‹ Indicateur général de l'Algerie description geographique, historique et statistique de toutes les localitesChapitre 93 sur 123 · ORAN · texte numérisé non relu

ORAN

situation. Oran est situé par 2°58’ de longitude 0. et par 35°42’ de latitude N., sur la côte septentrionale de l’Afrique, à 410 kilom. 0. d’Alger, à 96 kilom. N.-O. de Mascara, à 1 16 kilom. N.-E. de Tlemsên,à 82 kilom. N. de Sidi Bel-Abbès, à 76 kilom. 0. de Mostaganem.

mouillage . Le golfe d’Oran s’enfonce de 16 kilom. entre la pointe Abuja et le cap Falcon, distants de 36 kilom. Au fond du grand enfoncement qui existe à LE. du cap Ferrât, il y a deux plages de sable entre lesquelles se trouve la ville d'Oran, bâtie sur les bords inclinés d’un ravin où coule une source abondande. Sa position sur une côte battue par la boule du N. et où les vents du large n’arrivent pas, en éloigne les navires et la met à l’abri d’une attaque par mer. Les bâtiments de commerce mouillent par huit, six et quatre brasses d’eau, fond de sable, dans un port, commencé il y a quelques

années, et auquel on ajoute une jetée, qui permet déjà aux navires à vapeur de la correspondance d’arriver directement à Oran. Ce n’est que par de très-mauvais temps qu’ils vont à Mers el-Kebir, à 8 kil. N.-O., pour y débarquer les voyageurs et les colis. Le mouillage du port d’Oran est défendu des vents d’O. et de N -0. par la pointe du fort La Mouna, formée par des terres qui s'élèvent rapidement vers l'intérieur, et sur lesquelles on a bâti, au mont Merdjadjo, dans des endroits presque inaccessibles et voisins de la mer, deux forts, celui de San-Gregorio et celui de Santa-Cruz. Ce dernier, qui est le plus haut, s’aperçoit à une grande distance en mer. Le petit mamelon rocailleux sur lequel il est construit fait, avec l’extrémité d’une crête de montagnes qui vient de l’O., une embrasure fort remarquable que l’on appelle la Selle , à cause de la configuration qui rappelle la forme d’une selle arabe.

Un feu vert, visible à trois milles environ, signale l'entrée du nouveau port d’Oran. Il est placé à 30 mètres environ de l’extrémité de la grande jetée en construction.

L’entrée de 1 ancien port continue à être signalée par un feu rouge.

Il est essentiel d’observer que, par les très-gros temps, l'accès des jetées devient impossible, et que les feux ne sont pas allumés.

A la pointe du fort La Mouna, la côte tourne à l’O., puis se courbe en montant vers le N. Elle se joint enfin au fort Mers el-Kebir, qui s’avance comme un môle vers

l’E., et offre ainsi le meilleur abri qu’on puisse trouver sur tout le littoral de l’Algérie. C’est aussi le seul port où les grands bâtiments séjournent pendant lhiver.

La baie de Mers ei-Kebir est entourée de tous côtés

par des terres élevées; celles du S., appelées monts Ramerah ou Djebel Santo, sont fort remarquables; elles forment une chaîne d’une hauteur uniforme (507 à 437 mètres), dirigée de l’Ô. à TE., se terminant par l’embrasure extraordinaire dont nous avons déjà parlé, et une inclinaison très-rapide jusqu’à la mer. Les terres du côté du N.-O.* beaucoup moins élevées, sonttout-àfail stériles, remplies de rochers, et se terminent à la

mer par des coupes verticales.

sots historique. Oran formait avec Mdrs el-Kebir ce que les Romains appelaient le Portus Magnus . Ces deux localités, profondément fouillées par les Arabes pendant leur longue domination, et plus tard par les Espagnols, qui ont jeté dans ces lieux les fondements de si importants édifices, n’ont rien gardé qui nous parle de l’antiquité. En 902, la ville dont nous nous occupons, fut restaurée sous le nom ù'Omhran (qui veut dire un ravin), par deux négociants de la péninsule ibérique,

Sui fréquentaient Mers el-Kebir, et qui, du consentement des eni Mesgana. y exercèrent sept ans l’autorité pour le compte des Khalifes Omniades d’Espagne. Les Berbères, excités par les Chéïtes, prirent et brûlèrent Oran, en 909, pour se venger d’un meurtre. L’année suivante, la ville fut rétablie, et saccagée de nouveau en 954. La population en fut exportée. L’Almohade Abd el-Moumen s’en rendit maître en 1145, et les émirs Almoravides, qui régnaient au Maroc, la retinrent sous leur puissance.

