‹ Indications et Contre-indications ThérapeutiquesChapitre 5 sur 33 · ITEM. TRIB. LEG. II · texte numérisé non relu

ITEM. TRIB. LEG. II

GEMELLI. PROCO.

NEPTVNO. ET. N.

On doit lire: Zfem tribunt legionis secundæ Gemelli proconsulis Neptuno et Nymplus.

Néanmoins le savant Astruc ne voulut pas voir dans cette inscription une preuve suffisante du passage des Romains. L'abbé Bousquet, qui a fait sur Balaruc des recherches très intéressantes au point de vue archéologique, n’est pas du même avis.

Le mot Item, nous dit-il, donne clairement à entendre que ce n'est là qu'un fragment d’une plus longue inscription. C’est l’opinion très juste de M. Creusé de Lesser, dans sa Statistique de l'Hérault, publiée en 1824, qui fait la remarque suivante: «Cette inscription, qui semble prouver que les eaux thermales du lieu n'étaient pas inconnues des Romains, est sans

doute un ex-voto du proconsul Gemellus. On sait qu'Auguste plaça la deuxième légion à Orange, qui en conserva l’épithète (Arausio Secundanorum), un peu avant l’an de Rome 740 ; c'est donc vers cette époque que l’on peut fixer la date de cette inscription. »

De nos jours, de nouvelles preuves nous ont été fournies par certaines découvertes. En 1857, des ouvriers occupés à

0) faire une tranchée dans le sol trouvèrent, sur un mur solidement bâti, des tuyaux de plomb de divers calibres, portant Pinscription: COL. AUG. NEM. TIBERINVS. FF. SF. Ce sont là le nom du fondeur et les marques de fabrique.

En 1863, une découverte, du plus haut intérêt, ne laissa plus aucun doute. M. Fayard, propriétaire de l'établissement, fit creuser dans un champ voisin, pour y construire un hôtel. Aux premiers coups de pioche, on se trouva en présence d’une plaque de marbre blanc. « C'était, nous dit l’abhé Bousquet, la première marche d’un magnifique escalier, entièrement revêtu de marbre, conduisant dans une piscine. Sept marches de ce grand escalier purent être mises à découvert au moyen de deux puissantes machines à puiser l’eau qui recouvrait entièrement ce monument; mais, à la naissance de la septième marche, l’eau arrivait en telle abondance que les pompes devenaient impuissantes et ne permettaient pas de fouiller plus bas. On put pourtant constater la forme ovale de cette piscine, et, à part le grand escalier qui en occupait le centre, deux autres escaliers moins larges, également en marbre, construits aux deux extrémités. » Mais, l’eau de la source thermale ayant diminué pendant ces iravaux, le propriétaire s’empressa de faire combler l'ouverture et renonça à son projet de construction.

On a encore trouvé, à Balaruc, des pièces de monnaie à l'effigie de Jules-César, ainsi que des médailles de l'empereur Claude, de Faustine, d’Antonin-le-Pieux et de Domitius Domitionus.

Il est donc incontestable que les Romains, dont le goût pour les bains allait jusqu’à la passion, ont utilisé les eaux de Balaruc: nul doute aussi, d'après la piscine trouvée, que ces thermes ne fussent aménagés avec un luxe et une splendeur que nous sommes loin de retrouver dans la station actuelle.

Après cette période romaine, Balaruc semble disparaître

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complètement : l'invasion des Barbares n’y fut sans doute pas étrangère. Ce n’est que vers le XVI siècle que commence la période moderne. A cette époque, les femmes du pays avaient la coutume d’aller laver le linge à une source qui jaillissait au milieu des herbes et dans un terrain inculte : on appelait celieu «las Bugadas » (lessive). Nous trouvons, dans l’Illustration de 1864, un historique de Balaruc, dû à M. le docteur Jacquemet, et accompagné de quelques dessins :

« Ces thermes furent les premiers à reprendre faveur après le long chaos du moyen âge. Avec la Renaissance commença pour eux une ère nouvelle de prospérité et de bienfaits.

» Rabelais en vante la merveilleuse puissance. Rondelet les conseillait dans plusieurs maladies, et par leur usage obtint, en 1568, une guérison inespérée sur sire Guillaume de la Chaume, seigneur de Poussan. Six ans plus tard, Nicolas Dortoman, professeur à l’Université de Montpellier, puis médecin d'Henri IV, publia son grand ouvrage sur les eaux de Balaruc.

» Sous Louis XIV, on venait beaucoup à Balaruc. On peut voir, dans Mr" de Sévigné, ce qu’on en pensait alors. Le chevalier de Grignan, colonel d’un régiment de cavalerie, était goutteux des pieds à la tête, et son service en souffrait : il voulait se guérir à toute force. Les eaux de Balaruc lui étaient conseillées par bien des gens, mais il craignait leur activité trop grande. Cependant les Capucins, ayant été consultés à cet effet, approuvèrent l'ordonnance, et le brillant officier fit le voyage en 1689. Il prit trois bains, d’une heure chacun, et la goutte ne résista pas à ce remède violent. Le chevalier revint guéri, il avait perdu cette tournure de goutteux qui le faisait ressembler à M. de la Rochefoucauld ; en un mot, trois jours passés à Balarue, dit M de Sévioné, ont fait un miracle que le mont Dore et Barèges avaient été impuissants à produire. Mais le podagre n'élait pas guéri

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contre les rechutes ; il en fit la périlleuse expérience, car les accidents terribles d’une rétrocession mirent bientôt sa vie en danger. Pendant la convalescence, la marquise conseilla au goutteux de passer l’hiver en Provence, de rester près du soleil, surtout après les eaux de Balaruc, excellent moyen d'éviter les récidives si faciles en un climat froid.

» Chirac, le médecin du Régent, soumit son royal client à l'usage des eaux de Balaruc, et réussit à dissiper les douleurs que faisait endurer à ce prince une blessure reçue en 1706, au siège de Turin. |

» Sous le premier Empire et sous la Restauration, Balaruc vit affluer à Ses bains, parmi une foule de malades, des célébrités de divers genres qui laissèrent, dans l’eau minérale, sciatiques rebelles, tristes paralysies, vieux rhumatismes, ressentiments d'anciennes blessures, amaurose, surdité, etc.

» M. de Sémonville avait pris Balaruc en affectueuse reconnaissance. Cet illustre diplomate s’y était guéri d’une certaine paralysie qui siégeait sur le poignet et le cou-de-pied, là où avaient porté les fers pendant sa longue captivité en Autriche. De même, le célèbre Paganini, en 1840, éprouvant une fatigue particulière des doigts, vint à Balaruc, et ne tarda pas à récupérer la subtile tactilité qu'il avait poussée à un si haut degré. »

D’après ce court aperçu historique, on peut voir que les eaux de Balaruc ont toujours joui d’une Juste réputation ; nous verrons plus loin les améliorations qui furent peu à peu apportées à ces thermes, et examinerons en même temps l’état actuel de la station.

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