COMMUNE DE PHILIPPEVILLE
situation. Phi lippeville est situé sur la côte septentrionale de l’Afrique par 4°34’ de longitude E., et par 36°53’ de latitude N., à 83 kilom. N. de Gonstantine, à 80 lieues E. par mer d’Alger, 12 lieues E. de Collo, 21 lieues O. de Bône, 41 lieues 0. de la Cale.
mouillage Le vrai port de Philippeville est la petite anse de Stora, située à 4 kilom. à 10. Les bâtiments peuvent s’y mettre à l’abri pendant l’hiver, en s’amarrant à quatre, très-près de la terre. 11 y a 9 à 10 brasses d’eau dans le milieu. Le port abrite du N. et de l’O. Il est exposé aux vents d’Est et aux grosses houles du large. Les bateaux à vapeur et à voiles de fort tonnage, mouillent seuls ù Stora. Les autres vont au
* bassin de Philippeville. Pendant la belle saison, on peut mouiller dans la baie, entre le port de Slora et le rap Ras Skikda, voisin de Philippeville. On y trouve bon fond. Cette partie du golfe de Slora porte spécialement le nom de Baie de Stora. Le golfe, formé par le cap Boudjarone, à FO., et le cap de Fer, à FE., — séparés Fun de l'autre par 72 kilom., sur une profondeur de 26, — se divise en deux baies : celle de FO. porte le nom de Collo C'est de celle qui s'ouvre à l'E. que nous nous occupons présentement. Les environs de celte baie, du S.-O. à l’E., offrent quelques sites charmants; au bord de la mer, il y a une suite de petites plages entrecoupées de pointes de rochers. Les terres élevées de l'intérieur s'abaissent insensiblement jusqu'au cap Ras Skikda, qui est formé par une terre isolée de 190 mètres de hauteur, se redressant graduellement, mais du côté «le la mer, se présentant sous un aspect abrupte et hérissé de rochers. Les parties élevées sont très-boisées. La S’afs'af baigne ses pieds à l’E. Des ruines romaines à 10. et au S. ont marqué la place de Philippeville. Des jetées faites sur une longueur totale de plus de 1 ,300 mètres, ont employé un cube plein de rocher d’environ 35,000 m. Une grande et une petite darse sont protégées par des jetées à l’exposition du Nord. La jetée O. de la petite darse, dont la base supérieure est de 3 m. de largeur, n’offre pas moins de 23 m. de largeur à sa base inférieure sur 6 m. 50 c. de hauteur. Enfin , la . surface acquise au port est de cinq hectares.
note historique. Stora était, dans l’antiquité, le port de Constantine. Une voie romaine eu pierres noires, reliant ces deux points, était encore suivie au temps de Léon l’Africain (1512).
Ce chemin communiquait avec Rusicada, ville voisine, à laquelle le Ras Skikda avait donné son uom kabyle, conservé i»ar les Romains. Dans le vallon qui s’étend entre ce cap et l’intérieur, et s’évase vers la plage, était une cité importante, si Ton en juge par les cintres de voûtes, les restes df3 citernes, d amphithéâtre, de mosaïques, de murailles, qui, des bords de la mer, se dirigent, en suivant les sinuosités des collines, jusque assez avant dans le pays. Les Vandales dé- . truisirent cette cité. Les Français et les Génois, que leur commerce attira à une époque déjà reculée dans ces parages, firent quelques établissements à Stora. Ce fut aussi à Rusicada que les beys de Coustantine construisirent quelques entrepôts.
Le 6 octobre 1838, M. le maréchal Valée, profitant de l’état calme où se trouvait la province de Constantine, commença, auprès des ruines de ce centre antique de population, les fondements de Philippeville, dont l’emplacement avait déjà été choisi.
