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DES CAUTÉRISATIONS DU COL DE L'UTÉRUS

Caustiques chimiques. On peut affirmer que l'emploi des caustiques dans les maladies de la matrice ne date que de la découverte du spéculum par Récamier, en 1801. Avant cette époque, on ne trouve dans les anciens auteurs que très peu de renseignements sur ce sujet.

D'après les recherches de Cohnestein, Hippocrate et Galien se sont servis des caustiques liquides dans le traitement de certaines affections de la matrice.

À peine pourrait-on affirmer que Celse les préconise

dans le traitement des ulcères qui accompagnent la chute de cet organe. A la fin du siècle dernier, Percy en conseille

l'usage, mais sans les avoir employés. Ainsi, ce n’est qu’à partir de Récamier que l’on commence à faire un emploi méthodique des caustiques dans le traitement des affec tions utérines. En 1801, pour s'opposer aux progrès des

ulcères de la matrice, Récamier avait imaginé de porter

sur le col de cet organe, au moyen d’un tube d’étain gros comme le doigt et long de quatre pouces, des pinceaux trempés dans du miel rosat et dans du laudanum; c’est à ces pansements qu'il a cru devoir attribuer la prelongation de la vie de plusieurs femmes affectées de cancers du col de la matrice. Il pensait bien aux caustiques, à cette époque, mais il recula devant l’idée de porter des substances corrosives sur l'utérus.

Peü de temps après, Bayle, dans son article: Caneer, du

Dee

Dictionnaire des sciences médicales, proposa d'appliquer la pâte arsenicale sur les ulcères cancéreux de l'utérus et de détruire ainsi la surface malade. Pendant que Bayle conseillait ainsi les caustiques théoriquement, ils étaient déjà appliqués par Récamier. La crainte qui l'avait retenu jusqu'alors céda devant le cas suivant : En 1801, une malade affectée de végétations cancéreuses du col avait été deux fois opérée par Dupuytren sans résultat. Récamier voyant le peu de succès de ces ablations, entreprit d’essayer l’application des caustiques au moyen de son spéculum perfectionné. Il toucha d’abord les végétations avec de la potasse caustique; cette cautérisation ne fut suivie d'aucun accident ; les suivantes furent faites avec une solution de nitrate acide de mercure et il cautérisa une trentaine de fois. L'état de la malade s’améliora et la marche de l'affection fut enrayée momentanément.

Telle fut la route indiquée et suivie bientôt par Dupuytren, par Lisfranc, par M°° Boivin, qui se montre moins prodigue de ce moyen de traitement; par Ricord et Delmas, qui, l'un à l'hôpital des vénériens à Paris, et l’autre à Montpellier, appliquent la cautérisation aux ulcères vénériens du col de la matrice.

On employa les caustiques les plus variés, tantôt liquides, tantôt solides, la plupart complètement abandonnés aujourd'hui, Nous les rappellerons seulement pour mémoire, ce sont : la pâte arsenicale; la potasse caustique; les acides nitrique, sulfurique, chlorhydrique ; les chlorures d'antimoine et de bismuth; le nitrate acide de mercure très employé par Lisfranc et encore aujourd’hui en usage. Les plus employés actuellement sont : le nitrate d'argent, le chlorure de zinc, la pâte de Canquoin, le caustique de Filhos, l’acide chromique, la teinture d’iode, le perchlorure de fer.

Mais ces caustiques, quelque précaution qu’on emploie pour s’en servir, ont toujours de grands inconvénients: d’abord, il est difficile de préciser la profondeur à laquelle ils agissent, ainsi que de les empêcher de couler au-dessous du point d’application et on ne peut avoir la certitude que les surfaces saines échappent à leur action ; en outre, il y en a quelques-uns d’entre eux produisant des accidents qui peuvent devenir graves : ainsi nous voyons le nitrate acide de mercure provoquer chez quelques femmes une salivation incommode et rebelle, et quelquefois le ramollissement des gencives, des aphtes, des ulcérations, en un mot tout le cortège des symptômes de la stomatite mercurielle. Aussi son usage est des plus restreint.

Cautère actuel. — L'usage du cautère actuel dans le traitement des affections du col de l'utérus est de date récente. C’est en vain que l’on chercherait dans l'antiquité des indices sur l'emploi de cette médication. Hippocrate, Galien, Arétée donnent un tableau assez fidèle des diverses lésions que l’on peut remarquer sur cet organe, mais leur traitement ne consistait qu'en l’application d'onguents, poudres, pommades, sans qu’il soit question du cautère actuel ; Aétius ne dit que quelques mots sur ce genre de maladies. Paul d’Egine, plus explicite, ne mentionne pas le cautère actuel dans le traitement des maladies de la matrice. L'idée première se trouverait à la rigueur dans Celse.

Le fer rouge est préconisé par cet auteur contre les fongus qui accompagnent la chute de l'utérus, mais peut-on en conclure qu'il l’eût employé dans d’autres lésions de cet organe non accompagnées de ces productions pathologiques ? (Celse, livre VI, page 199.)

Les Arabes, qui faisaient un plus grand usage du cautère ‘actuel, le conseillaient dans les maladies de la vulve, mais ea échange ils en interdisaient l’usage dans les affections de la matrice et surtout dans le cancer. Voici comment s'exprime Albucacis : « Cum vero est aposthema cancerosum in matrice ne ferro tangas ni qui enim omnino ferri ussus in cancroso aposthema matricis. >» (De affection mulierum, libri græcorum a arabicorum, latinorum. Israe Spachius, medecinæ d'; 442.)

Rhazès, Avicenne, Fabrice d'Aquapendente n’ont rien dit sur ce sujet. Marc-Aurèle Severin, dont l’enthousiasme pour le fer rouge était si grand, néglige sussi d’en parler relativement aux maladies de l’utérus, après l'avoir vanté dans d’autres affections. Pouteau, son imitateur, croyait que le fer ne peut nine doit atteindre les cancers de l’utérus (Œuvres posthumes). Percy, à la fin du siècle dernier, avait émis l’idée qu’on pouvait se servir avec avantage de cette médication, mais sans l’avoir employée lui-même; voici comment il s'exprime: « Ne pourrait-on pas dans certaines affections malignes et rebelles du vagin et du col de l’utérus faire usage du fer, soit pour dessécher, soit pour brûler réellement.» (Pyrotechnique, page 266.)

Comme on le voit cesindications étaient très vagues,mais c’est à cet auteur qu’on doit rattacher la première mention sérieuse sur l'application du cautère actuel dans les affections du col de la matrice. Le baron Larrey vient ensuite et pratique la cautérisation avec le fer rouge dans le cas d’ulcères et surtout d’ulcères cancéreux de cet organe. Mais ces deux jalons jetés dans la science, la cautérisation au fer rouge appliquée aux affections utérines eut, comme tout nouveau moyen thérapeutique ses adeptes et ses adversairés ; et après avoir été employée pendant quelque temps, elle finit par tomber dans l’oubli jusqu’à 1833,

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