ARRONDISSEMENT D'A
Canton de Rouillac. — Le canton de Rouillac, attenant à celui de Jarnac et composé aussi de vignobles de Bois, est de beaucoup le plus attaqué dans l'arrondissement d'Angoulème. Il possède 8,67 1 hec-
ètre antérieure à 1 8 7 2 , dans la commune de Vaux-Rouillac (622 hectares de vignes). Il y avait, à ma première visite, au commencement de juillet 1 8 7 1\ , environ 8 à 1 o journaux (le journal est de 3 2 ares) détruits, et 5o à 60 parsemés de taches d'attaque. Le maire de Vaux,
d'attaque en 1873, la cause du mal. Cette localité, ainsi que l'indique son nom, est formée d'une série de vallées et de coteaux. C'est la
ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 31 partie la plus élevée du plateau qui a été envahie la première , et le meilleur vignoble de ce cru renommé pour ses vins et ses eauxde-vie ne forme plus que deux vastes taches à feuilles jaunies, où Ton reconnaît une infection par deux foyers. Cette prédisposition des sommets à la maladie se retrouve partout, notamment dans les
communeslesplus ravagées de la Charente-Inférieure, et s'explique '
Les vignes, très-anciennes, passent, dans le pays, pour avoir deux cents ans; le raisin cesse de grossir sur les ceps les plus atteints, et les ceps encore vigoureux ont leurs racines couvertes de Phylloxéras. Le maire estime l'étendue superficielle du mal dans sa commune à environ 5o hectares, et la culture en rangées alternes, fréquente dans la localité, n a pas empêché l'invasion; il faut remarquer que souvent les racines de vignes remplissent l'espace occupé en dessus par les plantes intercalaires. Il y avait, à quelque distance de cette vieille vigne si attaquée, une vigne de six ans avec une assez forte tache. Ce fait, qui se répétera souvent dans mon rapport, est important à noter, en raison de l'opinion de certaines personnes, que l'âge de la vigne est une des causes de la maladie. Le terrain de tous ces vignobles est calcaire et rempli de cailloux calcaires.
Je constate également le Phylloxéra à la limite des communes de Vaux et de Rouillac, dans une tache près de la borne n° 36 du chemin, et le mal remonte au moins à 1878, car il y a, dans une vigne âgée d'au moins cinquante ans, 5o à 60 ceps anciennement atteints. A 1 5o mètres plus loin à droite , sur la commune de Vaux, je vois une tache naissante, datant de cette année, et j'y trouve l'insecte; à 3oo mètres de distance (les Justices, avant Vaux), une jeune vigne de dix à douze ans, plantée en rangées, présente deux taches, remontant au moins à 1873, passant d'une rangée à l'autre, et les racines des ceps voisins des taches sont chargées de Phylloxéras, au point de jaunir les doigts qui les pressent. Plus loin, et notamment au bout du vignoble, l'attaque ne fait que commencer, et les ceps, encore superbes, offrent leurs racines remplies d'une multitude de
renflements. Les cultures intercalaires n ont pas empecne le passage de l'insecte, et souvent, au reste, les racines de vigne remplissent l'allée intermédiaire.
Entre Plaisac (102 hectares de vignes) et Vaux, sur la commune de Vaux, au lieu dit les Places, je vérifie la présence de l'insecte dans quatre taches d'attaque , et de même , entre les Villei s et Plaisac, sur une tache très-nettement accusée. A la fin d'août, se trouvaient, à Vaux, environ vingt-cinq points d'attaque nouveaux, s' étant manifestés, par suite de la chaleur et de la sécheresse, depuis ma dernière visite. Les paysans, instruits de la cause du mal, se couchant sur la terre, y voyaient marcher de nombreux Phylloxéras.
Aux environs de Rouillac même , qui a 1 ,00 4 hectares de vignes, se présentent de nombreux cas de maladie de la vigne. M. le docteur Lecler, de Rouillac, a constaté, à diverses reprises, dans les intervalles de mes excursions, la présence de l'insecte dans un
au commencement de juillet, je vérifie le mal dans une tache considérable à Loret, sur la route de Rouillac, chez M. Bonnenfant, tache existant depuis trois ans, dans un terrain calcaire caillouteux. Le propriétaire, effrayé du mal, déclare qu'il va faire procéder aussitôt à l'arrachage. Entre Loret et Rouillac, tout contre Rouillac, je reconnais la maladie dans une tache, et, de même, dans une autre entre Rouillac et Sigogne. On m'indique plusieurs autres taches autour de Rouillac, moins fortement atteint que Vaux, et où le mal paraît, en beaucoup de points, à son début. Comme à l'ordinaire, les sols sont d'autant plus attaqués qu'ils sont plus calcaires.
Sur la route qui va de Vaux à Plaisac, au plantier en Bornet, au sud du chemin, des vignes appartenant à trois propriétaires de Vaux, MM. Pierre Saisy, Jean Jalet, Etienne Blain, offrent des racines chargées d'insectes, avec une tache de 1 2 à 1 5 1 Un mal considérable, sur une étendue de 3 à l\ hectares, entre Vaux et les Brandes, principalement au point dit en Boursan-
ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 33 quin; les vignes appartiennent à divers propriétaires de Vaux, ainsi à MM. Vincent, Donjon, ancien maire, Berger, Thomas Condé, Sabouraud.
