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ARRONDISSEMENT DE COGNAC

Canton de Cognac. — Le canton de Cognac (7,424. hectares en vignes) est celui sur lequel j'ai pu recueillir les premiers renseignements, à mon arrivée à Cognac, en juin 1874, et j'avais établi dans cette ville ma résidence principale, il est fort difficile de préciser l'époque première du mal, car on peut regarder l'invasion de l'insecte, qui amène peu à peu la destruction des racines, comme remontant pour le moins à Tannée qui précède les premiers signes extérieurs de dépérissement offerts par le végétal. Aussi, en portant à 1 872 l'apparition du mal pour certains vignobles, nous demeurons dans la conviction que cette date est postérieure souvent à l'époque réelle; mais comme le Phylloxéra n'a été officiellement constaté dans la Charente qu'à l'automne de 1873, où MM. Lecoq de Boisbaudran et M. Cornu, après avoir reconnu l'insecte sur les racines, en firent l'objet d'une communication à l'Académie des sciences, on comprend combien restent hypothétiques toutes les dates antérieures. Comme personne n'avait vu l'insecte, on ne peut s'appuyer que sur des souvenirs assez vagues de caractères extérieurs, capables de tromper. On comprendra donc ma réserve pour quelques points

ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 17 épars, où la maladie remonte certainement à une époque antérieure à 1872, mais sans démonstration péremptoire.

On a essayé de rattacher l'invasion phylloxérienne du canton de Cognac à des introductions de plants américains enracinés. Nous pensons qu'il faut s'abstenir aujourd'hui de ces enquêtes rétrospectives. Il conviendrait d'avoir vu les racines ou les feuilles de ces vignes alors qu'elles ont été apportées, et non lorsque le mal est depuis cinq ans au moins dans une localité. Il est impossible de savoir si les pieds américains ont contaminé les vignes françaises voisines, ou si la réciproque ne serait pas vraie.- Les plants américains ont été amenés dans tous les pays vinicoles, comme curiosité ou pour fournir des raisins de table. Ils sont loin d'être la seule cause qui produit aujourd'hui le Phylloxéra. L'insecte peut provenir de plants français originaires de régions infectées, de femelles ailées voyageant par étapes ou posées sur des voitures, des wagons, des raisins en grappes, des pampres servant d'enveloppe, etc. Le mieux, comme l'a si bien dit M. Drouyn de Lhuys au congrès de Montpellier, est de ne plus chercher l'origine première ou secondaire d'un mal bien avéré et ancien; peu importe aujourd'hui comment le Phylloxéra est venu; tous les efforts doivent tendre à le faire disparaître.

Les premiers renseignements que j'ai obtenus se rapportent naturellement aux localités les plus voisines de Cognac. La commune de Merpins (3oo hectares de vignes), cru de Champagne, rive gauche de la Charente, et ses dépendances, entre autres le hameau de Montignac, sont fortement attaquées depuis au moins trois ou quatre ans. En septembre 1878, M. Lecoq de Boisbaudrany constatait des taches remontant à trois années, offrant, au centre, des vignes arrachées, puis un contour de vignes n'ayant que trois à quatre centimètres de pousse, une enceinte plus extérieure de vignes à feuilles jaunies, et enfin, tout autour, de belles vignes vertes, mais phylloxérées sur leurs racines. Le mal a donc commencé bien peu de temps après que sa présence a été signalée dans le Bordelais. L'habile observateur que nous avons cité a

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parfaitement reconnu que l'âge des vignes ne fait rien à l'égard du mal : ainsi il a constaté une tache partagée par moitié entre un vignoble de trois ans et un autre de soixante.

A Montignac, entre Cognac et Merpins, la maladie était déjà visible sur un point en 1872 par les caractères extérieurs de quelques ceps. Près de là, à Château-Bernard (5oo hectares de vignes), dépendant de Merpins, le 1 2 novembre 1 8 7 4-, en examinant les racines situées dans un sol léger et crayeux , je les trouvais chargées de Phylloxéras, la plus grande partie encore jaunes et dodus, un petit nombre déjà cuivrés, en hibernation. Nous signalerons encore, dans la même commune de Merpins, des vignobles ayant appartenu à M, Guillot de Fontenelle et atteints depuis trois à quatre ans. M. Renollot, à Lavie, commune de Merpins, a aussi ses vignes très-malades.

Du même côté de la Charente , en cru de Champagne , nous signalerons deux domaines de la banlieue de Cognac, clos de murs, et qui ont servi aux expériences de plusieurs délégués de l'Académie. L'un est le domaine de la Chaudrolle, d'environ i5 hectares, appartenant à M. E. Jaulin, et où le mal, reconnu seulement en i 87 4 , était général à la fin de cette année; l'autre, absolument dans les mêmes conditions de sol et cultivé en folle jaune, le domaine du Breuil, est la propriété de M. Cottuau, qui se livre avec les plus grands soins à la culture de la vigne et à la distillation, sur un terrain de 7 à 8 hectares. Le vignoble était couvert de taches, dont plusieurs avaient déjà été vues en 1878 et prises pour des effets de gelée; certaines, dont les ceps centraux étaient morts, remontaient au moins , comme origine , à 1 8 7 2 . Il y avait des vignes de six à dix ans, plantées en terre neuve, d'autres de douze ans et de vingt ans, et toutes avaient également des taches, ce qui montre bien que l'âge des vignes est sans influence. Dans le courant d'août, où le mal avait augmenté considérablement eu égard à ce qu'il était au mois de juin, j'ai constaté de nombreux cas foudroyants, c'est-à-dire sans taches préalables.

Il y avait des vignes dont le raisin se flétrissait. Des ceps, su-

ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 19 perbes quinze jours auparavant, avaient leurs feuilles flétries et rouges, aux bords contournés, et les racines étaient criblées de Phylloxéras, au point de paraître jaunâtres et de laisser une trace jaune aux doigts qui les pressaient. La sécheresse et la chaleur sont cause que ce qui reste de racines saines est insuffisant pour continuer à nourrir le cep. Un amandier mourait desséché contre une tache à Phylloxéras; ses racines, examinées, n'en offraient aucune trace. J'ai fait cet examen, convaincu à l'avance du résultat, mais afin de combattre l'opinion erronée de beaucoup de personnes, que l'insecte n'est pas exclusif à la vigne , et que sa présence dépend de

A quelque distance , contre un mur, une vigne de treille mourait jaunie et rougi e , ses racines également dépourvues de Phylloxéras. Comme on sait, les vignes de treille sont entourées de terre trop battue et trop dure pour que l'insecte arrive aisément aux racines. C'est en raison de l'abondance exceptionnelle de 187^ que ces vignobles ont encore donné à peu près demi-récolte. Je dois encore signaler comme très-atteint, moins cependant, le vignoble de M. Girardin, tr js-voisin de Cognac, sur la route d'Angoulême. C'est dans les vignobles de MM. Jaulin, Cottuau, Girardin, ainsi que dans ceux de Crouin, sur l'autre rive de la Charente, que j'ai le plus souvent recueilli les insectes qui volent dans les vignes, comme je le dirai à propos de la question des insectes auxiliaires. Aux alentours de Saint-Brice (3 2 5 hectares), notamment aux Moulins, ce n'est qu'en 1874 que la maladie de la vigne s'est manifestée par des signes extérieurs.

La rive droite de la Charente, qui n'appartient plus aux mêmes crus, n'a pas moins été maltraitée aux environs de Cognac, qui possède, dans ses limites actuelles, 5 00 hectares de vignobles. 11 faut surtout signaler les vignobles de Javrezac (210 hectares de vignes) et de Crouin, ce dernier village récemment réuni à la commune de Cognac. A Crouin, le mal a été étudié avec beaucoup d'intelligence par M. Thibaud, adjoint au maire de Cognac. Ce sont des crus de Borderies. On peut dire que tous les vignobles

de Çrouin placés sur la rive gauche de l'Antenne, petit affluent de la Charente , sont infectés , et les racines des ceps encore sains en apparence étaient garnies de renflements, devant bientôt amener la pourriture. Il y avait encore un grand nombre de propriétaires qui ignoraient la cause du mal.

M. Thibaud se rappelle avoir remarqué à Crouin, vers le milieu de juillet 1872, une tache circulaire à feuilles jaunies, de 1 2 à 1 5 mètres de diamètre, dont il ignorait encore la cause. En 1878, en juin, il reconnut, sur le même plateau de Crouin, plusieurs nouvelles taches, et bientôt M. Lecoq de Boisbaudran et lui observaient sur les racines la présence du Phylloxéra. L'insecte fut également constaté, peu de temps après, par M. M. Cornu, de sorte que son existence dans la Charente fut officiellement communiquée à l'Académie des sciences. Au Portail, chez M. Brisson, tout près de Cognac, dans une vallée continuant Crouin, un hectare de vignes malades fut arraché dans l'hiver de 1873-1874. A l'Ormeau, près de Crouin, un petit vignoble, appartenant à M. Simon, offrit des vignes malades dès 1872, et une partie fut arrachée dans l'hiver 1872-1878; chez le voisin, M. Maillot, se trouvaient également des vignes malades; toutes ces vignes étaient très-vieilles, estimées à cent cinquante ans d'âge. Plus loin, à 6 kilomètres de Cognac, dans la commune de Cherves (Borderies), qui a 1,4.60 hectares de vignes, au domaine de Bois-Roche, à M. Cadussaud, se trouvait une tache de trois ares environ et d'une centaine de ceps, et le Phylloxéra était constaté sur les racines, en terre de petite groie, avec le cépage de folle blanche. J'ai pu observer l'insecte en juin, dès mon arrivée à Cognac, clans la commune de Bouliers, cru des Bois (190 hectares), à l'ouest du canton de Cognac, chez M. Daniaud, adjoint du maire, où le mal existait depuis environ deux ans, et l'on peut dire que depuis il a augmenté à chaque quinzaine. A cette époque, les vignobles du maire de la même commune, M. Raimbaud, étaient encore indemnes, ce qui tenait surtout à ce que ces vignobles, situés dans le bas et près de la Charente, étaient régulièrement inondés

ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 21 chaque hiver, ce qui explique la préservation; ils furent envahis à l'automne de 187/L et l'on put y constater l'insecte sur de belles vignes vertes, intactes en apparence, et centres de taches pour 1876, si l'inondation de l'hiver n'y porte remède. On s'aperçut aussi, du même côté de la Charente, de taches visibles en 1874, à Saint- Laurent (Borderies), de 558 hectares de vignes, on M. E. Martell, député de la Charente, possède des propriétés; àRichemont, à Saint-Sulpice, à Louzac (Borderies), au nord de Saint-Laurent et près de Chérac. Louzac possède 280 hectares de vignobles, et Saint-Sulpice, 1,1 45. À la limite septentrionale du canton de Cognac, à Bré ville, terre argileuse sans cailloux, parfois avec mélange de sable, le mal n'existait pas encore en juin 1874. Les vignobles de cette commune sont situés en plein fond du pays bas, et les vignes sont très-mouillées au pied en hiver, au grand ennui des propriétaires, qui y établissent de nombreuses rigoles d'écoulement. Il y avait là les mêmes causes d'immunité que nous retrouverons pour les fortes terres argileuses qui avoisinent Jarnac; toutes les vignes de cette sorte n'ont été atteintes que dans l'automne de 1874, à la suite de la chaleur et de la grande sécheresse crevassant l'argile. Partout où j'ai rencontré ces conditions agricoles, j'ai donné le conseil de renoncer à toutes rigoles, et de favoriser au contraire, tant qu'on pourrait, la stagnation des eaux en hiver.

