INÉDITE
Hémiplégie gauche
J... P..., soixante-six ans, limonadière. Salle Rédier, n° 5.
Père mort de vieillesse à l'âge de quatre-vingts ans, mère morte à quarante ans: pas de renseignements. [eur santé était bonne. A eu trois frères, morts, le premier à quatorze ans d’une fièvre typhoïde, le second à quarante-quatre ans, à la suite d’un accident, le troisième à soixante-quatre ans : ce dernier était rhumatisant.
Notre malade a eu la variole à l’âge de quatre ans: elle présente, depuis, un allongement de la pupille. A dix ans, elle a eu la rougeole. Réglée à dix-huit ans seulement, elle se marie deux fois, et n’a jamais d'enfants.
A part ces deux maladies, dès son enfance, la malade a toujours joui d’une bonne santé; elle est maigre, mais assez robuste. Elle a exercé d'abord la profession de cuisinière, puis celle de limonadière. Son second mari était d'un caractère violent et emporté, et P... se plaint d’avoir toujours été dans une fâcheuse situation; c’est à ces chagrins continuels qu’elle attribue sa maladie.
Le 18 octobre 1887, en faisant son lit, la malade ressent quelques fourmillements dans les orteils du pied gauche; elle s’assied, et, quand elle veut reprendre son travail, son bras et sa jambe du côté gauche sont paralysés. Pas de perte de connaissance. La face est intacte ; aucun trouble du côté de la parole. La malade pouvait fort bien siffler. La sensibilité était conservée. Des contractures survinrent rapidement. Un médecin du quartier, appelé immédiatement, fit placer des sangsues à l'anus.
Deux jours après son attaque, P... entra à l'hôpital Saint-Éloi, dans le service de M. le professeur Combal. Elle présentait de l’exaltation des réflexes tendineux et de la trépidation épileptoïde. Elle est soumise au traitement par l’iodure, et à des purgatifs répétés.
Au mois de mai 1888, elle est envoyée à Balaruc, pour la première fois. Saison de quinze jours. Boisson. Bains. Pédiluves. A son retour, on constate une notable amélioration.
Au mois d'août de la même année, nouvelle saison de quinze jours:
ét
après cette seconde cure, une amélioration très sensible se produit. Elle peut commencer à se servir de son bras gauche, bien qu’il y ait encore une certaine raideur. Les mouvements du côté des artieulations se font assez bien ; cependant il lui est impossible de fermér la main : les deux dernières phalanges restent en extension. Au membre inférieur, la raideur est plus considérable ; pendant la marche, ce membre est complètement raide, ce qui amène une gêne assez notable. Au lit même, il est difficile à la malade de l’étendre complètement.
Le 13 janvier 1889, P... passe de l'hôpital Saint-Éloi à l'Hôpital Général, dans le service de M. Mossé. Quelques jours après son entrée, nouvelle attaque, suivie de contractures dans le bras gauche. Pas de perte de connaissanee, mais la motilité est abolie. Cette attaque ne fut que passagère ; au bout de quelques instants, tout rentra dans l’ordre.
En mai et en août 1889, P...est envoyée à Balaruc : boisson, bains, pédiluves, douches. Légère amélioration de la paralysie.
Les années suivantes, mêmes saisons à Balaruc, et même traitement jusqu’en 1898.
Voici son état après ces diverses saisons : la contracture a sensiblement diminué : la malade peut exécuter quelques mouvements. Elle élève son bras et peut le porter sur la tête. Ne peut pas fermer la main complètement. Elle allonge la jambe gauche, mais ne peut la plier. Elle ressent plus facilement le froid du côté paralysé. Exaltation du réflexe rotulien. Du côté droit, tout est normal ; à gauche, un peu d’atrophie musculaire. Pas de trépidation épileptoïde. Pouls petit et dépressible ; pas d’athérome.
En 1893, la malade n’est pas envoyée à Balaruc.
En 1894, M. Sarda l'envoie à Balaruc au mois de mai. Saison de quinze jours. Boisson. Pédiluves. Bains et douches alternativement. A son retour, on ne constate pas d'amélioration notable.
C’est cette malade qui nous a avoué avoir présenté de la diarrhée, assez longtemps après sa cure à Balaruc.
État actuel. — La sensibilité est conservée. La malade se plaint toujours de ressentir plus facilement le froid du côté paralysé. Légère exaltation des réflexes tendineux. Atrophie musculaire très marquée au niveau des éminences thénar et hypothénar du côté gauche, ainsi que sur toute la main. Diminution de la force musculaire,