COMMUNE DE DJIDJELI
Djidjeli est située sur la côte septentrionale de l'Afrique par 3°24’ de longitude orientale et par 36°50’ de latitude N., àl28 kilom. N. -O. de Constantine; à 12 lieues E. de Bougie ; et à 24 lieues 0. de Philippeville, par mer.
Djidjeli s’avance en mer sur une pointe rocheuse qu’une plage très-basse relie à la côte. C’est sur cette petite presqu'île que s’est relevé la ville, presque entièrement détruite par le tremblement de terre du 21 au 22 août 1856. L’horizon est borné de très-près par les montagnes de la Kabylie, dont les plus bas gradins sont occupés par nos postes avancés. Une culture riche et bien enlendue festonne une vaste bordure au tableau, que des sommets couverts de neige , durant la plus
grande partie de Tannée, dominent à petite distance. Le port de Djidjeli ressemble à celui de Tripoli de Barbarie, mais il est plus petit et moins sûr. On peut y mouiller avec confiance pendant la belle saison; il est défendu des tempêtes du N. par une ligne de roches de plus de 800 mètres, qui malheureusement ne sont pas assez rapprochées pour anéantir entièrement la puissance destructive des vagues. Le plus grand intervalle qui les sépare (200 mètres) est du côté de la ville ; on y trouve un fond très-inégal, mais il y a cependant des profondeurs de 5, 6 et môme 8 brasses ; dans d'autres endroits, les plus grandes sondes sont de 4 à 5 brasses. On mouille au S.. de Tîlot le plus haut de rentrée, a environ une encablure, par 10, 11 et 12 brasses, sur un fond de sable et gravier. Au S. de la ville règne une grande et belle plage qui, en se courbant vers TE., forme l'enceinte du port ; la profondeur de Teau, au centre du bassin, est de 6 à 8 mètres ; elle se maintient à 5 mètres jusqu’au fort Duquesne, assis à un demimille environ de la ville, sur un gros rocher tenant à terre, mais qui parait s’avancer comme un îlot, et sur lequel était le tombeau d’un marabout, simple maisonnette environnée de quelques arbres. C’est sur ce point que le duc de Beaufort effectua son débarquement, en 1664.
vote historique. Djidjeli est l’antique Igilgilis Colonia, fondée par les Carthaginois. Elevée au rang de Colonie romaine par Auguste, elle était traversée par plusieurs grandes voies qui conduisaient à bougie, à Setif, à Constantine et à Hippone. C’est à igilgilis que vint débarquer Théodose, pour finir la guerre excitée par Firraus dans la Mauritanie Césarienne. Ce
fut une ville épiscopale aux époques chrétiennes de l’Algérie. La position avantageuse (le son cnàteau, eu égard aux moyens qu’on employait à la guerre au temps de l’invasion musulmane, lui assura, vis-à-vis de tous les conquérants, une indépendance dont ses habitants se montraient fort jaloux, et qu'ils ne perdirent jamais, au rapport de Léon l’Africain. Ce géographe, au commencement du xvi* siècle, n’y trouva plus que 600 feux, bien qu’il notât ses relations commerciales très-fructueuses avec Marseille, Gènes, Livourne et Venise. En 1514, Djidjeli se donna à Barberousse, qui lit de -son port le repaire de ses pirates et le dépôt de ses déprédations. 11 ne le quitta que pour se fixer à Aber. Les Français, les Génois, les Flamands con-> tinuèrent à y maintenir des comptoirs qui traitaient avec les tribus de l’intérieur et en tiraient des cuirs et de la cire. Louis XIV avant voulu former un établissement militaire sur la côte de Barbarie, jeta les yeux sur Djidjeli. Le duc de Beaufort s’en empara, par son ordre, le 25 juillet 1664, et y laissa 1,400 hommes, commandés par le comte de Gadane. Un petit fort, dont les restes existent encore au-dessus de la ville, fut construit ; mais la mésintelligence ayant éclaté entre les soldats et les marins, les indigènes surent en profiter. Les Turcs arrivèrent d’Alger avec une puissante artillerie. La position n’étant plus tenable, l’ordre d’embarquement fut donné aux troupes démoralisées qui furent massacrées dans leur fuite. L’ennemi resta maître du fort, de 30 pièces de canon de fonte, 15 de fer et
B lus de 50 mortiers (30 octobre 1664). Depuis, le commerce de jidjeli avec l’Europe ne s’est pas rétabli ; les Kabyles opprimèrent les habitants de la ville, où Peyssonnel ne trouva plus qu’une soixantaine de maisons en 1723. Toutefois, les Arabes continuèrent à faire la pèche du corail et à entretenir quelques échanges avec les ports voisins, au moyen de sandales qu’ils construisaient eux-mômes avec succès. En 1804, un nommé El-Hadj Mohammed ben Lahruch, de Maroc, se donnant comme un restaurateur de la liberté de ces peuples, entreprit la course contre les Turcs et leur devint formidable, pendant quelque temps, sous le nom du pirate de Djidjeli.
En février 1839, le brick X Indépendant ayant fait naufrage sur la côte, à quelque distance de Djidjeli, les Kabyles firent prisonniers les gens de l’équipage, et ne voulurent les rendre que moyennant rançon. Gctle conduite appelait une prompte répression. Le 13 mai 1839, le colonel de Salies débarqua à Djldieli sans résistance, et improvisa des fortifications qui mirent la ville à l’abri d’un coup de main. Depuis, les lignes de défense furent portées à l’extérieur, et la domination française a été paisible.
