 mosquées, chapelles ou zaouïa. Il n'en existe plus que 37. La mosquée la plus considérable est Djama el-Kebir, près l’hôtel des Mines. La fondation en est attribuée aux rois hafsites, qui étaient de race berbère. Dans l'intérieur est le tribunal du Cadi maléki. Le minaret de celte mosquée est une énorme tour carrée, construite presqu'en entier avec des matériaux romains, colonnelles, cippes, stèles, autels, pierres épigraphiques, dont l'assemblage offre un coup-d’œil singulier.
La mosquée de Sidi el-Kettani, bâtie parSalah-Bey,en l'année 1780, est consacrée au rite hanéfite. Elle se trouve à l'extémité de la rue Caraman, et le mur dans lequel est pratiqué le mihrab ou chœur, forme un des côtés de la place Négrier. Le vaisseau est soutenu par de belles colonnes en marbre blanc. On y admire la chaire, qui est construite en pièces de marbre de toutes les couleurs et taillées avec un goût infini. C’est l’œuvre des artistes génois. A côté sont deux établissements qui datent de la
meme époque : le palais des femmes de Salah-Bey, converti depuis plusieurs années en institution pour les demoiselles, sous la direction des Sœurs de la Doctrine chrétienne, et la Medersa de Sidi el-Kettani, qui comprend, outre la salle affectée au* cours de droit, de rhétorique arabe et d’unithéisme, une série de cellules où sont logés les étudiants choisis dans les différentes tribus de la province. Au fond de la cour de cet établissement, sous une coupole élégante, et dans un emplacement entouré d'une balustrade de marbre, sont rangés les tombeaux de la famille de Salah-Bey. Du haut du minaretde la mosquée on découvre un panorama extraordinaire.
Les mosquées de Sidi Abderrahman el-Menâteki, de Sidi Meïmoun, sont situées dans la rue Vieux. Dans la mosquée de Sidi Bou Annâba, rue des Zouaves, se tien- . nent, tous les vendredis, les réunionsd’Aïçaouas.
La troisième mosquée, sous le rapport de l'élégance des constructions, est celle de Sidi el-Akhdar, qui fut bâtie par Hussein-Bey, en 1743, pour la secte des Hanéfites. Son minaret domine la rue Combes. La salle des prières est bâtie sur une longue voûte qui aboutit à la place des Galettes. La Medersa, que Salah-Bey fit construire à côté de la mosquée en 1779, est affectée aujourd’hui au Cours public de langue arabe.
L’église Notre-Dame-des-Sept -Douleurs est au pied de la place du Palais. Cette église a été établie dans la mosquée de Souk er-Rezel, que Ton a agrandie, et devant laquelle on a construit un portique, en 1856. Elle est surmontée d’une horloge. A cette église sont annexés le
presbytère et l'école de la maîtrise. Les RR. PP. Jésuites ont an oratoire dans la rue Sérigny.Un temple protestant est derrière la grande mosquée.
établissements publics. Le Général commandant la province de Conslantine habite le palais de l’ancien bey Hadj Ahmed. Cette demeure, qui a été construite il y a tout au plus trente-six ans, sur le modèle des palais d’Orient, représente une de ces habitations décrites dans les Mille et une Nuits. Comme elle est très- vaste, on y a établi plusieurs services : l’État-Major général, la Direction des Fortifications, le Bureau arabe divisionnaire. Ce sont trois grands corps de logis, séparés par trois jardins ou parterres, qui en font le principal ornement. Une galerie intérieure règne dans toute l’étendue de cette demeure charmante, et les amateurs eu examinent avec curiosité les murailles sur lesquelles le peintre naïf du Bey a représenté les principales villes du monde musulman, depuis la Mecque et Constantinople jusqu’à Tuniset Alger. Le Palais de Justice, rue Pothier, au coin du Caravansérail, y déploie une façade architecturale composée de deux ordres de pilastres. Au milieu est une grande arcade d’entrée, portant à la clé une tête de Minerve. L’ordre supérieur comporte des métopes garnies d’ornenlents en fonte aux attributs de la Justice; il est couronné par un fronton à sujet. L’intérieur de ce bel édifice qui réunit les divers services judiciaires de la localité, est parfaitement aménagé pour sa destination.
Un canal sinueux, en maçonnerie, prend les eaux de la rivière de Berârith et des sources qui abondent
sur le plateau du Mansoura, près du village de Sidi Mabrouk. Il les descend jusqu’au ravin qu’elles traversent par un syphon gigantesque de 75 mètres, qui passe sur les ruines de l’ancien pont d’El-Kantara, et les élève de là jusqu’à la Kasba, où se trouvent les citernes romaines. Les tuyaux qui résistent à cette pression considérable, évaluée moyennement à 20 atmosphères, traversent en tunnel toute la largeur de la ville, et versent 600 mètres cubes d’eau par jour dans les citernes qui servent de réservoirs. Ce sont 19 galeries voûtées et parallèles de 23 mètres de long, sur 5 mètres de largeur et 4 mètres de hauteur,, pouvant contenir ensemble 10,000 mètres cubes d’eau. La plus grande partie des maisons a dévastés citernes; Consfan tine est peut-être la ville du monde la plus remarquable sous ce rapport. Il y a aussi les fontaines dont nous avons parlé, qui ornent différentes places, et la fontaine de l’Esplanade de la Brèche.
