OBSERVATION XXII
M. T..., cinquante ans, maréchal des logis de gendarmerie. Pas d'antécédents héréditaires, ni personnels. Le 19 avril 1911, le malade se sent fatigué : pas d'appétit, diarrhée, Le 16 avril, il ressent des coliques dans tout le
ventre, Il s'alite, se met à la diète et n’a pas de vomisse-
ments. Le lendemain, la douleur se localise à droite ; le médecin appelé lui fait mettre de la glace sur le ventre et dès le lendemain adresse le malade à la clinique en vue d'une intervention.
A l'entrée à la clinique, le 18 avril, soit le troisième jour après le début des accidents, on note une température de 3802 ; le pouls est petit, régulier et bat à 110. Ventre ballonné, très tendu ; hyperesthésie cutanée générale ; zone de submatité dans la fosse iliaque droite, correspondant à la largeur de la main ; à la palpation, douleur très vive à ce niveau, s'étendant tout le long du côté droit et perçue sous le foie. Le point maximum de la douleur siège au niveau du point de Mac Rurney ; à gauche, autre point douloureux, mais moins prononcé en un point symétrique du premier. Le toucher rectal ne révèle rien de particulier, et le cathétérisme ramène environ 80 grammes d'urine foncée.
Le diagnostic d’appendicite n'est pas douteux et l'on décide d'intervenir immédiatement, malgré la phase d'accalmie que traverse le malade.
L'opération est faite sous chloroforme. Après incision transversale, sitôt le péritoine incisé, il s’écoule du pus d’abord très jaune, puis brunâtre. Avec l'index introduit dans le ventré, on crève successivement un foyer soushépatique, un foyer pelvien et un foyer gauche. La quantité totale du pus est fixée à 300 grammes. Le cæcum est entouré d’adhérences épaisses, très vasculaires au milieu desquelles on finit par distinguer l’appendice complètement gangrené dans les deux tiers de sa longueur, à partir
de son insertion ; l'extrémité est renflée en massue, dela
grosseur du pouce, Appendieectomie. Le moignon ne peut être enfoui en raison des points douteux de gangrène siégeant sur le fond du cæcum. Les ligatures vasculaires ne sont pas faites.
. Après tamponnement, on place trois gros drains au point déclive afin d'évacuer les liquides péritonéaux.
Après l'intervention, le malade a quelques vomissements : on fait un lavage d'estomac et on met l'opéré dans la décubitus latéral combiné à la position de Fowler. L'irrigation intestinale intra-rectale à la Murphy est pratiquée. Tous les accidents disparaissent progressivement et le malade quitte, guéri, le 26 mai.