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J6 LE DERNIER DES CHÉNIER

sur son nom, M. de Chénier Ta poussé jusqu'à une jalousie un peu ombrageuse, qui l'a rendu quelquefois injuste envers ceux qui ont successivement et 1res utilement contribué à la publication des œuvres d'André Chénier, tels que Latouche, Sainte-Beuve et surtout M. Becq de Fouquières. C'est avec ce dernier, qu'après la publication de l'édition d'André Chénier donné e par Lemerre, sous la direction de M. Gabriel de Chénier, eut lieu une polémique dans laquelle l'avantage ne resta pas toujours au neveu du grand poète qui avait affaire à forte partie. Un détail que nous avons donné ailleurs, à propos de quelques éludes sur M. Thiers et qu'il peut être intéressant de rappeler, c'est que M. Gabriel de Chénier était le cousin issu de germain de l'illustre homme

d'Elat. Cette circonstance aurait peut-être pu valoir un avancement plus rapide au jeune avocat dans la carrière qu'il avait embrassée;

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mais M. de Chénier était d'un caractère très fier et très indépendant; M.Thiers, chez lequel les sentiments de la faihille n'ont jamais été très développés, ne se préoccupait guère de ses parents réguliers et les rapports entre les deux cousins ne furent jamais ni bien chauds, ni bien fréquents.

Ils furent même complètement rompus à partir de 1840, à propos de la piquante aventure que voici :

On était à la fin de février, à la veille de la formation de ce fameux ministère du 1" mars que M. Thiers devait présider et dont l'enfantement était assez, laborieux; le choix du ministre de la guerre, auquel M. Thiers attachait une grande importance, le préoccupait particulièrement; il songeait pour ce poste à un général peu connu, avec lequel des relations de société l'avaient mis en rapport, le général Gubières, alors directeur du personnel au mi-

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nistère de la guerre. Une quinzaine de personnes étaient réunies, à l'heure habituelle, dans l'hôtel de la place Saint-Georges ; on annonce M. Gabriel de Chénier, qui venait faire une visite à son cousin et qui alors était souschef de bureau au ministère de la guerre.

— Ah! Chénier, vous arrivez à propos, lui dit M. Thiers en s'avançant vers lui, vous qui êtes de la maison vous allez nous dire votre opinion sur le général Gubières; pensezvous qu'on puisse en faire un ministre de la guerre?

— En aucune façon, répondit sans hésitation M. de Chénier, qui n'élait pas courtisan; il peut suflirc aux fonctions de directeur du personnel; mais le ministère serait trop lourd pour ses épaules.

M. Thiers, dont le siège était fait, tourna brusquement le dos à son cousin en grommelant, de façon à erre entendu, ces pa-

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rôles peu aimables : « Décidément les bureaux rétrécissent l'esprit. »

Après cet incident, M. de Ghénier quitta le salon de la place Saint-Georges pour n'y plus reparaître ; ajoutons que M. Thiers ne fit jamais la moindre tentative pour l'y rappeler.

Pour compléter l'histoire, il est bon de rappeler que, le lendemain, M. Thiers formait le ministère du 1" mars et confiait le portefeuille de la guerre au général Cubières, qui, quelques années plus tard, jouait, dans le procès Teste, le triste rôle que tout le monde connaît.

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