OBSERVATIONS
ObiserTatioii Première.
Cancer du cæcum. — RésecUon de l’ause iléo-colique. — Anastomose termino-
latérale du côlon avec l’iléon par le bouton de Murphy. Mort le jour de
manie aiguë.
Observation prise par M. Jeanbrau,
Frédéric, instituteur, 35 ans. Entré à l’hôpital le 12 décembre 1899. Service de M le professeur Forgue.
Antécédents héréditaires. Sans intérêt. Mère morte de fièvre typhoïde.
Antécédents personnels. Deux fluxions de poitrine. Sciatique. Toujours dyspeptique. Chaque fois qu’il était fatigué, un peu de délire .
Maladie actuelle Depuis huit mois environ, troubles digestifs. Plusieurs crises de coliques avec vomissements alimentaires et bilieux Le médecin porte le diagnosctic de gastroentérite. Régime alimentaire, lait et pur^'e.
Il y a deux mois, l’état du malade devient plus sérieux, les coliques deviennent plus fortes, et dans les selles on trouve du sang, des raclures d’intestin, une matière analogue à de la gelée de groseille. Le régime lacté faisait cesser ces phénomènes. Depuis 15 jours, impossibilité de faire sa classe : affaiblissement et amaigrissement considérables. Les douleurs paraissent localisées à la fos^e iliaque droite.
Le médecin traitant prescrit des cataplasmes et engage le malade à venir trouver M. le professeur Forgue.
Opération le 13 décembre 1899.
Ether : Rimbaud. Anesthésie régulière.
Assistants : .Jeanbrau, Orssaud, Rey.
incision latérale remontant jusqu’au rel)ord costal. Ouverture du péritoine pariétal, dont les bords sont repérés à l’aide de trois pinces de chaque côté. La palpation permet de reconnaître que le cæcum et la partie inférieure du côlon ascendant sont le siège d’une infiltration dure, inégalement épaisse. M. le professeur Forgue pense alors à un néoplasme du cæcum empiétant sur la partie intérieure du côlon et décide la résection.
Deux pinces sont placées sur le côlon à deux doigts environ au-dessus du bord supérieur de l’infiltration. Section entre les deux pinces Section du méso cæcum et des vaisseaux qui donnent Le cæcum est facilement libéré. Deux pinces sont placées sur iléon pour faire la coprostase. Section de l’iléon à quatre centimètres environ en dehors de la valvule de Raubin .
L’anse iléo-colique, maintenue hors du ventre à l’aide d’une pince et entourée d’une compresse, .on procède à l’occlusion du côlon ascendant. Quatre pinces sont placées sur les bords de l’oribce : l’une à la commissure interne, l’autre à la commissure externe, et les deux autres dans un diamètre perpendiculaire. On étale ainsi facilement la cavité du côlon, que l’on nettoie avec une compresse imbibée d une solution faible de sublimé, pendant qu’une pince courbe, placée au-dessus, assure la coprostase. On fait alors un surjet muco-muqueux au catgut.
Le surjet exécuté, on enlève les quatre pinces cardinales. A l’aide de deux pinces qui tiennent les deux bouts du catgut, un aide relève le cul-de-sac ainsi formé et on enfouit ainsi la tranche de section avec un surjet séro-séreux à la soie fine : les franges épiploïques sont employées à l’enfouis-
sement de la surface séreuse. Tous les instruments qui ont louché la muqueuse de l’intestin sont mis à part et désinfectés à nouveau par bouillissage. Le côlon ainsi fermé, on enveloppe le cul de sac d'une compresse stérilisée ; Ton procède à l’hémostase du mésentère et du méso-côlon.
On place quatre pinces cardinales sur les bords de la section de l’iléon. On nettoie son segment terminal avec une compresse imbibée d’une solution tr.ès faible de sublimé. Incision transversale (par rapport à l’anse du côlon) sur la face antérieure du côlon ascendant, à un travers de doigt environ du surjet qui le ferme. Par cette incision, qui a six centimètres et demi environ d’étendue, et dont on écarte les deux lèvres avec de petites pinces, on introduit la partie mâle du bouton de Murphy maintenu par une pince américaine. On passe à travers la séreuse un petit fil de soie^, qui est fortement serré sur le tube intérieur. La partie femelle est introduite dans l’iléon et un surjet fin borde sa section transversale ; on résèque aux ciseaux un liseré d intestin, de façon à permettre 1 accolement des deux surfaces séreuses et on serre â fond par pression digitale les deux parties du bouton de Murphy. Trois points de sûreté â la Lembert réunissent le côlon et l’iléon.