L’Kmpereur venant d’Alger, débarqua à Stora le 28 mai 1865 et traversa Philippeville et Saint Antoine, en se portant vers Constantine. Au retour, il passa pareillement par les mêmes points, le 5 juin, et prit la mer se dirigeant sur Bône.
importance poutique. Le maréchal Valée, dès le 1er octobre 1840, lit de Philippeville un cheflieu de cercle. Il lui donna un Commissaire civil le 8 mai 1841, et y établit, le 18 du môme mois, une Justice de paix. La commune y fut constituée le 9 février 1852. Le 10 décembre de la môme année, elle eut un Sous- Directeur de l’intérieur, d’où releva Constantine ellemême en tout ce qui avait rapport à l’administration civile. Aujourd’hui, elle a un Sous-Préfel qui administre l’arrondissement, et un tribunal civil de première instance. La population est de 5,528 Français, 4,474 Etrangers, 118 Juifs, en bloc, 067 individus. Il y a aussi 547 Arabes.
physionomie locale Phil ippcville , cité fraîche et neuve, n’a aucune de ces masures qui attristent les yeux dans nos villes africaines, restaurées avec plus ou moins de goût et de bonheur. Riante, elle a un aspect champêtre. Les rues sont belles en général ; toutefois, les rues des Citernes, du Cirque, des Numides, de Constantine, de Setif, sont remarquables. La rue Impériale qui traverse la ville dans toute sa longueur, est bordée d’arcades. Il y a plusieurs places : la place de TÉglise, la place de la Marine, de la Douane, la place Corneille. Une d elle présente une plate-forme où Ton monte par trente marches. La place Bélisaire est spacieuse et bien plantée de beaux mûriers; c’est là que se tient tous les jours le marché. Dans une halle couverte est une poissonnerie. La place du Marché aux grains et aux bestiaux, est hors de la porte de Constantine.
Le transit d’approvisionnements de toute espèce, dirigés sur Constantine et d’autres points de l’intérieur, laisse après lui une abondance et une activité commerciale sans cesse renaissantes. L'industrie consiste en marbres de Filtila, en chênes liège, en opérations d’échanges. Des tissus en grand nombre sont importés et détaillés à Constantine. Le mouvement commercial peut être évalué à 60,000 tonnes d’importation et 70,000 d’exportation. Du 1er janvier au Ie' juin 1865, quatre ateliers de salaison qui occupent 30 bateaux de pêche, ont expédié 395,221 kilogr. de poissons salés (sardines et anchois). La ville a pour enceinte une muraille continue (chemise) et quelques fortins et redoutes. Deux
portes donnent entrée : la porte de Stora ou de la Marine, et la porte de Constantine.En cet endroit, les Arabes trouvent un Caravansérail. Un fanal sidéral est établi sur l'îlot des Singes, et un phare de quatrième ordre sur nie Sngina. Il y aussi un Télégraphe qui communique avec toute l'Algérie. Un Lazaret existe du côté de Stora»
ÉTABLISSEMENTS MILITAIRES. Les Casernes
d'infanterie et du train des équipages ont une vaste capacité. L’Hôpital militaire, contenant 600 lits, porte une belle horloge, parfaitement exposée. Les magasins des divers services militaires, sont installés sous d’anciennes constructions romaines. Des baraques en bois suppléent à leur insuffisance.
Le local de la Bibliothèque militaire, où se réunissent les membres d’un cercle appartenant à la population civilcetà l’armée, estorné d'antiquités remarquables. Deux sarcophages en marbre, parfaitement conservés, y sont déposés. De magnifiques colonnes, des sculptures, des statues se voient dans un cirque romain. Les vieilles citernes romaines, consistant en huit grands bassins, ont été déblayées et réparées, dans le style antique, avec un goût qui doit servir de modèle pour les restaurations du même genre. Elles abreuvent la ville, aussi bien que des puits nombreux. On a construit de nouvelles citernes.
L'église catholique est un monument nouveau qu'il a fallu réparer aprèsle tremblement de terre du 21 août 1856. Un Oratoire protestant est ouvert aux jours fériés. Une nouvelle Mosquée a été élevée à la porte de Constantine.
