‹ Indicateur général de l'Algerie description geographique, historique et statistique de toutes les localitesChapitre 85 sur 123 · COMMUNE DE BOUGIE · texte numérisé non relu

COMMUNE DE BOUGIE

Bougie est située par 2°44’ de longitude orientale, et par 36°46’ de latitude N., sur la côte N.-O. du golfe du i môme nom, à 239 kilom. N.-O. de Constantine, à 182 kilom. O. de Philippeville, à 385 kilom. O. de Bône.

Bougie, vue de la mer, a l’aspect le plus pittoresque qu’une ville puisse présenter. Des masses rocheuses, d’une élévation imposante, le Béni Toudja (1,261 mè-

* Non» devons une partie de ccs renseignements à l'obligeance de M. Bixiou, Imprimeur-Libraire à Bougie.

très), le Babor (1,990 mètres), la dominent à une grande distance en déployant un rideau de montagnes fort hautes ; on est frappé de la variété des formes de leurs crêtes. Le Gouraïa, sur le revers méridional duquel la ville est bâtie, se dresse à 611 mètres au-dessus du niveau de la mer, où ses pir ds plongent par des pentes fort rapides. Les maisons éparpillées au milieu des arbres, sur la déclivité où se festonne une riante verdure, ont un caractère champêtre qui contraste avec cette nature sévère. Un fort la domine entièrement; un autre qui est sur le rivage, ainsi que plusieurs batteries de côtes, servent à sa défense.

vote historique. Bougie ( BedjaïaJ , a été fondée par les Carthaginois, puis fut occupée par les Romains. Elle reçut d’eux le nom de Saldæ et fut honorée du titre de Colonie romaine. Tous les peuples qui vinrent tour-à-tour en Afrique, ont reconnu l’importance de sa situation, et lui ont laissé des souvenirs de leur, séiour. De nombreuses ruines constatent qu’une grande cité a été florissante sur ce rivage; l’empereur Adrien la visita, (129). L’enceinte des Romains est reconnaissable, et se moutre encore debout dans un grand nombre d’endroits : elle avait 2 kilom. et demie de développement. Genséric s’en empara au Ve siècle mais dans sa course rapide, il ne fit que la traverser; il ne s’arrêta qu’à Hipporegius (Bône), avant d’arriver à Carthage dont il fit sa capitale. C’est aux Emirs berbères du XIe siècle qu’on attribue la construçtion des deux murailles en ruines, autrefois flanquées de tours, qui descendaient de cette crête jusqu’au rivage, et dans leur développement de 5,000 mètres, embrassaient une étendue d’environ 90 hectares, aujourd’hui couverte de décombres, ükba ben Nafé la prit en 670, et Mousa ben Koseïr la soumit définitivement à l'Islamisme, en 708. Les Aghlabiïes, maîtres de Tunis, régnèrent sur Bougie, à laquelle ils donnèrent aussi le nom de Badjana. Obeïd Allah le Fathémite, qui les vainquit et les chassa, s’empara de cette ville et la détruisit de fmid en comble. Les Zey rites étendirent leur puissance sur ses débris (991). Les Hamadytes leur succédèrent ; Bougie était leur capitale. En 1151, l’ Al monade Abd el-Moumen, sultan de Maroc, fit la conquête de l’Etat de Bougie, où ses successeurs établirent les Hafsites, en qualité de gouverneurs. Ces officiers se rendirent indépendants, et parvenus au trône

de Tunis (1240) , firent de Bougie l’apanage de leur héritier présomptif. En 1314, le vénérable Raymond Luile vint y prêcher le Christianisme, et souffrit le martyre.

Dès 1151. les Pisans avaient établi un agent commercial sur ce point. En 1220, les Marseillais avaient, dans la ville de Bougie, un quartier tout entier où ils demeuraient et faisaient le commerce. En l’année 1266, ils y réalisèrent de gros bénéfices. Les Catalans obtinrent de leur faire concurrence, dès 1281, et leur époque de prospérité dura de 1446 à 1473.