Dans la nuit du 21 au 22 août 1856, vers les dix heures, un bruit souterrain, semblable au roulement du tonnerre, se lit entendre, et on éprouva une violente secousse. La Mosquée, la vieille tour du rempart et plusieurs maisons s’écroulèrent.
La mer sc retira à une assez grande distance pour revenir aussitôt avec un mugissement formidable. La commotion dura quarante secondes. Tous les habitants se précipitèrent en dehors de leurs demeures : il n’y eut que trois femmes mauresques cl deux enfants indigènes qui périrent. Le lendemain 22, vers midi moins vingt minutes, comme chacun, reprenant confiance, rentrait dans la ville, une secousse plus forte, plus longue que celle de la veille, se fit ressentir, produisant de longues crevasses dans le sol et faisant bouillonner la mer. \ cet ébranlement , accompagné de détonations souterraines , toutes les maisons s’écroulèrent dans un nuage de poussière. L’hôpital seul et la manutention, bâtis sur le roc, ont résisté, mais hors d’état de pouvoir servir à leur destination. À 200 mètres des ruines de Djidjelli, toute la population campa sous des tentes que l’administration militaire, dont le dévouement a été admirable dans ce sinistre, fournit longtemps, jusqu’à ce qu’on ait pu élever un ensemble de constructions en planches. Les pertes n’ont été que de 300,000 francs, dont M. le Ministre de la Guerre a réparé une grande partie, en donnant aux habitants une première subvention de f00,000 francs, qui a été suivie d’autres secours de toute sorte. En 1858, Djidjeli fut érigé en Commissariat civil. En février 1860,- la Commune y fut reconnue en plein exercice. — La population est de 487 français, 217 Etrangers, 20 Juifs, 1,398 Arabes. En bloc, 58 individus. Il y a une Justice de paix, une église, une Direction des postes.
Un fossé d’enceinle est aujourd’hui la seule défense , avec le fort Duquesne et les batteries de la mer. Un phare à feu sidéral y donne sa lueur. Tous les services sont dans des baraques, si ce n’est l’Hôpital, diminué d’un étage, l’Arsenal et les magasins du Campement et des Subsistances. Sur la place Louis XIV, où coule une fontaine alimentée par un aqueduc qui va prendre l’eau à 1,500 mètres, les Kabyles viennent vendre tous les jours des denrées de toute espèce. Le commerce d’exportation consiste principalement en bestiaux, céréales et huiles. Les matériaux de construction, les vivres et les tissus, sont les marchandises qu’on apporte avec le plus d’avantage. Hôtels et auberges. Bains maures. Trois
Cafés, celui de France , le café Impérial et celui qui a pour enseigne Y Ancre d'Espérance, reçoivent les habitués. Il y a une petite Bibliothèque, donnée par le Gouvernement à la garnison, dans un Cercle militaire où MM. les Officiers se sont toujours fait un plaisir d’admettre les fonctionnaires civils de la localité. Des Écoles primaires, une maison d’hospitalité pour les Arabes, un Théâtre, où l’on joue les jeudis et les dimanches , forment l’ensemble des établissements publics.
Les ouvrages extérieurs forment la véritable force de la position qui, sans eux, serait dominée par les crêtes d'un plateau bas, qui vient finir à 1,200 mètres de la place, se détachant des hauteurs plus élevées encore, à 4,000 mètres de distance. Ce sont, en commençant par le S. -O. : 1° le fort Duquesne, sur un rocher baigné de la mer, et indiquant la limite du port à un mille de la ville, dont les îlots, au N., protègent les eaux sur une ligne qui court de l’O. à l'E.; 2« en inclinant au S.-O., sur le versant d’un mamelon, le blokhaus Valée; 3° plus à i’O., sur le sommet d'un mamelon, le fort Sainte-Eugénie; 4° sur le môme mamelon, au N -O., la redoute Galbois; 5° sur la pente N. -O. du mamelon, le blokhaus Horain, à la hauteur du fort Duquesne, comprenant ainsi entre lui et le blokhaus Valée, une plaine propre à la culture, et où l'on trouve quelques ruines de l’ancienne ville romaine; 6° sur une hauteur, plus au N.-E., et en revenant vers la ville, le fort SainW Ferdinand; 7° plus au N. encore, la Maison crénelée.
C'est en arrière de ces défenses que Djidjeli ouvre
au N. sa petite rade, dont les eaux la baignent à 10., et son grand port ù 1*E., dont nous avons parlé.
Les environs sont fort bien cultivés par les Kabyles, dont la population est fort nombreuse en ce canton.
Les montagnes, d’un aspect imposant, que Ton voit de très-près, sont couvertes de forêts de chênes-lièges et,
Thiver, portent une abondance de neige qui, au printemps, se change en une couronne de verdure. Un moulin à trois paires de meules fut construit près de l’oued Neucha, à six kilomètres de Djidjeli. Environ 1,100 hectares de terre furent remis à la colonisation.
Sur ces terrains tout couverts de broussailles, de myrtes, de lentisques, de bruyères, 400 hectares environ étaient susceptibles de culture; le reste n’est que rocher ou sable.
Depuis cette époque, les broussailles qui entouraient la ville ont fait place aux cultures maraîchères, à la vigne, aux arbres fruitiers. 300 hectares environ sont en état complet de culture. *
En 1864, des essais de coton, qui ont parfaitement réussi , ont encouragé les colons à entreprendre pour cette année, sur une plus grande échelle, cette culture qui est appelée à donner de beaux résultats.
Le bateau à vapeur d’Alger, se dirigeant sur BôneN et faisant retour, mouille à Djidjeli. Voir, pour les transports par mer, l’article préliminaire relatif à la navigation.