‹ Indiscretions contemporaines: souvenirs intimesChapitre 1 sur 21 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Il est peut-être un peu téméraire, aujourd'hui qu'on ne lit plus guère que des romans qui arrivent rapidement à une vingtaine d'éditions, de publier uu livre où il n'est à peu près question que d'histoire contemporaine. Hais, comme il y a encore quelques personnes qui pensent que l'histoire est quelquefois aussi intéressante que le roman, il m'a paru qu'il ne serait peut-être pas sans quelque àpropos de réunir en un volume un certain nombre d'articles parus dans divers journaux et dans lesquels se trouvent quelques détails inédits sur les hommes et les choses de notre temps. Mon ambition sera satisfaite si ces causeries familières peuvent offrir quelque intérêt à cette portion du public à laquelle il s'adresse particulièrement, — les curieux.

Paris, octobre 1884..

Ces souvenirs ont été écrits surtout dans le but de dire la vérité sur un homme dont on s'est beaucoup occupé et que souvent on a mal jugé. Ce n'est pas sans intention que l'auteur les a circonscrits dans le titre qu'il leur a donné, non pas que le docteur Véron fût tout entier dans sa salle à manger, mais parce que c'est là, dans ces réunions intimes et pleines d'abandon qui furent l'un des charmes de son heureuse existence, qu'il pouvait être le mieux apprécié.

Cette étude, volontairement restreinte à ces proportions, a reçu l'immense publicité du Figaro, qui contenterait de plus grandes ambi-

lions que celle qui peut être permise à un simple dileltante y comme disait Stendhal. Mais l'appétit vient en mangeant. C'est ici surtout qu'on peut le'dire, et le prince de nos critiques ayant pensé, avec trop d'indulgence peut-être, que ces pages fugitives n'étaient pas indignes d'une réimpression, l'auteur s'est rendu, sans trop se faire violence, à ce conseil qui sera visà-vis du public sa sauvegarde et son excuse.

Mai 1868.

J'ai goûté et admiré l'exactitude des Souvenirs de la salle à manger du docteur Véron.

Je me suis demandé plus d'une fois qui pouvait savoir si bien ces choses et les écrire si finement. Il n'y a guère que deux ou trois personnes entre les noms desquelles j'aie pu hésiter. A propos du fameux dîner qui devait avoir lieu à la Tuilerie y le jour même où se donnait le second avertissement au Constitutionnel, je me rappelle^ comm^ y ayant assisté, que Véron, qui faisait bonne mine, avait reçu dès le matin et d'heure en heure des billets de gens qui se dépriaient. Il y eut bien des places vides; le ballon de Godard, qui devait couronner la fête.

se gonflait devant un cercle de spectateurs très amoindri.

Parmi les personnages officiels^ deux seuls eurent le courage de venir et d'être simplement polis j comme il convenait à des gens du monde bien élevés. Celaient deux militaires, le général comte de Goyon, aide de camp de V Empereur , et le général baron Renault, celui qu'on appelait le lion d'Afrique. Leurs noms mériteraient peut-être de trouver place dans la réimpression qui ne saurait manquer de se faire de ces spirituels articles..

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