La nécessité de mettre un terme aux pirateries que les Boih giotes exerçaient depuis 1490, attira Pierre de Navarre dans ces parages* 11 s'empara de la ville le 6 janvier 1510, et commença par construire la Kasba que nous occupons aujourd’hui. Les habitants, au nombre de 8,000, avaient abandonné leurs maisons. En 1512, Bab-Haroudj (Barberoussc), qui vint assiéger Bougie, perdit un bras dans les attaques infructueuses qu’il livra, et se reieta sur Alger. Revenu en 1514, il ne pût se rendre maître de la ville. Lnarles-Quint, en 1541, après le désastre éprouvé par lui devant Alger, vint se ravitailler à Bougie. Les Espagnols y demeurèrent 45 ans, et, privés de se^ cours, se rendirent aux attaques furieuses de Salali Raïs, suivis de 40,000 hommes, et aidé par mer, de 22 fustes (1555*. Don Alfonse de Peralta, qui fit la capitulation, n’obtint pas pour* les femmes et les enfants, la liberté qu’on lui avait promise, et revint en Espagne avec 20 hommes, à son choix. Mais Charles-Quint le traduisit devant un conseil de guerre qui le condamna à avoir la tête tranchée sur la place de Valladolid.

La ville, au règne des Turcs, perdit son importance commerciale, due principalement aux exportations de cire et de cuirs, connus sous les dénominations de bougies et de basanes, à cause de ses noms Bougia, Badjana.

En 1831, l’équipage d’un brick de l’Etat, qui avait fait naufrage sur la côte, ayant été égorgé, et en 1832, des insultes ayant été faites au brick anglais Le Procris , et au brick français le Marsouin, une expédition fut dirigée sur Bougie. Le 29 septembre 1833, elle fut prise par les troupes françaises, et dès-lors demeura bloquée par les Kabyles qui liabite'nt les montagnes voisines. La dernière expédition à travers la Kabylie, a ouvert enfin les voies de la liberté et de la colonisation à la population groupée sur ce point* qui n’était qu’un poste d’occupation militaire.

Parti de Bône le 6 juin 1865, l’Empereur arriva le 7, à 7 heures du matin, dans la baie de Bougie. Dans la vallée de l’oued Summam, à peu de distance delà ville, sur le bord de la mer, S. M. passa la revue d’un corps expéditionnaire, distribua à l’armée des récompenses, et reiourna à bord de Y Aigle. Elle fit embarquer sur sa flotte 3,000 hommes d’infanterie devenus inutiles en Algérie par la pacification générale, et à 5 heures, après quarante jours d’absence, 2,000 lieues parcourues, soit

par terre, soit par mer, — ie cœur plein de souvenirs et d’émotions, l’Empereur a quitté l’Algérie pour revenir en France. S. M. était de retour à Paris le 10, ayant accompli heureusement le voyage le plus mémorable que l’histoire ait enregistré. f Voyage de S. M. Napoléon III. en Algérie , par M. Fenoux- Maubras.)

Bougie, dès les premiers temps de son occupation, avait été dotée d’un Commissaire du roi pour les intérêts civils; un Commissariat civil y fut institué par arrôlé du 21 novembre de la même année. Le 10 mars 1850, un décret présidentiel fit passer le Cercle de Bougie, qui dépendait de la province d’Alger, dans la circonscription de Constantine. Une Juslice-de-Paix y fut établie. Bougie fut érigée en commune le 17 juin 1854, et 1e Commissariat civil y a été supprimé par décret du 31 décembre 1854. La population est de 785 Français, 519 Étrangers, 300 Juifs. Les Arabes sont au nombre 1,21G. Population en bloc, 16 individus,

La baie de Bougie a 20 kilomètres de profondeur, sur 45 kilomètres d'ouverture, du cap Carbon à FO., au cap Cavallo à l’E.

A partir du cap Carbon, la côte tourne au S. jusqu’à la pointe escarpée du fort Bouac, puis en faisant diverses sinuosités vers PO., le S.-O. et le S., elle forme une rade dans laquelle est bâtie Bougie, et où l’on trouve un bon mouillage et un bon abri pour toutes les saisons, mais particulièrement contre les vents du N. au N. -O. et à l’O. Pendant l’été, on peut mouiller partout avec confiance, dès qu’on a 16 brasses d’eau, parce que là, le fond est d’une trèsbonne tenue. En hiver, il faut se mettre près de la

terre, par 6 brasses» dans cette petite anse qui a reçu le nom de Sidi Iahia, du marabout bâti à sa partie N.