D'autres insectes peuvent très-bien coexister avec le Phylloxéra. Ainsi, dès les premiers jours d'août 1874, à Lamotte, commune de Saint-Sulpice-de-Cognac, sur la route de Taillebourg, chez M. Sicard, dans un vignoble non encore phylloxéré, se trouvaient sur les feuilles des myriades de larves sauteuses dîme minuscule cicadelle, très-agiles, à abdomen conique, à forts yeux noirs, les mêmes que je voyais à Montils (Charente -Inférieure) quelques semaines auparavant, en pleins vignobles malades. En outre, chez M. Sicard, beaucoup d'Eumolpes adultes ( Bromius vitis, Fabr.) rongeaient les raisins, et le propriétaire estimait qu'ils lui feraient perdre soixante barriques de vin.

Gomme remarques particulières au canton de Cognac, M. Thibaud, un des meilleurs observateurs du mal, m'a dit avoir reconnu, à propos des attaques de Crouin et Javrezac, que les coteaux exposés au sud-ouest, c'est-à-dire du côté des premières atteintes du mal dans la Charente-Inférieure , et qui viennent peut-être du Libournais, sont ceux où les taches se manifestèrent d'abord. Nous devons encore faire cette observation que , sur la rive droite de la Charente, ainsi qu'à Crouin, on déchausse peu les vignes en hiver. Il n'en est pas de même dans la Champagne, sur la rive gauche, notamment à Château-Bernard; les ceps sont déchaussés en hiver de 10 à i5 centimètres, une égale profondeur de terre végétale restant au-dessus des grosses racines; or les vignes ont été sensiblement envahies, autant dans un cas que dans l'autre. On peut donc dire que l'influence du froid de l'hiver, plus forte sur les vignes déchaussées, n'a pas eu d'action appréciable.

Je dois ajouter encore qu'il a été constaté à Boutiers qu'une jeune vigne, plantée sur un terrain vierge fait avec les décombres d'une ancienne abbaye, est très-attaquée. Des faits tout à fait analogues se sont produits dans les paluds du Libournais pour des vignes plantées en terre nouvelle. Il est bon de faire connaître tant qu'on peut de pareilles circonstances , en présence de ces affirmations obstinées, que la maladie de la vigne est due à l'épuisement des sols par une culture séculaire.

Un certain nombre d'expériences ont été tentées, dans le canton de Cognac, en vue de détruire le Phylloxéra. On a essayé à Crouin, en février et mars 187/1, par les soins de MM. Lecoq de Boisbaudran et Thibaud, l'action des vapeurs de sulfure de carbone, au moyen du liquide employé directement. Il était contenu dans des tubes de verre, trois par cep, enfoncés verticalement par des trous de pal, le haut des tubes couvert d'un tampon de foin, au milieu des racines et sous une couche de terre labourée, de manière à avoir une évaporation lente, qui a duré plus d'un mois. L'action a été nulle, en ce sens que, l'emploi de ces vapeurs toxiques n'ayant pas été continué, les insectes ont pu revenir. On

ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 23 a également mis, en février 1 8 7 4, du poussier de houille contre des racines de vigne, en déchaussant le cep sur 5 à 6 centimètres et plaçant environ 1 centimètre d'épaisseur de houille sur 3o centimètres de rayon; les ceps ainsi traités étaient situés aux bords d'une tache. En juin 1874, on examina les racines des ceps ainsi entourés de houille : elles offraient des Phylloxéras, mais en

:ticide Peyrat, dont le principe actif est la naphtaline , fut aussi essayé de la même manière. On sait que la naphtaline, jetée en poudre sur les champs, agit dune manière très-efficace (procédé E. Pelouze) pour écarter les Altises (Chrysoméliens, Coléoptères). La vigne avait été déchaussée, comme pour la houille, et on mettait une bonne poignée d'insecticide Peyrat par cep. Ces vignes eurent leurs feuilles jaunies, et on trouva les insectes sur les racines.

Je citerai pour mémoire deux autres tentatives, qui devaient a priori, être sans succès. Sur le conseil d'une personne, des ceps furent frottés au collet avec de l'onguent mercuriel, efficace , comme on le sait, contre divers insectes épizoïques, mais qui ne pouvait avoir aucun effet à distance sur les Phylloxéras fixés aux racines par leur suçoir. Enfin, on imagina d'injecter de l'essence de térébenthine, au moyen d'un trou fait à la mèche dans les ceps, à la naissance des branches. Ce procédé a été préconisé de divers côtés. Il repose sur une erreur de botanique, qui fait de la séve descendante la contre-partie de la séve ascendante , ce qui est faux. En outre, quand on supposerait que du liquide a pu descendre, je ne sais comment, au centre des racines, il serait hors de la portée d'insectes très-petits, dont la trompe perforante ne s'enfonce que dans la partie la plus superficielle des racines.

Dans la première quinzaine de juillet 187 4, j'ai été informé qu'à Montignac, hameau dépendant de Grouin et très-voisin de Cognac, un propriétaire employait une dizaine d'ouvriers à faire

je n'ai rien appris sur les résultats.

Un propriétaire de Crouin, M. Fouchez, a fait, au commencement d'octobre 1874, après la vendange, des expériences de traitement des vignes. D'une part, deux à trois cents ceps ont été soumis à la râpe, c'est-à-dire au résidu du pressoir, après déchaussement puis rechaussement. Cette substance était fort préconisée à Cognac, comme remède curatif, par quelques personnes. En outre, un petit nombre de ceps reçurent de l'insecticide liquide Vicat, dont la partie principale est le résidu de la distillation de la houille servant à faire le gaz à éclairage, avec addition de sulfure de carbone et de potasse, destinée à agir comme engrais. Les vapeurs de ce mélange, mêlées à l'air, tuent le Phylloxéra, ainsi que je l'ai reconnu; mais toute la question revient à une diffusion suffisante. Ce liquide fut introduit par M. Fouchez, au moyen de la tarière tabulaire Vicat , avec un seul trou par cep , et la dose de o Ht , 1 5 de liquide. Environ trois semaines après, le 2 1 octobre 1 87 1\, je fis, avec M. Fouchez , une visite aux expériences. Je pus constater d'abord que la râpe n'avait produit aucun effet sensible. Les racines des ceps traités offraient des Phylloxéras, tout autant que celles des ceps voisins non traités. Au reste, les insectes étaient dans ce vignoble en quantité médiocre, l'attaque étant assez récente. Quant aux racines, en trop petit nombre, soumises à l'insecticide Vicat, j'ai pu constater, autour de beaucoup d'entre elles, la persistance d'une légère odeur de sulfure de carbone. Un certain nombre de Phylloxéras étaient morts et noircis, mais il y en avait encore de vivants. Je dois faire observer qu'un seul trou était évidemment insuffisant pour faire pénétrer le liquide autour de toutes les racines, car les vapeurs de sulfure de carbone ne peuvent avoir leur effet que sur des points assez voisins. Je me garderai bien de juger le produit de M. Vicat sur une aussi incomplète expérience, sachant d'ailleurs que cet honorable industriel, bien connu par ses insecticides, doit soumettre son invention au contrôle de nombreuses expériences.

Les vignes de M. Fouchez, situées dans la vallée de Crouin, sont entourées de vignobles où j'apercevais partout de nombreuses

ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 25 taches, les centres de quelques-unes remontant au moins à 1872. Le sol est ici une riche et forte terre argileuse, sans cailloux, peu éloignée de la Charente, cultivée en cépage de folle blanche, âgée de sept à huit ans. J'ai remarqué que les Vignes placées sous les noyers et les cerisiers sont moins phylloxérées que celles en pleine lumière, et ont mieux conservé leurs feuilles; la terre, plus froide, semble moins convenir aux insectes. M. Fouchez, dans l'intention de détruire le Phylloxéra, compte déchausser profondément ses vignes cet hiver, au risque de les geler.

Des expériences à la râpe après déchaussement du cep, et non suivies de bons résultats certains, ont aussi été faites par M. Camînade, du même côté de la Charente que les précédentes, dans un vignoble limitrophe entre Saint-Laurent et Louzac. Je m'abstiens d'en parler avec détail, car elles ont été suivies par M. Mouillefert, délégué de l'Académie, qui doit, je pense, en rendre compte.

Canton de Segonzac (10,187 hectares de vignobles). — Les communes du canton de Segonzac appartiennent à la Grande Champagne ; elles sont loin d'être attaquées aussi fortement et depuis aussi longtemps que certaines communes du canton de Cognac. Il n'y avait que très-peu de mal reconnu au mois de juin 187/1 ; mais il n'en a pas été de même depuis. Ainsi, autour du chef-lieu même , le maire de Segonzac, M. Lacroix, qui n'avait rien constaté à cette époque, m'informait en septembre de l'existence de dix à douze taches récemment visibles, et accompagnées de Phylloxéras sur les racines. Le mal se montrait aussi, à la même époque, à Salles et à Angles (990 hect.), à Chadenac, peu grave encore. Il y avait notamment des taches dans des vignes plantées en allées alternatives, chez M. Ciraud, propriétaire à Angles, et, à Juillac-le-Coq (85 5 hect.) , une tache circulaire , chez M. Boulineau , aux Epis. Toutes ces localités produisent d'exquises eaux-de-vie de fine Champagne. Nous citerons encore comme atteints les vignobles de la commune de Gensac-la-Pallue (1 ,4 00 hect.). On voit de nombreuses taches d'attaque tout le long de la voie ferrée de

Sav. étrang. t. XXV. — N° 4. h

Cognac à Gensac, puis de Gensac à Jarnac, et encore au delà; elles sont surtout bien apparentes dans les vignobles cultivés en plein. Nous citerons encore les communes d'Angeac-Champagne (432 hect.) et de Saint-Même (769 hect. );le mal était bien notable dans cette dernière commune en octobre 1 8 7 4-- Les communes mêmes de Criteuil-Magdeleine et Bourg-Charente ne sont que faiblement éprouvées ( 5 1 4 hect. de vignes pour la première, 2B2 pour la seconde), mais il y a dans les dépendances de Bourg-Charente, à Tilloux, à Veillard, des vignobles atteints au moins dès 1878, car on y trouve des ceps déjà morts, et de même sur Ja commune de Mainxe,

Dans la commune de Gondeville il y a 1 4o hectares plantés en vignes. Le mal existait un peu partout en septembre 1874, et les paysans assuraient voir d'assez nombreux Phylloxéras ailés sur les pampres des ceps les plus vigoureux. 11 est bien facile, remarquonsle, de confondre les femelles ailées agames des Phylloxéras du chêne et de la vigne. La partie la plus atteinte de cette commune se trouve comprise entre le bourg de Gondeville, les hameaux de l'Epine, des Frégonnières, de la Barde et la voie ferrée de Charente. Quelques ares sont fortement endommagés, et ont des ceps morts, ce qui doit faire remonter le mal au moins à 1 873, et tous les cépages, folle blanche, balzac, saint-émilion et colombar, cultivés sur cette commune, sont indifféremment phylloxérés. Il faut remarquer que les terrains bas de Gondeville sont habituellement très-mouillés en hiver, mais l'ont été très-peu en 1872-1873 et pas du tout en 1873-1874; cela explique l'invasion de l'insecte, malgré ces conditions mauvaises pour lui, et permet d'espérer une amélioration si l'hiver prochain est très-humide.

M. J. Touchet m'a fait parvenir une note d'expériences qu'il a faites, aux environs de Bourg-Charente, pour détruire le Phylloxéra, sur des vignes où l'on n'a reconnu le mal qu'en 1874, bien qu'il remonte au moins à 1873, puisqu'il y a des ceps détruits. Il 3 par cep 1 o litres d'eau mêlée d'une substance qu'il tient

ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 27 secrète. Il a traité : le 1 7 août, dix ceps, dont quatre plus malades et touchant à des ceps détruits, dans la vigne de M. Faneaud, de Veillard, située à Tilloux, vigne en allées sur deux rangs, ne paraissant pas vigoureuse , en terre demi-forte , avec sous-sol de calcaire tendre , sur un plateau offrant la moitié des vignes détruites ; le 6 septembre, dix ceps, dont quatre plus malades et touchant à des ceps détruits, à Veillard, dans la vigne de M. Martin, de Veillard, en allées sur deux rangs, avec ceps petits, mais paraissant en très-bon état, à terre légère de groie, avec sous-sol de roc ayant peu de profondeur, sur le haut d'une butte, trois allées étant attaquées sur la longueur d'une douzaine de ceps; le 12 septembre, onze ceps à peu près égaux pour l'état de maladie, et attenants à trois ceps plus malades, sur la route de Segonzac, en face de Garancille (commune de Mainxe), dans la vigne de M. Rodrigue, de la Vérolle, en allées sur trois rangs, paraissant assez forte ailleurs, mais ayant eu une croissance assez difficile dans l'endroit attaqué, qui est à proximité d'un bois, en terre forte , avec sous-sol de calcaire tendre , en plaine , cinq allées étant attaquées à une extrémité, et trois ayant la longueur dune douzaine de ceps détruits; le 1 8 septembre, dix ceps en rond, égaux pour le mal, quatre renfermés par les six autres, au plantier de Chez-Chapron (commune de Mainxe), dans la vigne de M. Martineaud, de laVallade, vigne en plein, mal cultivée, avec cepstrès-irréguliers, en terre légère, avec sous-sol de terre blanche à bâtir, de 5 mètres d'épaisseur, sur un plateau, la place attaquée mesurant environ quarante pas de large , dans une légère dépression.

J'ai rapporté ces essais, bien que les remèdes tenus secrets soient fort peu de mon goût, mais afin d'éviter toute réclamation, et surtout afin de permettre au public de juger de l'efficacité du procédé, les expériences étant faites dans toutes les conditions de sol et de culture qui se rencontrent dans le canton de Segonzac. L'usage de l'eau est un inconvénient, très-grave.

Je dois faire remarquer que dans la Champagne, dont les terres

contre très-fréquemment ce qu'on nomme dans le pays la hanche, avec un sous-sol crétacé blanc très-perméable, qui rend les vignes cultivées sur ce terrain impossibles à submerger artificiellement, c'est-à-dire à guérir par le procédé de M. L. Faucon, le seul reconnu efficace par expérience en grand, jusqu'à présent du moins.

Il est fort difficile de donner des notions précises sur le nombre de ceps cultivés par hectare, qui a une importance capitale au point de vue de la dépense pour tous les procédés de destruction de la maladie. En Champagne, dans le mode de plantation en allées, avec cultures intercalaires, on peut l'évaluer en moyenne de 2,000 à 2, 5 00; en pays de Bois, où la vigne se cultive généralement en plein, de 5, 000 à 5<4oo à l'hectare.

Canton de Jarnac (7,302 hectares de vignobles). — Les communes qui dépendent de la ville de Jarnac ont leurs vignobles appartenant aux Bois. Jarnac, sur la rive droite de la Charente, surgit comme un plateau de calcaire portlandien sur une bande d'argile de plusieurs kilomètres de large, allant, avec des intermittences, jusqu'à Rochefort, et synchrone, d'après Coquand, des argiles de Purbeck. Ce sont des terres fortes, très-humides, où l'on fait des rigoles pendant l'hiver, en raison du mouillage des ceps ; lors de mon arrivée en juin, ces vignobles n'avaient pas de Phylloxéras.

La partie la plus anciennement envahie de ce canton est la commune de Sigogne, qui, à la fin de juin était entourée de toute part de taches d'attaque. Elle possède 1,073 hectares de vignes. Cette localité est du terrain portlandien sur la carte de Coquand, et l'on y trouve partout une terre couverte de cailloux calcaires. Située au nord-est du canton de Jarnac, elle confine à l'arrondissement d'Àngoulême. Le cru de Sigogne fournit un vin rouge de table très-estimé , qui se vend surtout dans le Limousin, et aussi à Bordeaux, pour mêler aux vins de la Gironde. Le vignoble de la Métairie est le plus anciennement phylloxéré, au moins depuis 1 8 7 2 ; on y voit une trentaine d'ares de ceps morts , formant une seule grande tache, entremêlés d'allées de blé. Le

ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 29 propriétaire, M. Martin, avait remarqué en 1872 quelques ceps malades, une cinquantaine en 1873, des centaines en 187^.

A la Borderie (même commune de Sigogne), le propriétaire, M. Saunier, s'est aperçu du mal en 1 873 ; dans un autre vignoble, distant du précédent de 3 à li kilomètres, au fief de Ridouard, le Phylloxéra était aussi très-abondant, et on voyait, commençant à se former, plusieurs taches. Dans une autre excursion que je fis au même endroit à la Gn de juillet, j'ai pu constater les progrès du mal. A Sigogne, chez M. Bonnejean, où il n'y avait aucun mal apparent quelques semaines plus tôt, on trouvait environ deux cents ceps atteints.

C'est presque exclusivement en 187^ que l'insecte destructeur des vignobles s'est répandu dans les autres communes. Ainsi, dans la commune même de Jarnac, au fief de Chauvignac, entre Jarnac et Chassors, sur le calcaire portiandien, le Phylloxéra fut reconnu à la fin de septembre par M. H. Delamain. Le coteau de Chauvignac ,

le Jarnac, portait une attaque, 73, dans la vigne de M. Félix Faure, offrant une tache très-nette , et ce même coteau avait plusieurs autres taches. La vigne de M. Gormaud, à Bois-Marron, près de Jarnac, dans un terrain argileux, très-mouillé en hiver, était envahie récemment.

Le Phylloxéra se montrait aussi dans la commune de Chassors (720 hectares de vignes), ainsi au hameau de Guitre, chez M. Paquier, chez M. Ducloux, qui arrachait ses ceps malades; de même aux Bouges, sur la commune des Métairies; toutes ces localités sont du pays bas, en terrain lacustre. Dans la commune de Reparsac (4oo hectares), aussi en pays bas, le Phylloxéra a très-fortement

très-crétacées pleines de cailloux calcaires, avec fond de petites pierrailles mêlées d'argile; tandis que les terres argileuses jaunâtres ou rougeâtres, sans cailloux, des lieux plus bas sont peu prises. A Chassors même on trouve beaucoup de vignes dont la pousse s'est arrêtée. Le mal existe encore près de là, à Monjourdain, qui s, comme Jarnac, et constitué pareillement

par un îlot de calcaire portlandien. La commune de Sainte-Sevère (635 hectares), offrant les vignes en terre argileuse très-mouillée, à demi inondées en hiver, était encore indemne en août, mais attaquée à la fin de septembre. Je puis signaler pareillement dans ce canton, comme phylloxérées, les communes de Fleurac (88 hec-

de Mérignac (g3o hectares). Dans cette dernière commune existe notamment une forte tache entre Bornas et le logis de Lafont, propriété de M. Jules Robin.

Canton de Châteauneuf (0,967 hectares de vignes). — Le canton de Châteauneuf est le seul de l'arrondissement de Cognac qu'on puisse regarder comme peu phylloxéré en 1874, et des renseignements, tant du milieu de 187/i que tout récents, tendraient, mais à tort, à le présenter comme indemne. On comprend que beaucoup de propriétaires tiennent à conserver le plus longtemps pos-

marquée dans mes notes la visite, au laboratoire de Cognac, de M. Michaud, propriétaire des environs de Châteauneuf, apportant à l'examen des racines chargées de Phylloxéras.

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