Il y avait des racines jaunes, tant elles étaient couvertes de jeunes Phylloxéras.
La maladie se voit également sur les vignes du Temple de Rouillac (commune de Rouillac) et sur les vignes qui bordent la route des Villers à Vaux, et sur celle du chemin du bois de Vaux.
A Fougeard de Rouillac, dans une vigne appartenant à M. Cholet, située sur le côté ouest du chemin de Fougeard au Plessis, se trouvent quelques ceps malades. Dans la commune de Rouillac, sur le chemin de Labrousse au Temple, du côté ouest du chemin et avant d'arriver à la forêt du Boisauroux, une vigne, dont le propriétaire est M. Maurin, ancien maire de Rouillac, laisse voir un léger point d'attaque. Sur le même chemin et du même côté, après le chemin qui va à Montigné, une vigne appartenant à M. Pi et, du Temple de Piouiliac, offre un fort point d'attaque. (Toutes ces vérifications sont d'août 187/1, ainsi que les suivantes.)
Les racines d'une vigne située entre Loret et le Temple de Rouillac, et appartenant à M. Dubois, de Rouillac, sont couvertes de Phylloxéras.
Sur la commune de Rouillac, entre la Gimbaudière et Lignère, dans une vigne située au champ des Mares, et appartenant à M. Gastinon, existe un fort point d'attaque, de i5 mètres de diamètre; en 1873, cette vigne ne présentait aucune trace de maladie. Un autre fort point d'attaque est constaté clans une vigne à M. Marot , du Breuil de Gourville, placée au sud de ce village, sur la route de Rouillac à Aigre, entre les bornes 33 et 34. Sur la même route et de l'autre côté, c'est-à-dire à l'ouest, en face du village de la Vallée, commune de Rouillac, deux allées de vignes sont attaquées, mais chacune ne paraît encore avoir qu'un très-petit nombre de ceps malades.
Si j'entre dans tous ces minutieux détails sur la topographie de la maladie phylloxérienne, ce n'est nullement pour mettre en relief
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mes investigations patientes, mais afin de permettre à tous de vérifier, en 1876, si le mal persiste et continue à s'étendre, ou s'il s'arrête et disparaît de lui-même , par des causes naturelles , comme le prétendent beaucoup de personnes; je fais appel à l'expérience future.
J'ai eu des nouvelles de l'arrachage exécuté à Loret par M. Bonnenfant; il a été complètement illusoire, comme le sont en général les opérations de ce genre laissées à l'initiative des propriétaires. Dix mètres au delà de la partie arrachée, les racines étaient couvertes de nombreux insectes. Les vignerons n'enlèvent que les vignes très-malades, ne pouvant se résoudre à extirper du sol des ceps chargés de raisins.
La commune de Mareuil (64g hect. en vignes) est également éprouvée. Nous citerons notamment une attaque au bourg des Dames, chez M. Bussac, qui essaye d'arrêter le mal par des tranchées; de même le Phylloxéra a été reconnu à Basinet, à Boisauroux. Entre le Plessis et Puygard (Charente-Inférieure), il y a aussi 2 hectares de vignobles atteints certainement dès 1872, car on a arraché des ceps en 1873.
Entre Plaisac et le Plessis , dans les vignes appartenant à M. Martin de Maisonneuve , il y a un très-fort point d'attaque. Sur le côté sud du chemin allant du Plessis à Puygard, entre la route de Sonneville à Mareuil et un autre chemin allant à Mareuil, se voient 2 à 3 hectares de vignes malades (visite du mois d'août) ; il y a aussi un fort point d'attaque presqu'en face, un peu plus près du Plessis.
La commune de Saint-Cybardeaux possède également le mal dans ses excellents vignobles, répandus sur 673 hectares. Aux Bouchauds, 2 hectares sont atteints depuis deux ans. Au lieu dit en Vanneau, à l'extrémité sud du chemin de Dauve àGrosville, en face de la Font-Pèlerine, on trouve des points d'attaque multipliés à l'est du chemin et un à l'ouest. Une vigne appartenant à M. Antoine Guerrin, des Bouchauds, et située au plantier de la Pèlerine, près la Font-Pèlerine et le village de Dauve, est malade dans une grande étendue.
ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 35 La commune de Genac (870 hect.), limitrophe de la commune de Saint-Cybardeaux, célèbre par la fine Champagne qui s'y fabrique, n'est pas épargnée. Ainsi une vigne placée dans le plantier dit de Marcillac, dune superficie de 4o ares, âgée de quinze ans et plantée en folle, présente des racines chargées de Phylloxéras dans une étendue de i5 ares. Une autre, de i5 ares de surface, âgée de six ans seulement et plantée en folle, au nord de la précédente, dont elle est séparée par un champ de blé de 20 à 3o mètres de large, est atteinte dans les trois quarts de sa grandeur, offrant de nombreux insectes sur ses racines; son propriétaire est M. Pierre Bernard, des Bouchauds.
