HISTORIQUE
En 1859, dans un ouvrage fondamental : Traité de la suppuralion et du drainage chirurgical, E. CnassaiGNaAG écrivait :
« La suppuration des amygdales est une conséquence assez
commune de leur inflammation. L'amygdalite est-elle légère, c'est par la résolution qu'elle se termine. Est-elle très violente, des abcès se forment presque toujours.
» Nous n'hésitons pas, dans le cas de suppuration, tonsillaire, comme d'ailleurs dans tous les cas d'amygdalite aiguë, à enlever la glande malade avec l'instrument de Fahnenstoch, modifié par nous, et d'après les principes de notre procédé opératoire.
» Seulement, il arrive quelquefois que l’amygdale, au lieu de s'améliorer et d'être extraite en une seule masse, se morcelle sous la pression de l'instrument et arrive au dehors sous forme de lambeaux,
» Non seulement nous n'avons jamais vu survenir aucun accident à la suite de l'opération dans ces circonstances, mais la disparition de tous les symptômes aigus et une cicalrisation rapide de l'amygdale excisée dans cet état en ont été la conséquence.
» La seule objection sérieuse à l’ablation des amygdales suppurées serait le resserrement plus ou moins considérable des mâchoires qui accompagne cette affection. Mais cette difficulté ne nous arrête plus depuis que nous employons notre dilatateur annulaire, qui nous à permis, dans tous les cas, de faire ouvrir la bouche à un degré suffisant pour pratiquer l’ablation des amygdales dans l’état aigu. »
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CHassaIGNAG n'hésitait pas, mais l’enseignement de ce précurseur audacieux ne fut pas suivi. Vingt ans plus tard, écoutons TROUSSEAU
« L'angine phlegmoneuse est une de ces maladies qui lont la gloire et le désespoir de toutes les médications; leur déses-
. poir, parce que la médecine ne prévaut jamais contre elles, en ce sens que nous sommes impuissants pour les enrayer dans leur marche, pour en abréger la durée; leur gloire, parce quelles guérissent d’'elles-mêmes, quoi que nous fassions, et qu'on est tenté de rapporter à la médication tout l'honneur de la cure... »
Ecoutons encore la parole de VERNEUIL :
« J'ai été moi-même atteint jadis d’un grand nombre d'amygdalites; cinq ou six se sont terminées par des abcès, et j'ai reçu plusieurs coups de bistouri dans la région. Ces ponctions ne m'ont jamais produit aucun soulagement. En elfet, pour arriver au foyer même de l’abcès, il faudrait traverser tout le pilier antérieur, qui est toujours le siège d’un ædème considérable. L'incision ne va donc pas le plus souvent jusqu'à la coHection purulente. Elle n’évacue absolument rien. »
Et cependant, dans la même lecon, VERNEUIL créait le terme de « phlegmon périamygdalien », terme devenu elassique, et l'appuyait par des arguments d'importance
« Le, phlegmon siège dans le tissu cellulaire qui enveloppe l’amygdale., L'amygdale n’adhère que d’une façon très lâche, très peu intime, à la loge qui la renferme; en effet, à chaque mouvement de déglutition, l’amygdale est mise en mouvement et se balance, très mobile dans le fond de la cavité buccale.
» Sous l'influence de ces déplacements continuels de la masse glandulaire, le tissu conjonctif qui la retient du côté externe devient aussi plus lâche, il se forme une sorte de bourse séreuse virtuelle entre l’amygdale et la paroi de la loge comprise entre les deux piliers du voile du palais. C'est précisément dans ce tissu cellulaire que se produit l'inflammation : c'est là qu'apparaît le phlegmon. »
Ces trois citations restent fondamentales. Elles soulignent la hardiesse de Crassarexac, le doute médical de TROUSSEAU, le penser anatomo-pathologique de Verneuir; surtout, elles contiennent, toutefois, les principes substantiels de la question des phlegmons périamygdaliens (TerRACor.).
Les années s’écoulèrent. La laryngologie prit son essor, el, confinée dans un domaine plus restreint, fouilla méticuleusement les détails.
Tous les auteurs, dañs une confrontation générale, surtout après la lecture profitable des textes anciens, réalisaient un accord parfait : savoir délaisser les questions doctrinales pour l’action pratique.
Cette action se décomposait en deux temps
a) la découverte, l'ouverture du phlegmon; b) la prophylaxie des récidives.
Le premier acte était et reste immédiat; le second acte était tardif, mais il a pu paraître à certains auteurs que cette temporisation était inopportune, et, dans cet ordre d'idées, l'évolution thérapeutique est particulièrement curieuse.
CHassarGNAG était tombé dans l'oubli; bien plus, son initiative hardie avait suscité la critique. L'enseignement classique est unanime.
« Eviter d'opérer au cours d’une amygdalite aiguë ou même sur son déelin. Exiger un délai d’un mois environ entre la résolution de l’amygdalite et l'amygdalectomie. » (ESCAT.)
« Pour obvier aux récidives, l'indication de choix est l’'amygdalectomie, c'est-à-dire l'éradication complète de l’amygdale de sa loge, pratiquée à froid, au moins un mois après. » (COLLET.)
« Ne pas intervenir avant que la poussée inflammatoire ait tout à fait disparu : attendre, par conséquent, plusieurs semaines, sous peine de s’exposer à des complications d'infeclion locale ou générale parfois très graves. » (Moure, LIÉBAULT, CANUYT.)