Le décret du 3 décembre 1856 a autorisé une succursale de la Banque de l’Algérie. L’institution d'un Bureau de bienfaisance a été confirmée dès le 31 juillet 1853. Il y a aussi deux Sociétés de secours mutuels. Le bureau de la télégraphie stationne jour et nuit. La ville possède une bibliothèque publique, deux riches collections d’antiquités, qui sont réparties en deux sections, provisoirement. La première partie, qui comprend les antiquités en airain, en terre, en faïence, en cristal, en ivoire, et de nombreuses médailles, est disposée sous des vitrines dans la grande salle du
conseil municipal. La seconde, qui 'est toute entière composée de fragments considérables, statues, frise», colonnes, chapiteaux, autels, tombeaux, cippes, a été installée dans un jardin, en contrebas de la place Négrier.
La Société archéologique de la province de Cons- Cantine est un centre scientifique fort remarqué. Il existe un collège communal pour les jeunes gens européens et un collège arabe-français. Un Cours public de langue arabe est ouvert rue Combes. L'école communale, celle des Frères de la Doctrine chrétienne, l’école arabe-française, pour les garçons musulmans, l’école juive -française, répandent l’instruction. Les écoles indigènes sont au nombre de onze, dont six dans les zaouïas dépendant des mosquées, et cinq dans les zaouïas particulières. Une institution pour les jeunes filles françaises, est tenue par les Sœurs de la Doctrine chrétienne, rue Caraman, près de la mosquée de Sidi el-Kettani ; il y a un autre pensionnat privé pour les demoiselles. L'école des jeunes filles musulmanes, rue Aly Mousa, près de la place des Galettes; instruit 48 enfants. A la Salle d'asile , rue Caraman, sont reçus 300 jeunes enfants européens.
Le consistoire israëlite créé le 13 janvier 1860 et qui, en 1860, a secouru plus de 320 familles au moyen de 55,354 francs, dirige une école pour 100 garçons qui, pour la plupart, sont habillés aux frais de l'association dite Thalmud Thora.
L’Hôpital civil, pour les femmes, tenu par les Sœurs
de la Doctrine chrétienne, est sur la place des Galettes. Le Dispensaire est au. coin de la même place. Un asile pour les aliénés et infirmes musulmans, traite 150 à 200 malades. La^ Prison civile longe la rue Vieux ; l'entrée donne dans la rue Fontanilhes.
Le marché de la place de Nemours se tient tous les jours jusqu’à 10 heures. La halle aux grains et laines, est un bel édifice en fer près la Porte Valée. Le marché aux grains est en dehors de la ville, au pied du Cou- (liât Ati. C’est le marché le plus important de l’Algérie. La promenade de Sétif s’étend du marché aux grains jusqu’au camp des Oliviers. — Le marché aux cuirs est rue Perrégaux, celui aux burnous, place des Chameaux.
Le fondouk aux haïks et aux tapis, — le fondouk aux huiles, sont tous deux dans la rue Vieux. Un autre fondouk aux haïks et aux burnous, est rue Haketle.
Sur le marché de la place Négrier se vendent à la criée les bijoux, les pierreries, les perles, les haïks, les selles brodées, les costumes, les tapis, les glaces et les meubles arabes (de 11 heures à 2 heures de l’après-midi). Deux bureaux sont établis sur ce marché pour la surveillance des transactions : le bureau du syndic des encanteurs ( Amine ed-Dcllaline) et celui du contrôleur des matières précieuses (Amine el-Fod da). Il n’est pas rare de trouver là, entre les mains des revendeurs, des objets antiques, ^bagues, médailles, ustensiles numides, romains ou arabes, qui ont été
ramassés par les Juifs dans le lit profond du Rouraei.
Un Abattoir est sur le bord de la rivière, près du Bardo.
Sur les rochers qui se dressent a la rive droite du Roumel, et à rentrée de ce cours d'eau dans le ravin, on voit une inscription, dite des Martyrs, gravée en 259, en l’honneur de saint Jacques, de saint Maurien, et de neuf autres Chrétiens, qui ont été décapités sur la hauteur. Vis-à-vis, sur la rive gauche et au S. du Koudiat Ati, on lit sur une pyramide en pierres de taille, celte inscription en français et en arabe: