CONSIDERATIONS MEDICO-LEGALES
Dans le domaine de la thérapeutique psychiatrique, comme celui de la thérapeutique en général, les Médecins ont assisté au cours des vingt dernières années à une évolution singulièrement impressionnante.
Les différents traitements préconisés, qu'il s’agisse de cette malariathérapie la plus ancienne des thérapeutiques agressives ou des interventions plus récentes de psycho-chirurgie, comportent tous des risques d’incidents ou d’accidents qui viennent grever dans une certaine mesure les statistiques les plus favorables.
Il faut convenir que parmi les méthodes les plus usuelles, la cure de Sakel peut susciter des alertes sérieuses. Il est exceptionnel, par contre, que l’on observe à l’occasion d’électrochocs des troubles durables relevant d’un accident thérapeutique. |
A l’heure actuelle, le public certes ne peut se plaindre d’être tenu dans l'ignorance des dernières découvertes plus ou moins sensationnelles qui intéressent la santé et les progrès thérapeutiques. On est en droit de penser qu’il se trouve averti des indications générales d’un traitement comme aussi des surprises désagréables qui peuvent s’en suivre. Sans avoir recours aux divers « digests » spécialisés, il lui suffit de parcourir les quotidiens de toutes régions pour y trouver une rubrique médicale plus ou moins explicative.
En matière d’affection psychiatrique, mais surtout d’aliénation mentale, lorsqu'il s’agit de malades internés, les familles
(1) Nous devons remercier Maître AMAT des renseignements qu’elle nous a fournis pour la rédaction de ce chapitre.
DT ES w’hésitent pas à orienter le Médecin vers les thérapeutiques les plus audacieuses, quitte à lui reprocher ensuite, comme il est humain, ses échecs ou les accidents survenus.
La mélancolie représente, comme chacun le sait, la plus fréquente des psychoses, or elle implique la menace habituelle du suicide. Il est courant de ne recevoir des malades anxieux à l'Hôpital ou la Clinique, qu'après une tentative de cet ordre. L’alerte a été chaude pour les proches, aussi ne peuvent-ils manquer d’accepter la décision thérapeutique proposée par le Médecin. Est-il besoin de rappeler que depuis 1934 la sismo-
thérapie, d’abord sous l'espèce du Cardiazol, puis par électro-
choc a permis de guérir de nombreux mélancoliques et d'éviter ainsi pas mal d’obitus volontaires ?
Pour avoir rempli depuis un an et demi les fonctions d’Interne dans un service de neuro-psychiatrie au contact Journalier des malades, il nous a été loisible, grâce à l’enseignement de nos maîtres civils et militaires, d’apercevoir les difficultés diagnostiques touchant les névroses et Iles psychoses, comme les conceptions erronées qui peuvent avoir cours chez les malades et leurs familles.
On a trop tendance, même dans le corps médical, à méconnaître la phase initiale de certaines formes de mélancolie, soit qu’elle revête le masque de la neurasthénie, de la névrose d'angoisse, de l’hypochondrie, d’une affection gastro-intestinale. Comment expliquer aussi ce que sont et ce que deviennent ces formes mineures des psychoses périodiques décrites dans 1x thèse de ZiNAT (Lyon, 1937) ou la portée exacte de certains raptus relevant de la névrose d’angoisse ?
Nous avons aussi, tout au cours de ce travail, envisagé un certain nombre de cas particuliers qui ne paraissaient pas primitivement constituer une indication favorable de sismothérapie et qui cependant s'étaient trouvés améliorés, sinon guéris, par une série de chocs. C’est dire, une fois de plus qu’il n’est pas possible de formuler de règle absolue dans ce domaine, que le sens clinique du Médecin et sa conscience professionnelle doivent rester les seuls juges de la décision thérapeutique. L'expérience montre que des précautions indispensables doivent être prises lorsqu'on décide d’une cure de chocs. Il ne s’agit pas de passer en revue les contre-indications tenant à l’état organique du malade, mais il est toujours opportun de rappeler
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