AVANT-PROPOS
La physiothérapie, c’est-à-dire l’application à l’organisme troublé par les processus morbides, de l’électricité, de la chaleur, de la lumière et autres agents naturels, a pris dans ces dernières années une telle importance, qu’il n’est plus permis d’ignorer les résnltats qu’ils permettent d’obtenir dans les maladies qui réclament leur emploi. Ces résultats sont encore peu entrés dans la pratique courante, en ce qui concerne la glande
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mammaire malade.
Bien plus, les 'recherches, infructueuses sur bien des points, que nous avons faites dans la littérature médicale, semblent indiquer que l’attention des praticiens est fort peu attirée du côté de l’appareil de sécrétion du lait. Si on laisse de côté les maladies qui, par leur
nature et leur marche, réclament la suppression chirurgicale de l’organe, pour ne s’occuper que des affections qui paraissent .justiciables d’une autre thérapeutique, on est vite convaincu que trop peu de choses sont acquises et qu’on manifeste un peu trop d’indifférence pour une glande aussi importante. Gomme conséquence, cet organe qui a servi de caractère dominateur aux naturalistes pour créer la classe des mammifères, est en régression manifeste dans l'espèce humaine. C’est ce qu’exprimait Pajot dans une boutade humoristique: « La mamelle se meurt, la mamelle est morte ! »
Voulons-nous savoir les méfaits de cette négligence? Interrogeons la statistique. Elle nous apprendra, avec Balestre et Giletta de Saint-Joseph, que la mortalité des enfants, pendant la première année de leur vie, est de 200 pour 1000, c’est-à-dire, suivant la remarque de Bertillon, égale à celle des vieillards ayant dépassé 80 ans!
Elle nous apprendra avec Blaclie que dans cette hécatombe, 96 0/0 des décès relèvent de troubles digestifs !
Elle nous apprendra que la cause primordiale de ces troubles digestifs est un allaitement mal conduit ou insuffisant ! Enfin, elle nous apprendra que les enfants qui échappent à la mort, dyspeptiques pour de longs jours, sont les recrues du rachitisme, de l’ostéomalacie, du lymphatisme, de la tuberculose !
A la vérité, ce tableau est aujourd’hui moins sombre, grâce aux progrès accomplis dans la stérilisation, la maternisation du lait et la direction de l’allaitement. Certes, très louables sont ces etforts et souvent très
utiles leurs résultats. Mais quoi qu’on fasse, l’allaitement artificiel, par des laits d’animaux, n’est et ne sera jamais qu’une nécessité. C’est que l’appareil de digestion du nouveau-né est inachevé dans son développement ; et la nature qui l’a séparé de ses attaches maternelles, le jugeant apte à prendre lui-même sa nourriture et à l’assimiler, a eu soin de lui assjurer un liquide accommodé à ses besoins et à ses pouvoirs digestifs.
L’homme ne sachant qu’imiter imparfaitement la nature, nos manipulations, pour rapprocher le lait des animaux du lait maternel, sont plus ou moins aveugles et dangereuses. N’est-il pas démontré que l’une des plus utiles, la pasteurisation, par exemple, détruit des ferments utiles, auto-digesteurs (Nobécourt-Merklen) (1), et transforme le lait, aliment vivant en aliment mort ? En plus de ces ferments digestifs, il existe des ferments spéciaux à chaque lait, de vrais ferments trophiques, facilitant l’absorption et l’assimilation du lait, et ces tropho-zymases n’existent que dans le lait de la mère.
C’est à leur absence dans le lait étranger que L. Concetti (2) attribue U atrophia primiliva des enfants artificiellement nourris.
Il est donc juste de dire avec le Professeur Pinard que « le lait de la mère appartient seul à son enfant ».
1. Nobécourtet Merklen (Presse médicale , 24 et 27 décembre 1902).