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CHAPITRE PREMIER

ARTICLE I. — Du lymphatisme et de la scrofule

C'est avec intention que nous commençons par traiter du lymphatisme et de la scrofule ; c’est à ces deux affections, en effet, que revient là première place : les eaux de Balaruc rendent tous les jours des services incontestables, et nous serons à chaque instant obligés d’invoquer l'efficacité des eaux dans ces diathèses, pour en expliquer le mode d’action.

Posons en règle générale que les eaux de Balaruc tirent

Lpbre leurs indications de deux propriétés fixes : leur riche minéralisation et leur haute température (48°).

Qu’entendons-nous donc par lymphatisme et par scrofule ? Le mot scrofule, nous dit Grancher dans le Dictionnaire encyclopédique, a une signification précise, et, quoiqu'il désigne une maladie dont la nature est mal connue et dont les manifestations sont très complexes, il a le mérite de s'appliquer à la fois à une forme de tempérament et à une série d'accidents pathologiques sur lesquels tous les médecins sont d'accord. S'il est facile de s'entendre sur une série de manifestations morbides et de les ranger sous un nom commun, la scrofule, il est beaucoup plus difficile de dire quelles sont les limites de la maladie et en quoi elle diffère des divers états conslitutionnels voisins, tels que le lymphatisme ou la tuberculose. Et eneflet, ainsi que le fait remarquer Le Dentu, indiquer où finit le lymphatisme, où commence la scrofule, est chose à peu près impossible; la barrière qui les sépare étant purement conventionnelle, il est permis de dire de lun qu'il est le premier degré de l’autre.

Il ne nous appartient pas de rentrer ici dans les nombreux débats suscités par la scrofule ces dernières années; nous prenons ce mot dans son acception ancienne, c’est-à-dire que nous parlons de la diathèse et nous l’associons au lymphatisme : les indications thérapeutiques sont absolument les mêmes dans les deux cas, et ce que nous disons d’une diathèse s'applique à l’autre.

En 1858, fut discutée à la Société d’hydrologie la question du traitement de la scrofule par les eaux minérales. A ce débat prirent part deux maîtres en hydrologie, MM. Patrisier et Durand-Fardel. M. Patrisier prétendit que l’on devait se baser sur la prédominance des symptômes de la scrofule pour faire le choix des eaux minérales, et il arrivait à poser des indications thérapeuthiques pour tous les groupes d'eaux mi-

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nérales. M. Durand-Fardel, au contraire, soutint que l’action antiscrofuleuse revenait pour la plus grande part aux eaux chlorurées sodiques, et il considéra ces dernières comme de véritables spécifiques.

Ce que M. Durand-Fardel disait de la scrofule, il Pappliquait au lymphatisme, comme nous le faisons pour les eaux de Balaruc. « Au point de vue des applications hygiéniques et thérapeutiques, disait-il, au point de vue de la médication thermale en particulier, il est permis de rapprocher et d’envisager le lymphatisme et la scrofule comme deux degrés d’un état analogue sinon semblable, car les mêmes moyens leur sont applicables, comme des circonstances identiques tendent à les développer et sans doute à les transformer l’un dans lPautre. Or les moyens thermaux propres à modifier une constitution simplement lymphatique, ou à prévenir le développement des scrofules, sont exactement les mêmes, d’autant que les scrofules ne peuvent guère être prévues que par des circonstances d’hérédité ou par suite de l'existence d’un état lymphatique caractérisé. »

Quelles sont donc ces indications thérapeutiques ? Il faut d’une part modifier le terrain, et d’autre part le reconstituer. Les eaux chlorurées sodiques, et en particulier celles de Balaruc, répondent fort bien à ces indications.

Les eaux de Balaruc agissent d'abord par leur principe minéralisateur le plus important, le chlorure de sodium, qui entre dans leur composition pour 7 grammes environ. Ce sel, on le sait, possède des propriétés purgatives et altérantes. A haute dose, il amène de la purgation quelquefois abondante ; à faible dose, au contraire, il ne produit pas des effets purgatifs et est simplement altérant. C’est cette dernière propriété que nous devons rechercher dans le traitement des diathèses ; la scrofule et le lymphatisme ont fortement imprégné l'organisme par leur chronicité, elles l’ont complètement

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modifié et transformé, il faut lui rendre l’activité et la vitalité affaiblies ou disparues. C’est donc à titre de médicament altérant que nous employons l’eau de Balaruc pour combattre la diathèse; ce sera comme tonique et reconstituant que nous en ferons usage pour lui rendre sa vigueur première.