Oran dépendit du royaume de Tlemsén dès la fondation du trûne des Zyanites (1220) en cette capitale. Toutefois, à cause de l’importance de son commerce avec les Pisans (1373), de grandes franchises lui avaient été concédées. Oran choisissait le magistrat qui le gouvernait d’après ses lois particulières, et n’avait d’autres officiers étrangers dans son sein que les employés de la Douane, qui exerçaient toutes les perceptions au profit du sultan de Tlemsên.

En 1500, les Morisques, chassés d’Espagne, arrivèrent en foule à Oran. Leur haine contre les Chrétiens ne put s’accommoder

'les mœurs douces du commerce ; d’ailleurs, ne pouvant point se livrer au négoce faute de moyens et d’habitude pour le faire, ils armèrent des fustes pour la course, et Mers el-Kebir devint célèbre par ses corsaires. En 1505, ferdiuand-le-Catholicjue envoya des troupes, qui s’emparèrent de ce port, regardé alors comme la clé de l’Afrique. A la faveur de ce pied-à-terre, le cardinal Ximénès, archevêque de Tolède, à la tete d’une expédition qui reçut le nom de Croisade de Ximénès , se rendit maître d’Oran le 19* mai 1509. Depuis cette conquête, les Espagnols, par un privilège spécial, fureut dispensés de l’abstinence des aliments gras le samedi.

La ville d’Oran ne consistait alors qu’en un village placé sur la rive droite d’un ruisseau abondant; ce petit bourg couronnait la crête du ravin. De l’autre cêté, s’élevait une kasba et plusieurs forts étagés sur les flancs du Merdjadjo. Les Espagnols bâtirent leur ville nouvelle au pied de cette montagne et reconstruisirent toutes les fortifications. Ils entourèrent d’une même muraille la ville castillane et la ville mauresque, que séparait le ravin. Ce fut, au sein de la cité., pour les deux peuples, une ligne de démarcation qu’ils ne franchirent pas.

Hassan Pacha, lils de Barberousse, ne parvint pas à en chasser les Espagnols, que secoururent les flottes de Don Pèdre de Padilla, d’André Doria et de Francisco de Mendoza. Les Chrétiens exerçaient leur influence à 15 lieues autour, et prenaient un tribut de Tlemsên et de Mostaganera, que leur enleva le dey Hassan Pacha. <

Chaban, bey de Mazouna, nommé par" les Turcs, attaqua Oran et fut tué sous ses murs. Mustapha Bon Cbelaram, favori du dey d’Alger, nommé bey et soutenu des troupes de son protecteur, se porta sur Oran que l’Espagne négligeait, et. le lui enleva (1708). Enflé de ce succès, il se révolta, — envoya contre Alger un de ses généraux, qui fut battu sur les rives de l’Harrach et décapité. Sa tête fut attachée à la porte Bab-Azzoun.

Les Espagnols qui avaient été maîtres d Oran pendant près d’un siècle, ne purent supportér l’idée d’en être exclus à jamais.

Le 15 juin 1732, Philippe V faisait sortir de Carthagène une flotte portant 27,000 hommes, commandée par le comté de Montemar, qui, le l*f juillet au soir, entrait dans la ville déserte.

Il la trouva bien armée et remplie de provisions de toute espèce.

Les Espagnols y demeurèrent soixante ans encore, n’admettant les Arabes, dans la ville, que sans armes et les yeux bandés, jusqu’à la place intérieure où se tenait le marché Durant cette période, les beys, retirés à Mascara, ne régnaient que sur les tribus. Mohammed el-Kebir, l’un d’entre eux, attaqua Oran pendant trois années consécutives. Le tremblement de terre de 1792 renversa entièrement la ville espagnole, et dégoûta tellement les Européens de la possession de cette place, qu’ils l’évacuèrent en conséquence d un traité avec le dey d’Alger. Ils y laissèrent, pour souvenir de leur présence, des travaux prodi-

gieux en communications souterraines et en galeries déminés ; le fort Santa- Cruz, au sommet du Merdjadjo, à l’O. de la ville, et le fort Saint-Grégoire, à mi-côte de cette montagne ; Je fort de La Mouna, au pied et au bord de la mer, au S., le fort Saint-Philippe et le fort Saint-André; à TE., le Ghateau-Neuf; au N. et sur le rivage, le fort Sainte-Thérèse ; un magnifique magasin voûté, avec un premier étage, sur le quai Sainte-Marie; une darse et sept autres magasins creusés clans le roc; des casernes, trois églises, une cathédrale, le palais du Gouverneur, un cirque pour la course des taureaux ; — tous monuments qui faisaient d’Oran une ville d’importance, où les malades de distietion venaient se mettre sous l’influence d’une heureuse température, et lui avaient valu le nom de la Petite-Cour (Corte- Glirca).

Le dey d’Alger, ne voulant pas que le bev devint trop puissant, ordonna la destruction de quelques-uns de ces bâtiments, que les commotions du sol avaient laissés intacts, et ne parvint pourtant pas à les détruire tout— à— fait.

Mohammed el-Kebir fut le premier qui prit le titre de bey fl’üran II eut beaucoup à souffrir de la famine et de la peste, après l’évacuation des Espagnols, et mourut en 1794. Osman, son fils, destitué après cinq ans de règne, fut exilé à Blida. et envoyé bey à Constantine par Mustapha-Dey. Mustapha el- Manzali fut battu par un fanatique, qui prit Mascara et Tlemsên; il fut destitué. Mohammed Mekallech reconquit le beylick sur les tribus révoltées ; tranquille, il s’adonna au vin et auhachich. Ses débauches de femmes révoltèrent ses sujets; le dey d’Alger l’envoya étrangler. Mustapha el-Manzali revient; la révolte renaît; il est rappelé. Mohammed Bon Kabous écrase les rebelles ; on éprouve de grands froids. Il se révolte lui-même, et se rend après à Omar-Agha, qui' le fait écorcher et décapiter ,1813). Ali Kara Baghrli, Turc, bat deux fois les Arabes révoltés. U vient à Alger, apporter son tribut; des émissaires l’étranglent en route. Hassan détruit les marabouts turbulents; le père d’Abd el-Kader n’échappe à la mort que par la protection de la femme du bey. Hassan batTedjini d Ain Madhi, qui faisait le siège de Mascara, et lui fait couper la tète (1828).

Hassan Bey avait un grand âge lorsqu’il envoya, en 1830, à Alger, son contingent de troupes contre la France. Le capitaine Louis de Bourmont, qui parut devant Oran le 24 juillet 1830, obtint sa soumission immédiate. Cet officier, monté sur le brick le Dragon , s’était emparé de Mers el-Kebir, et bloquait la ville avec le Voltigeur et VEndymion. Le colonel Berardde Goutfrey fut envoyé avec son régiment le 21° de ligne, pour prendre possession d’Oran; mais, avant de débarquer, il reçut d’Alger un ordre de rappel, et cet officier, en se retirant, fi*t sauter un des fronts du fort de Mers el-Kebir. Le général Clauzel, qui succéda a M. de Bourmont, apprenant que l’empereur de Maroc était entré à Tlemsên, et annonçait vouloir reconquérir tout cet an

cicn royaume, envoya à Oran lé général Damrémont. Le 13 décembre 1830, il occupa Mers el-Kebir et le fort Saint-Grégoire ; Je 3 janvier 1831, il était maître d’Oran. Hassan Bey fut destitué et envoyé à Smyrne, où il mourut.

Le 6 février 1831, le général Glauzel établit bey le prince tunisien Ahmed, en conséquence d’un traité spécial, qui n obtint pas l’assentiment du Gouvernement français, voulant commander par lui-même, alors, dans toute l'étendue ae sa conquête. Le général Damrémont ne tarda pas à quitter Oran, où lui succéda le général de Fodoas, qui présida à l’embarquement des Tunisiens, retournant avec joie dans leur pays. Le général Boyer prit le commandement en 1832, et commença à établir un système de terreur qui nous fit respecter et craindre dans ces contrées. A bd el-Kaaer, qui venait d’être reconnu Emir par les tribus de Mascara, exploita leur dispositions hostiles en harcelant nos troupes aux entours de la ville d’Oran, et en l’attaquant elle-même à la tête de 12,000 hommes. Le 25 avril . 1833, le générai Desmichels repoussa victorieusement les Arabes, et déjoua les tentatives de leur chef. A la suite du combat de Temzouarar, un traité fut signé entre lui et Abd el-Kader, le 26 avril 1844, en conséquence duquel la France laissait à Abd el-Kader le commerce de toute la côte, à partir de f’embouchure du Chélif jusqu’au Maroc, et convenait qu’un consul français résiderait à Arzeu, en échange d’un consul arabe, agréé à Or*an. Des vexations de tous genres accueillirent nos négociants dans les ports de l’obédience du nouvel Emir. Les tribus, elles-mêmes, fatiguées des exactions d’Abd el-Kader, refusèrent de lui payer les impôts qu’il exigeait, et se révoltèrent, Mais le général Desmichels se porta à 2 lieues, au S. d’Oran, au camp du Figuier, et leur en imposa par cette manœuvre menaçante. Le général Trézel, au contraire, étant venu lui succéder, prit sous la protection de notre drapeau les tribus des Douairs et des Smelas.et, pour les défendre, fut au-devant d’Abd el-Kader (28 juin 1835). Le général d’Arlanges, qui vint alors, se vit bloquer dans Oran par les tribus. Le 3 avril 1837, le général Bugeaud prit les rênes du pouvoir, avec une position indépendante qui lui permit, le 30 mai suivant, de faire un nouveau traité sur les bords de la Tafna, avec Abd el-Kader, qui reconnaissait à la France la possession de la ville d’Oran et de son territoire. A la suite de nombreux événements qui eurent leur théâtre ailleurs, le camp du Figuier fut attaqué par les Arabes, les 5 et 6 mars 1840. Depuis la tranquillité n’a pas été troublée.

Une organisation civile avait été donnée à Oran, dès 1831, par l’arrêté du 16 décembre, et une commission provinciale, instituée le 4 janvier 1835. Le 29 octobre 1845, l’arrondissement d’,Orati fut divisé en quatre communes; il y en a quinze aujourd’hui.

L’Empereur venant d’Alger, débarqua le 14 mai 1865 à Oran

où il séjourna le 15. De retour, le 17, de Sidi Bel- Abbés, il reçut le 18 une députation envoyée par S. M. Sidi Mohammed, empereur du Maroc, pour le féliciter, et après avoir été visiter Saint-Denis-du-Sig le 19, il prit la mer, le 20, se dirigeant sur Mostaganem.

importance POLITIQUE. Oran, chef-lieu de la province du même rom, est la résidence du Général de Division commandant la Province, du Préfet du département et des Chefs de service de toutes les parties spéciales de l'administration, qui dépendent de son ressort. Il y a une Justice-de-Paix, un Tribunal de première Instance, un Tribunal et une Chambre de Commerce. Oran a été érigé en évêché par décret du 9 janvier 1867.

population. La population de la ville d’Oran, est de :

Français 8,789

Étrangers , . . 14,342

Israélites 5,657

Musulmans 3,102

Population en bloc 2,168

Total 34,058

éSSaSSimiS

aspect extérieur. Oran offre un aspect grandiose qu’il doit au vaste déploiement de son golfe, et au *rideau de hautes montagnes qui le domine, autant qu’aux nombreux et formidables ouvrages de fortifications élevés par les Espagnols et les Français. Rien de plus imposant que les positions, à l’O. du fort San- Grégorio, assis sur un des gradins du Merdjadjo,

à 178 mètres au-dessus du niveau de la mer; du fort Santa-Cruz, sur le somm?t suprême de la même montagne, à 340 mètres de hauteur, et du marabout d’Abd el-Kader, couronnant un mamelon voisin appelé Alméïda (la Table), à 429 mètres d’élévation et dominant tout le golfe. D’autres forteresses occupent, sur des rochers qui bordent le rivage, tous les points en saillie, et forment une enceinte redoutable et pittoresque. Le fort Sainte-Thérèse, le Château-Neuf, le Château-Vieux, le fort Saint-André, le fort Saint-Philippe, le quartier d’artillerie, celui de la cavalerie et le nouveau quartier des Zouaves ou nouvelle Kasba, complètent l’ensemble de ce tableau martial et magnifique. Les belles constructions de défense qui couvrent la pointe de Mers el-Kebir, terminée par une tour où est le phare, s'avancent hardiment de l’O. à l’E. avec une élégance toute guerrière. Au centre de cet appareil de la puissance et de la force, les maisons neuves ou restaurées de la ville et les minarets de quelques mosquées, ne perdent pas leur charme de fraîcheur et leur caractère d’originalité.

Les plantations effectuées sous la direction des Pontset-Cha.ussées sur la promenade de Létang, sur les boulevards de la ville et sur les routes extérieures, sont aujourd’hui de fort belle venue, et protègent de leur

frais ombrage les passants autrefois exposés à la grande ardeur du soleil. .

Les semis de pin d’alep et d’essences feuillues, commencés depuis quelques années par le service forestier

sur les flancs de la montagne de Sanla-Cruz, sont continués avec la plus grande activité et sont sur le point -d’être achevés. Ces semis embellissent le paysage de massifs de verdure qui manquaient naguère complètement à l’œil dans ce canton entièrement dénué de végétation ligneuse; ils sont, de plus, un sûr garant de la réussite des grands travaux de reboisement qu’on doit eAtreprendre sur les chaînes de montagnes situées au S.-E. et au S.-O. de la ville d’Oran, et à proximité du littoral. C’est en vue de ces repeuplements que l’administration a fait établir au camp de Sanla-Cruz et dans la réserve de Mouley-Ismaël, de vastes pépinières susceptibles de fournir chaque année des millions de sujets d’essences diverses, appropriées au climat et au sol, et qu’on pourra successivement soumettre à la transplantation.

enceinte. Le périmètre d'Oran, dans ses remparts, est de 72 hectares. Les- fortifications qui l’entourent* et s’ouvrent par cinq portes, sont estimées avoir coûté plus de 38,000,000. Tout le génie des Castillans, si connu pour les beaux ouvrages de défense des places, semble s’être épuisé dans ces travaux qui portent leur cachet avec un noble orgueil, et font honneur à leur science de la guerre. Toutefois l’ancienne enceinte sera démolie, et les nouveaux remparts, auquels le Génie militaire travaille, comprendront les quartiers de Karguenta, Saint-Michel et Saint- Antoine, qui sont comme les faubourgs d’Oran.

physionomie locale. La ville d’Oran a une

physionomie fort irrégulière, qui provient du mélange des constructions arabes, espagnoles et françaises. Toutefois elle conserve une apparence toute européenne, à laquelle l’activité du commerce vient ajouter une complète illusion. Oran, bâti sur deux plateaux allongés du S.-O. au N.-E., qui viennent finir à la plage, où est le quartier de la Marine, est divisé en deux par un ravin où coule un cours d’eau assez abondant, nommé oued Er-Rahi (la rivière des Moulins ). Ce ruisseau est caché dans un tunnel, et les décombres des vieilles constructions, jetées avec des déblais de toute espèce dans le vallon, ont rapproché les deux portions de la ville, qui communiquent de plain-pied par le moyen de ce terrassement. La rue Philippe, bordée d’arbres séculaires, prolonge la rue d'Orléans, qui monte de la Marine, en pente assez douce ;■ elle met en relation la place du Marché, avec le quartier de l’Hôpital, et celui de l’église; laquelle est située sur la place des Carrières. Plus haut, à l’entrée des jardins, est un pont joignant le Château-Vieux au fort Saint-André. La ville est bien percée, et dans un site varié. Les rues sont larges et irrégulières. Les plus belles sont : la rue de la Marine, de Napoléon, de Vienne, Oudinot, Philippe. On remarque le passage Lasry, sous l’ancien hôtel de France . Les maisons sont presque toutes construites à la française, agréablement décorées et bien, distribuées. Les places, outre celles dont nous venons de parler, sont les places Kléber, Napoléon, d’Orléans et de l’Hôpital. Des marchés quotidiens se tiennent sur la place du Thé-

àtrc, la place Blanche, à la porte Napoléon. Le marché aux grains a lieu trois fois par semaine.