Deux gros 'drains, de 18 centimètres de long, sont placés en dehors de l’anastomose iléo-colique parallèlement au côlon ascendant. On essuie l’anse anastomosée avec des compresses stériles. Surjet au catgut sur péritoine pariétal. Suture des muscles. Suture de la peau au crin de Florence. Pansement très compressif.
Suites opératoires. — Le malade est mis à la diète absolue jusqu’au lendemain matin neuf heures. Le jour de l’opération, le malade va très bien, il ne se plaint que de la soif. Le soir, Temp. 36"4 P. 90^ Resp. 36. Un centigr. de mor-
phine le soir à 3 heures. Un centigr. à 8 heures. Nuit calme, mais sans sommeil. •
14. Matin. Faciès très bon, langue un peu sale. P. U20, régulier. Temp. Ventre n’est pas ballonné, ni dou-
loureux. Soif. On donne quelques morceaux de glace que le malade laisse fondre dans la bouche.
Soir : Temp. 38“4. P. 120. Dans lajournée, 2 centigr. de morphine, 2 gram. de caféine, 1 litre de sérum.
'15. Matin, faciès bon. Ventre ni tendu, ni douloureux. Temp. 38‘^2. P, 106.
On prescrit du champagne glacé. Le malade est très triste, très abattu, et répond difficilement aux questions qu’on lui pose. Soir: Temp. 38°2 P. 120. 2 centigr. de morphine, 500 gram. de sérum avec 25 centigr. de caféine. 11 a eu quatre petites selles liquides, non douloureuses, dans l’aprèsmidi ; la circulation intestinale est donc rétablie.
Dans la nuit, bien qu’il soit veillé par un infirmier, qui reste auprès de lui, il défait complètement son pansement sous ses draps, et met la région opérée complètement à nu. Il a défait lentement les épingles les unes après les autres et déroulé les bandes sans attirer l’attention de 1 infirmier assis à côté de \w. Le pansement défait, il est pris d’un accès de manie aiguë et se met à crier, les yeux hagards et le visage convulsé. Le délire continue jusqu’à 7 heures du matin. Le pansement a été refait dans la nuit.
16. Matin, 8 heures: Tranquille, mais les yeux hagards; il répond difficilement aux questions.
A 9 heures, pansement Ventre excavé en bateau Réunion par première intention de toute la ligne de suture Les drains sont à leur place et secs. On refait un pansement compressif.
Pas de signe de péritonite. On le reporte dans son lit chauffé .
Soir: Temp. 37"4. Pouls 112. Malade très calme, parfaitement conscient et répond bien aux questions. Un centig. de morphine à 7 heures.
A partir de 9 heures, il commence à s’agiter, et un nouvel accès de manie se déclare. A 10 heures, il délire complètement. Délire tantôt gai, tantôt triste, dure jusqu a 8 heures du matin. A 10 heures, on fait une piqûre de morphine et de spartéine.
17 décembre matin. Yeux fixes, sourcils froncés. Il ne reconnaît pas ceux qui l’approchent. H manifeste tour à tour la peur, l’étonnement, les regrets et répond, après de nombreuses questions, par des paroles incohérentes, les yeux hagards.
Temp. 37 '8. Pouls 120.
A 9 heures il a une selle spontanée, abondante et souille la partie postérieure de son pansement. On arrange le pansement. On ordonne des sinapismes aux pieds, des compresses d’eau sédative sur la tête et des injections souscutanées de rhum.
11 meurt à midi, cyanosé, ayant perdu connaissance depuis une heure et adynamie.
Autopsie. — Réunion par première intention de toute la ligne de suture. Un peu de pus dans la paroi au-dessous de la peau. L’abdomen - n’est pas ballonné. A l’ouverture du péritoine, on ne trouve pas de liquide, ni de pus, ni de fausses membranes. Li0s anses intestinales sont lisses et ont leur aspect normal. L’anastomose a très bien tenu;la paroidePiléon et du côlon, au voisinage de l’anastomose est eccbymotique, mollasse, avec, par endroits, une teinte brune.
Le cerveau n’a pu être enlevé.
* Observa^ioiB II