Après avoir vu quelles étaient les indications que nous devions poser, il nous reste à dire d’où nous pourrons les tirer. Ce sera évidemment de la forme de la diathèse, variable suivant les individus. Le docteur Wiesbaden, médecin allemand, a ramené la scrofule à deux types principaux, nécessaires à connaître pour instituer une médication thermale. «Il y a deux formes de scrofule : la scrofule à forme éréthique ou sensible, et la scrofule à forme torpide ou atonique. La forme sensible se développe chez les personnes d’une constitution délicate, au teint pâle, aux joues vermeilles et transparentes, aux cheveux blonds et roux, aux formes sveltes et élancées, et qui se distinguent communément par une grande vivacité d’esprit et un caractère fort aimable. [a forme torpide se manifeste, au contraire, chez les individus d'humeur fâcheuse et chagrine, qui sont remarquables par leur paresse d’esprit et se caractérisent par un visage terreux, le nez gros, la lèvre supérieure bouffie, les cheveux foncés et hérissés, le ventre gros et le corps ramassé. » C’est évidemment à cette forme torpide que doivent être appliquées les eaux de Baiaruc ; nous verrons, dans les contre-indications, les inconvénients qu'il y aurait à les utiliser dans la forme sensible ou éréthique.

Outre les ressources fournies par les eaux thermales de Balaruc, nous trouvons ici un autre moyen balnéothérapique d’une grande valeur, et fort en usage en Allemagne. Ce sont les eaux-mères ou mutterlauge. Ce sont les résidus d’évaporation des salines, renfermant du chlorure de sodium, et en plus des bromures et des iodures, agents altérants par ex-

ou

cellence, et, par conséquent d’une grande utilité contre la scrofule. Ce sont les eaux-mères des salins de Villeroy, situés près de la station, que l’on utilise à Balaruc. Nous en verrons dans un instant le mode d'application.

Enfin, nous trouvons encore à Balaruc un puissant modificateur de la scrofule: l'hygiène. Cette affection reconnait le plus souvent pour cause principale la misère physiologique avec tous ses attributs: habitations humides, étroites, air confiné, mauvaise alimentation, etc., etc.

Par sa situation sur les bords de l'étang, par son voisinage de la mer et par la douceur de son climat, Balaruc est éminemment propre à rendre d'immenses services aux scrofuleux. Nous savons, en effet, que le changement de climat, le besoin d’air pur et de nouvelles habitudes, sont de puissants auxiliaires de tout traitement s'adressant à la scrofule. Le soleil est le plus puissant de tous les remèdes, a dit Pline (sol est remediorum maximun !). M. le docteur Planche a demandé à maintes reprises la création d’un sanatorium à Balaruc : nous nous associons à cette demande, et faisons de grands vœux pour sa réussite, elle mérite d'attirer l'attention du département de l'Hérault.

Comment est appliqué à Balaruc le traitement contre le lymphatisme et la scrofule ? Voici la pratique qui, depuis dix-neuf ans, ne cesse de donner d’heureux résultats à M. le docteur Planche :

La boisson est employée, comme nous l'avons déjà dit, de façon à obtenir un eftet altérant : il faut éviter d'obtenir des effets purgatifs ; aussi doit-on la donner à petite dose. Les malades prennent le quart, la moitié, ou le verre plein, selon les cas, par gorgées, pendant le bain. Chez les enfants en bas âge, on l’administre par gorgées et par cuillerées à café.

Le bain est pris à la température de 33° ou 34 centigra-

ze 2 des, d’une durée de vingt-cinq minutes, au début et suivant l'accoutumance, en l’augmentant progressivement jusqu’à quarante minutes environ.

Quand la stimulation n’est pas assez intense et que la diathèse a fortement imprégné l'organisme, M. Planche ajoute au bain, suivant la susceptibilité du malade, ?, 3 et 5 litres d'eaux-mères ; mais on doit agir avec une extrême prudence, à cause de leur action énergique.

Les douches sont aussi utilisées dans le traitement de la sérofule, mais elles sont surtout indiquées, lorsqu'on veut imprimer un vigoureux coup de fouet à l’organisme; leur action est très excitante, et on a soin de les alterner avec les bains.

Enfin, on utilise encore à Balaruc contre la scrofule, mais comme traitement local, les boues minérales: la partie atteinte est recouverte d’une forte couche de boue, et enveloppée d’un Ninge; la durée d'application est environ de trente à quarante minutes, suivant l’âge et le tempérament du malade, le degré de la maladie et les effets à obtenir. Après l’application de boue, on donne un bain ou une douche avec de l’eau thermale pure ou additionnée d’eau mère. Les résultats que l’on obtient par ce moyen local sont d’une grande valeur.