établissements militaires. Le Généra! de Division Commandant la province a sa résidence au Château-Neuf, dans une habitation primitivement construite pour les usages mauresques, consistant en portiques, galeries et kiosques, avec des jardins et parterres réservés. On s’est efforcé d’aménager cet ensemble asiatique et original par ses distributions, aux exigences de la position et aux habitudes européennes. L’aspect de la mer, celui de la ville et de toute la campagne, est la décoration la plus remarquable de ce séjour exposé à tous les vents, qui ont quelquefois une grande violence.

On compte à Oran trois grandes Casernes : la nouvelle Kasba, Saint-Philippe, le Château-Neuf. Le Château-Vieux, ou vieille Kasba, est un ancienne forteresse où se tiennent les deux Conseils de guerre de la Division et la Prison militaire. Les condamnés au boulet sont gardés dans le fort La Mouna. L’Hôpital militaire, pouvant contenir 1,400 lits, est un vaste bâtiment neuf, qui s’élève majestueusement au-dessus des maisons qui l’entourent, offrant sa façade principale en vue de toute la ville. Les magasins des diverses administrations, Vivres, Campement, sont grandement aménagés. Il y a un télégraphe électrique au boulevard Malakoff.

établissements cxvils. Deux églises existent à Oran. La plus convenable est une ancienne mosquée, qui est la plus belle de celles qu’on a trouvées (place des Carrières). Les RR. PP. Jésuites ont aussi une

charmante chapelle dans une petite mosquée auprès du collège qu’ils ont fondé; on y entend de l’excellente musique.

Les Musulmans ont encore une belle mosquée pour l'exercice de leur culte.

Les Dames Trinilaires ont une fort jolie chapelle ; elles tiennent un magnifique pensionnat de jeunes demoiselles, une école communale pour les jeunes filles et une salle d’asile. Des établissements communaux du même genre, sont tenus au quartier de Karguenta par des laïques. Il y a, en outre, dans la ville, deiix autres pensionnats et plusieurs externats libres de demoiselles. Les garçons reçoivent l’instruction dans un Collège communal, dans celui des Jésuites, et dans deux institutions communales aussi. Il y a une école arabe-française. La Société des Dames de charité prend soin des malheureux. L’Hôpital civil est hors ville, près de la porte Saint-André. Une maison de refuge est tenue par les Dames du Bon-Pasteur. Une prison civile pour 300 -détenus, vaste et bel édifice, a été construit au quartier de Karguenta, sur le plateau du champ de

manœuvre. L’institution d’un Bureau de bienfaisance

a été confirmée par arrêté du 31 juillët 1843. Une Caisse d’épargnes a été aussi fondée. A la fin de 1866, elle avait reçu 2,003 versements, formant un total de 103,287 fr. 97 c., et avait fait 586 remboursements, pour la somme de 89,247 fr. 75 c. Une Société de Secours mutuels, fondée le 1er septembre 1856, comptant 778 membres participants, avait donné des soins à 1,878

malades depuis sa fondation jusqu'au 21 mai 1866. A cette. date, le mouvement financier se soldait par une encaisse de 8,612 fr. 24 c. Il y a une Société alimentaire. Bibliothèque publique. Société du Crédit agricole. Succursale de la Banque d’Alger.

Il existe un entrepôt des poudres, qui alimente la consommation de la province, un entrepôt des tabacs et un entrepôt réel des Douanes.

Le commerce s’exerce sur les bestiaux, les laines, les cotons, les grains, les tabacs, la garance.

L’eau ne manque pas à Oran; l’oued Er-Rahi, légèrement thermal, qui prend sa source au S.-O. de la* ville, au pied méridional du Djebel-Santo, est conduit par un aqueduc souterrain, qui coule de l’O. à l’E., et fléchit, au N., 1,000 mètres environ avant d’entrer dans la ville. A l’endroit appelé la Fontaine, il laisse échapper une partie de ses eaux par une ouverture pratiquée à la droite de son canal, va arroser des jardins, fait tourner des moulins, et se jette à la mer dans le golfe. L’autre portion de ses ondes se rend, par le conduit souterrain, dans un réservoir placé sur la pente de la partie occidentale de la ville, d’où elle est distribuée dans toute la vallée. On trouve des fontaines rue Philippe, rue d’Orléans, place Kléber. Il y a encore une source près du Château-Neuf.

L’Abattoir civil est situé à environ 2 kilom. de la place Kléber, sur l’ancienne route d’Oran à Arzeu. La promenade Lélang, au pied du Château-Neuf, est en vue de la mer; elle est très-fréquentée. C’est là que viennent

jouer les musiques des régiments en garnison à Oran. Le Théâtre, qui s'élève non loin de là, est desservi, alternativement avec Mostaganem, par une troupe de drame et d'opéra.

industrie particulière. Les meilleurs hôtels sont ceux de la Paix , de Y Univers, du ISord, de Londres. Le Café de la Promenade Létang tient aussi un restaurant très-bien fréquenté, surtout en été, à cause de sa situation agréable, et parla renommée dont il jouit de servir d'excellents déjeûners. Les Cafés de France, du Commerce, de la Promenade, de Paris, du Théâtre , des Mille-Colonnes , de la Perle et le Grand- Café des Concerts ne doivent pas être oubliés. Disons encore que des bals charmants sont donnés, en hiver, à la Loge maçonnique, connue sous le litre distinctif de Y Union Africaine , qui renferme un Chapitre de Rose- Croix. U Echo d’Oran est une feuille en voie de publicité fort étendue. Le Courrier d’Oran est le journal officiel de la localité. Un bazar français expose les produite de l'industrie commerciale. La sparlerie, la préparation de l'halfa, l'égrenage du coton, les scieries, les glacières, les chocolateries, la vermicelleriç, occupent plusieurs fabriques Dans les faubourgs d'Oran, dixsepl moulins à vent, huit à manège, deux à vapeur, six à eau, fonctionnent avec avantage.

La configuration du sol où est assis Oran, qui marque dans la ville comme quatre quartiers, — le quartier Napoléon — ■ Philippe — la Blança et la Marine, lui donne aussi, comme faubourgs, des agglomérations de cons-

Uuetions, Saint-Antoine — Saint-Michel — Karguenta, qui en sont très-rapprochées.

Karguenta (ou plus exactement Khreneg Entah '), est un magnifique village qui n’est séparé d’Oran que par un petit ravin plein de jardins, que contourne la route de Mostaganem. Il fut bâti aux entours d’une mosquée, par l’initiative intelligente de M. Ramoger, qui comprit l’heureuse exposition de ce point. Une grande église, la halle aux grains, le magasin des tabacs de l'administration, le quartier de cavalerie, les magasins des subsistances militaires, des écoles communales et salle d’asile, entretiennent une grande animation dans ce beau quartier (Population : 6,055 âmes).

Près et au S. d’Oran, sur la route de Mascara, s’est élevé un village exclusivement peuplé de Nègres. Ces Indigènes offrent les plus curieux types de races et de mœurs primitives que l’on puisse rencontrer (Population : 3,077 noirs).

moyens de transpoets. La ligne du chemin de fer d’Oran à Alger, est en bonne voie d’exécution et sera prochainement livrée à la libre circulation jusqu’à Saint-Denis-du-Sig. La gare des marchandises sera auprès du port d’Oran, -et celle des voyageurs, au faubourg Saint-Michel, près Karguenta.

