OBSERVATION PREMIÈRE (INÉDITE
Hémorragie cérébrale. — Hémiplégie gauche
G...L...,quarante-cinq ans, boulanger. Salle Saint-Charles, n° 40.
Antécédents héréditaires. — Père mort à l'Hôpital Général, à l'âge de soixante-seize ans, à la suite d’une paralysie générale d’origine alcoolique. Mre morte à l’âge de soixante-deux ans, après quatre ou cinq ans de maladie d'une affection pleuro-pulmonaire. Un frère est mort à l’âge de trente-sept ans, d'une cirrhose d’origine alcoolique. Un autre frère est mort à l'Hôpital Suburbain, le 22 août 1892 : il était aussi fortement alcoolique.
EN pee
Antécédents personnels. — Il y a huit ans, en 1886, chancre à bords taillés à pic, indolore (sans suppuration), sur le bord antéro-supérieur du sillon balano-préputial. Pléiade ganglionnaire des deux côtés: chapelet indolore roulant sous le doigt. Le malade à perdu quelques cheveux. Il a eu en même temps une angine fugace etlégère. À part ces accidents, pas de roséole, pas de céphalée, pas de plaques muqueuses. Nous croyons, néanmoins, être en présence d’un chancre syphilitique : on voit encore une cicatrice avec induration. Au bout d'une vingtaine de jours, l’ulcération fut guérie. Applications locales de nitrate d'argent. Pilules de Dupuytren et iodure de potassium à l'intérieur.
Le malade est de plus fortement alcoolique : il prenait dix à douze verres d’absinthe par jour et à bonne dose, nous dit-il. Excès de tabac,
Histoire de la maladie. — Le 22 août 1892, le jour même où son père mourait à l'Hôpital Suburbain, victime de l'alcool, notre malade eut une attaque.
Il était assis sur un banc du square de la gare. Tout à coup il fut pris de vertiges: voulant se lever, pour dissiper ce malaise général, il dut se cramponner fortement à la grille du jardin et fut dans l’impossibilité d'allumer sa cigarette. Il essaie de marcher, mais sa jambe gauche est paralysée ainsi que le bras. Un ami le prit chez lui, et le fit conduire le lendemain à l'Hôpital Suburbain. Il entra dans le service de M. le professeur Grasset, que suppléait alors M. le professeur agrégé Sarda. :
Le malade ne pouvait pas parler, mais cette perte de la parole ne fut que passagère. Tout mouvement fut impossible pendant environ un mois. Sous l'influence de l’iodure de potassium, la motilité reparut, et l’état de G... s’améliora.
Le 13 novembre 1892, le malade passe du Suburbain à l'Hôpital Général. À son arrivée, d’après les notes du service, il parlait assez bien, fléchissait et étendait sa jambe gauche ; abolition presque complète du réflexe rotulien; il fléchissait et étendait facilement l’avantbras sur le bras. Il lève le bras et l'avant-bras, mais en abduction. La marche n’était possible qu'avec la béquille ; la jambe et le pied gauches trainaient, Troubles légers de l’ouïe. Diminution de l’acuité visuelle, Reflet lactescent du cristallin. Le malade est soumis à l’iodure de potassium : l'amélioration s’accentue ; les troubles de la parole dispa-
EC raissent ; la paralysie, toujours flasque, est moins complète ; le malade peut marcher à l’aide de sa canne.
Au mois de mai 1893, G... fut envoyé à Balaruc; il y fait une saison de quinze jours ; il y revient au mois de septembre. Eau en boissoin. Bains. Pédiluves.
À la fin de la seconde saison, en 1893, le malade, de retour à l'Hôpital Général, présente des phénomènes d’excitation cérébrale avec subdelirium. On le soumet immédiatement à l'iodure de potassiun : l'amélioration survient.
En 1894, le malade est envoyé de nouveau à Balaruc au mois de mai ; il y reste encore quinze jours. Buvait tous les matins 5 à 6 verres d'eau. Bains. Pédiluves. N'a jamais pris aucune douche.
À son retour, le malade présente les mêmes phénomènes d’excitation cérébrale que l'année précédente. Il fait du tapage pendant la nuit, se lève, dérange tous les voisins, et ne peut plus parvenir à retrouver son lit. Il présente en même temps de l’exaltation des réflexes tendineux et de la trépidation épileptoïde.
État actuel, — Les phénomènes d’excitation cérébrale se continuent toujours. La parole est traînante : la sensibilité est conservée et semble même augmentée au niveau du bras paralysé. La flexion de l’avant-bras sur le bras se fait bien ; l'élévation du bras est assez facile. La motilité est amoindrie du côté du membre inférieur : le malade ne peut marcher, qu'à l’aide d’une canne; il se lève difficilement de sa chaise, et est obligé de s’accrocher au lit, à plusieurs reprises. Pendant la marche il fauche et accroche le sol avec la pointe du pied gauche. Diminution de la force musculaire du côté paralysé. Pas d'atrophie bien marquée. Il y a une dépression très notable de l’intelligence. C’est à peine si le malade comprend les questions qu'on lui pose. La parole devient de plus en plus hésitante. Abattement considérable. Figure empreinte d’hébétude. Regard vague et égaré.