Telles sont les indications des eaux de Balaruc dans la scrofule et le lymphatisme, et les moyens balnéothérapiques qui sont utilisés pour les remplir.

ARTICLE II. — Rhumatisme

‘Il n’est pas d’eau thermale qui ne compte à son effectif de nombreux cas de guérison de rhumatisme chronique: Balaruc est du nombre, et elle occupe un des premiers rangs. Il est bien entendu qu'il est question ici du rhumatisme chronique,

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car, seul, il relève d’un traitement par les eaux minérales. Le rhumatisme est une affection diathésique, héréditaire, se rencontrant chez des individus à tempérament différent, d'où la nécessité de faire quelques distinctions, si nous voulons bien en préciser les indications.

« Il est deux points de vue, nous dit M. Durand-Fardel, auxquels se rattachent surtout les indications thérapeutiques dans le rhumatisme. C’est, d'une part, le caractère constitutionnel de l'organisme dans lequel s’est implanté le rhumatisme; d’une autre part, le sièce de la manifestation rhumatismale que l’on pourrait appeler légitime, lorsqu'elle a lieu sur des parties fibreuses ou musculaires, et illégitime, lorsqu'elle s'est adressée aux appareils viscéraux ou aux organes du sens. »

Or, si le rhumatisme se développe chez des individus de constitution différente, il nous sera facile cependant de déceler la diathèse. C’est ainsi que nous le voyons s'implanter chez des malades mous et lymphatiques, à fond scrofuleux : le rhumatisme occasionne dans ce cas moins de douleurs, mais il est plus enraciné, disparait plus difficilement, et s’accompagne surtout de lésionS'articulaires. On le trouve encore chez des malades très excitables, à tempérament nerveux exagéré : il est alors plus mobile, et s'accompagne de poussées fluxionnaires. Voilà certes deux modes bien différents de la même diathèse rhumatismale : il s'ensuit deux ordres distincts d'indications. Les eaux de Balaruc sont nettement indiquées dans le premier cas, et nuisibles dans le second. L'indication capitale consiste à s’adresser au lymphatisme, et nous savons les résultats heureux que nous donne Balaruc dans ce cas. Nous devons ensuite combattre le rhumatisme même. Pour cela, nous aurons simplement recours à la thermalité de l’eau minérale, et aux moyens balnéothérapiques, tels que bains, douches et étuves. Il n'y à donc pas, dans

celte seconde indication, de spécialisation bien nette, et, Si Balarac compte de nombreux succès dans la guérison du rhutnatisme, c’est surtout grâce à son action puissante contre la diathèse qui est le fond même du rhumatisme.

Ces mêmes indications existent, lorsque l'on veut traiter cette forme de rhumatisme que l'on désigne sous le nom de rhumatisme goutteux: il n'y a donc pas lieu d’insister.

ARTICLE II]. — Des engorgements ganglionnaires ; de l’atonie et des diverses cachexies.

A côté de la scrofule, nous devons mentionner une de ses manifestations les plus importantes, les engorgements ganglionnaires. Il est rare, en effet, qu’un scrofuleux se présente à nous sans être empreint de cette manifestation habituelle, et notamment autour du cou, où nous trouvons un véritable chapelet de ganglions durs et parfois volumineux. Le tissu cellulaire environnant participe aussi à cet engorgement.

Le traitement par les eaux de Balaruc est ici local, et à ce titre on fait usage d'un moyen de la plus haute efficacité : les boues minérales. Nous avons vu, à propos de la scrofule, comment on les utilisait ; nous n'y reviendrons pas.

Les abcès et trajets fistuleux, de nature scrofuleuse, retirent les plus grands bénéfices du traitement par Balaruc. Il en est de même des engorgements articulaires ; et il y a même plus : les tumeurs blanches de nature franchement tuberculeuse sont améliorées par Balaruc : témoin les nombreux coxalgiques qui y sont envoyés chaque année, par les divers services de nos hôpitaux.

Nous trouvons encore une autre indication, lorsqu'il s’agit de combattre l’atonie générale et les cachexies diverses. A

la suite de lésion chronique grave, et dans les dernières phases des états diathésiques, l'organisme est profondément altéré : les propriétés toniques et meconstituantes des eaux minérales seront d’une grande utilité. Par leur action excitante, ces eaux nous serviront à réveiller les fonctions languissantes des divers systèmes, et faciliteront les fonctions d’assimilation, affaiblies par la déchéance de tout l'organisme.

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