En 1846, on a construit sur le cap Bouac, dans remplacement de l’ancien fort, une maisonnette avec cour et corps-de-garde, environné d'un mur crénelé. C'est là qu'est installé le fanal provisoire destiné à signaler le mouillage de Sidi Iahia.

La côte, qui s'incline de l’E. à TO. en descendant au S., fait place à la petite baie de Sidi Ahmed, et rencontre la pointe où est bâti le fort Abd el-Kader, à l'O. duquel se creuse la plage où l’on trouve le débarcadère. Plus à l’O. encore, est la Kasba ; au-delà, toujours dans la même direction , s'ouvre le vieux port. La côte, à partir de ce point , court du JL au S., jusqu’à l’embouchure de l'Oued Sahel, appelé aussi Oued Summam.

La ville de Bougie a pour enceinte les vieilles murailles romaines et sarrazines, dont nous avons parlé.

Ou y a conservé cinq portes, qui sont : la porte de Fouca, du Veillard, d’Abd el-Kader, Mousa, de la Kasba ; ces trois dernières communiquent à trois forteresses défendant les abords de la place, assises sur les pentes du ravin Sidi Touali, qui divise la ville le long du Gouraya, et se bifurque vers son sommet. Le fort Mousa, actuellement nommé Barrai, est sur la rive ! droite de ce ravin; le fort Abd el-Kader sur la rive gauche, au bord de la mer. La Kasba fait face à l’entrée du vieux port, sur la droite. Ces trois forts ont été bâtis par les Espagnols lors de leur occupation.

La ville a la forme d*un cône. Les maisons de la ville, entourées d'orangers, de grenadiers, de figuiers de Barbarie, ont l’air de demeures champêtres. La circulation est peu active dans les rues qui sont sinueuses et contournent les accidents du terrain dont la pente est fort rapide. Les communications n'y sont pas faciles. Les rues Trézel, du Veillard, de la Kasba, du Gadi et Kléber sont les seules qui aient quelqu’apparence. Les places sont : la place Louis-Philippe, où se lient, tous les jours, un marché aux grains ; celle de l’Arsenal, où est le marché aux légumes, où se vendent la volaille et le bois. Le grand marché se tient hors la ville, près de l’abreuvoir; c’est le jeudi qu'il est le plus abondant, et les denrées y sont, en général, à bon compte. On trouve aussi un fondouk pour remiser les marchandises des Kabyles, qui viennent apporter leurs produits. Les fontaines sont au nombre de cinq.

Bougie a une église neuve, tenue avec une pieuse propreté. Au sommet du Gouraïa s’élevait le marabout de Sidi Bosgri, que les Kabyles ont défendu avec fureur à l’époque de la prise de la ville ; il a été remplacé par un blokhaus. D’autres marabouts sont, Sidi Aïssa, Sidi Abd er-Rahman et Sidi labia, qui tiennent lieu de mosquées.

Les troupes sont casernées à la Kasba, — au fort Barrai, qui est l’ancien fort Mousa, où le général de Barrai, blessé à mort aux Béni Rimmel, est enterré , — à la caserne neuve de Bridja ; — à Sidi Touati

dans des baraques pouvant loger 200 hommes. L'Artillerie a ses magasins place de l'Arsenal, au Camp supérieur, à Bridja et à la Kasba ; le Génie et les Substances militaires, à la Kasba *, le Campement, près du débarcadère. Sur le plateau de la Bridja est situé un bon Hôpital de 250 lits. Au fort Abd el-Kader est une Prison vaste et humide.

11 y a un Phare de premier ordre, au cap Carbon, — une station télégraphique, — une école de garçons et une autre pour les filles, — un lavoir et un abattoir bien situés.