établissements czvils. L'établissement d'an Bureau de bienfaisance a été autorisé dès le 21 juillet 1853. La Loge franc-maçonique des Enfants de Mars n'oublie pas ceux de la Veuve. Une Société de secours mutuels a été formée le 6 décembre 1857. Il y a une Institution communale, pour les garçons, et une Eco:-* tenue par les Frères de la Doctrine chrétienne. Les Sœurs dirigent TÉcole des jeunes demoiselles, et reçoivent les femmes malades dans une maison particulière. Le .Dis- . pensairo est pareillement tenu dans un local séparé. Il v a un abattoir civil.
industrie particulière. On est bien reçu et bien traité à Tliôtel d 'Orient, de France, de la Marine . Le café de Voix, de Paris et celui de la Perle , sont fréquentés par les officiers et les employés. Les cabarets à la Ramponneau sont en grand nombre et presque tous tenus par les Maltais, qui se sontoctroyés ici le privilège de l'exploitation des joies de bas étage. Le Théâtre est desservi par une troupe qui partage Tannée avec Constantine et Bône. Le journal du pays est le Zéramna, paraissant tous les mercredis. Il y a aussi le Messager algérien.
environs. Les environs dePhilippeville sont trèsproductifs, et offrent de très-jolies promenades. La route de Stora, au N., est curieuse sous le rapport des ruines qu’elle étale. Le ravin de Béni Melek, conduisant à Collo, à TO.; les bords de la petite rivière appelée Zéramna, au S.-O., où s’étend une forêt de 2,800 hectares, et la vallée de la S’afsaf, à TE., sont, on ne peut plus
pittoresques. Ces deux cours d’eau desséchés en certains endroits, ont laissé à la culture 2,000 hectares qui ont été défrichés. Il y a d’ailleurs de belles cultures, où Ton compte 284,000 arbres. Deux moulins à huile, une usine à teiller le lin, deux ateliers pour le liège et un de charronage, se sont établis dans la banlieue.
transports. On trouve de nombreuses voitures, calèches, cabriolets et équipages de gros roulage. Deux diligences vont à Constantine, chaque jour. Un service est aussi dirigé sur Jemmapes, à 28 kilom., et un autre sur Et-Harrouch, à 31 kilom.
routes. Quatre routes partent de Philippeville :
1° La route de Bône à l’E.; 2° la route de Jemmapes au S.-E.; 3° la roule de Constantine au S.; 4° la route de Stora à FO. -N., qui pousse un rameau sinueux à l’O., vers Collo.
STORA. Le décret du 18 novembre 1857 a fait de Stora une section de Philippeville, qui communique avec lui nar une route de 4 kilom. Le développement de celte bourgaae est limité )ar le talus de la montagne. 112 maisons, habitées par 309 français et 789 Etrangers, sont groupées autour du port par 'intérêt commercial. Il y a un débarcadère taillé dans le roc; dans une partie de son prolongement, une Douane, un bureau de Santé, un Hôtel de la Marine pour le directeur du port, une citerne antique qui sert encore, une église, un presbytère, des écoles, trois magasins de charbon, un atelier de salaison. 11 y a 41 Arabes.
DAMRÉMONT, à 5 kilom. au S.-E. de Philippeville, dans la vallée et sur la rive gauche de la S’afs’af, compte 122 Français, 45 Etrangers, 60 Arabes. Une distillerie établie dans le village^ extrait de l’asphodèle rameux. 30,000 litres d’un alcool de 33 a 35 degrés, durant les sept mois (du lor mai au l#r décembre) où cette plante n’étant plus en pleine sève, se trouve propre à la distillation. Céréales, tabacs, beaux troupeaux.
SAINT-ANTOINE, à 7 kilom. au S. de Philippeville, au som-
met de la vallée du Zéramna, et sur la rive droite de ia route gui mène à Constantine, compte 158 Français, 103 Etrangers* 97 Arabes. Eglise, presbytère, école tenue* par les Sœurs. On élève du bétail ; les prairies et les plantations sont fort belles; les jardins potagers et les vergers magnifiques. Les oliviers greffés sont en grand nombre et donnent de beaux fruits. Forêt au voisinage.
VALÉE, à 2 kilom. de Philippevilie, bâti sur un monticule, dans la vallée et sur la rive droite de la S’afs’af. Les céréales, la vigne, les arbres fruitiers et les mûriers sont les principales cultures auxquelles s’adonnent les colons. Deux puits creusés dans le roc, sur la place du village, fournissent des eaux abondantes et remplissent un lavoir. 11 y a une église. La population est de 204 Français, 90 Etrangers. Les Arabes sont au nombre de 336. On remarque cinq fermes importantes où le lin et le tabac sont cultivés.
Ces trois centres ont été créés par arrêté du 26 août 1844.