Canton d'Angoulême. — Le canton même du chef-lieu du département n'était que légèrement atteint dans l'été et l'automne de 1874- H n'y avait pas de mal, du moins encore signalé, aux environs mêmes d'Angoulême; il commençait à apparaître entre ta Couronne et Roullet (fins hois). Des indices premiers de lâches étaient visibles peu avant d'arriver au château de Fonfrède, de M. Paul Guérin, agronome distingué. Le mal n'existait pas encore dans la commune de Saint-Estèphe, dont dépend ce château.
M. P. Guérin était, à ma connaissance, le seul propriétaire du canton d'Angoulême et du département de la Charente qui se fût préoccupé, en 1874, de l'introduction des vignes américaines et de leur avenir possible, point sur lequel j'ai soin de faire toutes réserves. Il faut remarquer, avec M. Planchon, que la Charente étant aujourd'hui infectée de Phylloxéras, se trouve malheureusement dans la seule condition où il soit permis de planter des vignes américaines. M. P. Guérin a suivi les indications cle M. Le Hardy de Beaulieu^, qui lui a servi d'intermédiaire pour les plants américains encore très-jeunes essayés au château de Fonfrède, où je les ai visités à la fin d'août. Il a rejeté les cépages des types labrasca, cordifolia, œstivalis, etc., plus ou moins sujets à la destruction,
(1) Le Hardy de Beaulieu, Les cépages indemnes d'introduction récente 3 br. in-8% 187/I, Augusta, Géorgie.
pour îe seul type bien indemne : vulpina ou rotiinclifolia , à feuille arrondie et glabre, propre aux Etats-Unis du Sud (les Carolines, Louisiane, Floride, Mississipi , Alabama, Géorgie), répandu surtout aux abords des cours d'eau. Les œstivalis, labrusca, etc. ont de la moelle et des écorces caduques, comme la vigne d'Europe, tandis que le type rotiindifolia offre l'écorce lisse et adhérente, ainsi que l'ormeau, à moelle imperceptible, ce qui rend le bouturage presque impossible, et oblige à propager les variétés dont on a acquis les mères souches par le marcottage ou provignage. Il y avait chez M. P. Guérin des pieds de scuppernong , cépage à gros raisins blancs, et des pieds d'autres cépages du même type à raisins rouges, souvent avec arôme musqué de cassis: leflowers, a grappes de vingt-cinq grains au maximum, ovales, d'un noir pourpre luisant, à jus sucré et agréable, moins aromatisé cependant que celui du scuppernong ; le Thomas s, de la Caroline du Sud. à fruit pourpre, moins gros que celui du scuppernong, mûrissant à la même époque; enfin le tendcrpiilp, de la Caroline du Nord, à pulpe fondante, juteuse, douce et parfumée d'un arôme délicat. Nous devons faire observer que, par le semis, la plupart de ces variétés ne donneront que des pieds mâles stériles, car le type rotiindifolia est polygamo-dioïque,
Canton de Vïllebois-la-V ailette. — Je puis désigner avec certitude dans ce canton la commune de Blanzaguet-Saint-Cybard (ll$o hect. en vignes), où beaucoup de vignes sont atteintes. Le maire a envoyé, par l'intermédiaire de la préfecture, des racines phylloxérées au laboratoire de Cognac, et il rapporte dans sa lettre qu'il les voyait recouvertes de petits insectes jaunes, tachant les doigts en jaune. Jl faut y ajouter la commune de Magnac , à 2 kilomètres de la Vallette (55o hect.), où l'on voit, à gauche de la route qui se rend à la Vallette, un grand point d'attaque dans une jeune vigne de douze à quinze ans, et celle de Fouquebrune (820 hect.).
Canton de Blanzac. — Ce canton est regardé, fort à tort (j'en
ÉTUDES SUR LA MALADIE DE LA VIGNE. 37 ai eu la preuve au printemps de 1876), comme indemne; cependant on soupçonne le mal dans la commune de Jurignac. Je n'affirme rien à cet égard.
Je n'ai pas eu d'indications sur le canton de Saint-Amant-de- Boixe. Mes lettres au maire de cette ville, ainsi qu'à celui de la commune de Vars, sont restées sans réponses. On a des indices de la maladie clans le vignoble dit le Fouilloux, sur la commune de la Chapelle, près de Marcillac. Je ne me prononce pas encore à cet égard, et j'omets à dessein cette localité sur ma carte, désirant que celle-ci ne présente que des localités bien certainement envahies, et soit plutôt au-dessous qu'au delà de la vérité.
De même, je n'ai eu aucune information préliminaire sur les cantons d'Hiersac, de la Rochefoucauld et de Montbron. En l'absence de tout indice, je ne pouvais faire des investigations au hasard, au risque de perdre le temps dont je dois compte à l'Académie des sciences. Toutefois le canton d'Hiersac me paraît, voisinage , avoir reçu les premiers insectes à la fin de
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