On trouve deux hôtels : l’hôtel de la Marine et Uhôtel des Quatre-Nations. Le café, sur la place de l'Arsenal, est grand, aussi bien que celui de la rue Trézel. Une brasserie donne des produits assez médiocres. Les moulins à farine, sur l'Oued Akdou, à 3 kilom. de Bougie, pourraient, avec une meilleure réglementation des eaux, fournir la population. Plusieurs moulins à huile sont en voie de prospérité et livrent déjù 200,000 litres d’huile fine, rivalisant avec celle de Provence. Une exploitation des lièges est en pleine activité et verse par année plus de 100,000 francs en salaire aux Kabyles qu’elle emploie. Le commerce consiste en blé, orge, cire, suifs, peaux, huiles et fruits.

Les fortifications extérieures sont une ligne de postes militaires qui, de la plaine au S.-E. de la ville, escaladent le Gouraïa, en avançant du S. au N.

Les environs de Bougie sont très-montagneux, mais d’un aspect agréable et très-varié. La fertililé est ré-

pandue sur les pentes du Gouraïa, dont la roche calcaire est revêtue d’une épaisse couche de terre argileuse. De nombreuses constructions éparses se montrent, Je terrain cultivable de la banlieue de Bougie ayant été réparti entre 94 concessionnaires. Du temps de Léon l’Africain (1515), on y voyait des maisons de plaisance ornées de mosaïques et d’ouvrages de menuiserie sculptés et peints avec art, dont il donne la description. Peyssonnel, en 1722, en a vu les restes, et tout prouve que ce pays, qui joint le charme de la vue de la mer au tableau des montagnes et d’une plaine fleurie, a réuni naguère des hommes qui savaient jouir de la vie. Léon leur reproche leur goût pour la danse, la musique et les doux loisirs. Il ajoute qu’on voit aux entours plusieurs montagnes fort scabreuses, qui sont toutes couvertes de bois dans lesquels se nourrissent une infinité de singes et de panthères. Ces animaux fréquentent encore ces localités.

Les seuls moyens de transports à employer dans les excursions que l’on voudrait faire autour de la place» sont les chevaux et les mulets. Une route a été faite dans la direction de Setif et une autre vers Djidjeli.

COMMUNE DE BOUIRA.

Bouira, à 13 kilom. O. de Setif, est une fondation de la Compagnie génevoise, aussi bien que ses deux sections communales, qui date de 1856. Celte colonie

suisse est dotée de tous les établissements qui ont permis d'autoriser le plein exercice de la commune par décret du 22 août 1861. — Les jardins sont bien entretenus et les prairies en bon rapport. — Population : 9 Français, 88 Étrangers, — 276 Arabes.

Les sections communales sont :

AIN AHNAT, à 10 kilom. de Setif, et à 3 kilom. S.-E. de Houira. Il y a une population de 14 Français, 52 Etrangers, 281 Arabes, — un joli temple protestant, presbytère, école, mairie, four banal, fruiterie, à l’exemple des établissements de ce genre dans le Jura. Le décret au 23 août 1861 y avait érigé le centre de la commune qui a été transporté à Bouira.

MESSAOUD, à 14 kilom. S. -O. de Setif, et à 4 kilom, d’Aïn Arnat. sur une hauteur d’où la vue embrasse une immense étendue de terrains et un groupe de fermes qui représentent une culture annuelle de G00 hectares. On y élève beaucoup de bétail. Les eaux y sont abondantes. Population : 16 Etrangers, — 552 Arabes.

COMMUNE D’EL-OURICiA.

El-Ouricia, à 12 kilom. N.-E. de Setif, près de la route de Bougie, est une fondation de la compagnie genevoise, aussi bien que sa section communale, qui date de 1856. Temple protestant, maison commune, école de garçons et tilles, salle d’asile, fontaine, lavoir, abreuvoir alimenté par des eaux rares et mauvaises. Terres labourables excellentes. Population : 67 Français, 3 Étrangers, — 1070 Arabes.

La section communale est :

Mahouan , à 16 kilom. de Setif et à 2 kilom. de la route de Bougie sur un monticule d’où il domine une large vallée. —

thapeîle, — écoles, — sol fertile, eaux excellentes, jardins en rapport, 'céréales, belles plantations. Population: 114 Français, en grande partie Savoisiens. — 4 Etrangers, — Î95 Arabe's.

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