Le 7 avril 1867, les Entrepreneurs des travaux du chemin de fer ont donné à la ville d’Oran et à celle de Saint-Denis-du-Sig, un avant goût (dit Y Echo d’Oran) des avantages que la prochaine inauguration de cette partie de la voie ferrée algérienne procurera

à leurs populations. A 8 heures et demie du malin, des notabilités gracieusement invitées partaient à toute vapeur de là station de Saint-Michel, et après s'être arrêtées un instant au village du Tlélat, arrivaient au Sig à 10 heures et demie environ. Le convoi s'est remis en marche pour Oran à 4 heures et demie. La locomotive rentrait à Saint-Michel à 8 heures et quelques minutes. Cette dernière partie du trajet a été franchie avec des vitesses de plus de 60 kilomètres à l'heure.

Le roulage est établi pour tous les points importants de la province. Des services de diligences suivent les mêmes parcours, et la compagnie Bordenave a dirigé sur la plupart des routes, des convois qui ont bien marché, au moyen de la locomotive Lotz.

Des omnibus très-confortables, exactement construits comme ceux de Paris, et parlant de divers points de station, sillonnent la ville et se dirigent sur Karguenta, Saint-Michel, Saint-Antoine et la banlieue.

routes. Sept routes partent d’Oran, dont quatre s'épanouissent en éventail vers l’E. :

lo La route de Mostaganem, par Arzeu, remontant au N. pour passer par Saint-Cloud ;

2° La roule de Fleurus, directement à l’E.;

3° Al’E.-S.-E., la route d'H’asi-Bou-Nif, H’asi-Aineur, faisant jonction, à Ben-Obka, avec celle de Saint-Cloud;

4° Au S., la roule de Saint-Louis, desservant Sidi- Chami et le Lac Salé; * *

5° Au S.-S.-E., la route de Mascara, desservant la

Sénia, Yalmy, leTlélat, Sainl-Denis-du-Sig cl la plaine (le l’Habra ; plus à l’O. se trouve un embranchement pour Sidi Bel-Abbès; celle roule, tracée en ligne droite, est bordée, de chaque côté, d'une double rangée de mûriers d’une très-belle venue, jusqu’à 8 kilom d’Oran.

6° Au S., la roule de Tlemsên, desservant Misserghin et Aïn-Temouchent ;

7° La route de Mers el-Kebir, contournant la baie, jusqu’au village d’Aïn el-Turk, au N.-O., avec em- * branchement sur Bou Sfer.

environs. Le pays est découvert et aride, bien que la lerre n’y soit pas stérile. Au S. de la ville, vers la Sebkhra, la plaine est complètement inculte. On y voit * cà et là quelques bouqüels de lentisques, des palmiersnains, des haies de cactus et d’aloës. Un figuier, célèbre par le camp établi auprès,— un caroubier, près de Mers el-Kebir, visités par les profneneurs, étaient naguères les deux seuls arbres qui ombrageaient la campagne. Entre les pieds de l’Atlas et du Djebel Santo, s’allonge, à l’O., la Sebkhra, vaste espace qu’on voit occupé, en hiver, par des flaques d’eau que les torrents des montagnes voisines viennent y déposer, et qui, en été, ne présente plus, après leur évaporation, qu’un champ jaunâtre de terre salée, traversé à pied sec par les hommes et les animaux. Au S.-O. de la ville, vers le beau plateau qui, des remparts, s’étend jusqu’à La Sénia, on voit de riches cultures; des champs en plein rapport et d’une étendue considérable, entourent les habitations gracieuses, et bordent la route.

, 11 y a, dans la banlieue d’Oran, des exploitations iso-

lées, cultivées avec le plus grand soin, pourvues de batiments nécessaires ù leur mise en valeur, et qui sont remarquables, sous le rapport de l’élève du bétail, des grandes cultures de céréales, des mûriers, des tabacs, des cotons. La vigne y occupe de grandes étendues, et ne fera qu’augmenter chaque année. Le succès de sa culture est complet, les produits en sont de bonne qualité.

Les exploitations de moindre étendue et les plus rapprochées de la ville, sont livrées aux cultures maraîchères et au jardinage. Les cultivateurs sont des hommes rudes au travail, sobres et religieux. Le bien-être que ces qualités procurent est encore augmenté par la salubrité du pays.

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