ET SON PÈRE
journaliste aussi influent auprès du pouvoir que rétait alors M. Énnile de Girardin.
Une négociation s'entama donc à ce sujet entre M. Emile de Girardin et M. Guizot, chef du cabinet du 29 octobre. Ce dernier en parla au roi, qui donna son consentement, mais à la condition que le général, qui n'avait jamais paru aux Tuileries, viendrait lui faire une visite; cette condition ayant été acceptée par le général et la visite faile, il n'y avait plus d'objection; M. Guizot prévint M. Emile de Girardin et lui dit qu'à la première occasion le général serait nommé pair de France. Mais quel ne fut pas l'étonnement du ministre, lorsque le journaliste répondit à cette information gracieusement donnée et qui, peu de temps auparavant, semblait impatiemment attendue :
« Ne nous pressons pas, monsieur le ministre, et ne faites rien avant que je vous en aie reparlé... )^
406 EMILE DE GIRAHDIN
Voici l'explication de cet atermoiement : le père et le fils jouaient au fin, la donation si ardemment désirée et plusieurs fois promise ne se faisait pas; enfin, lorsque M. Emile de Girardin vint annoncer à son père que tout élait arrangé avec M. Guizot pour la pairie et qu'il n'y avait plus qu'à signer l'acte de donation, le général trouva des prétextes à de nouveaux délais... Bref, les choses traînèrent en longueur; le général s'en tint à son acte de reconnaissance, mais ne fit aucune donation; il ne fut point nommé pair de France. M. de Giraidin abandonna le ministère et entama contre lui une de ces campagnes dans lesquelles il était passé maître, dont les principaux incidents furent sa comparution et son acquittement devant la Chambre des pairs, et une interpellation au ministère sur des faits dénoncés par lui à la Chambre des députés, le 25 juin
ET SON PÈRE. Aifi
Dans le débal qui eut lieu à cette occasion, il se produisit un curieux incident qu'il faut avoir vu pour bien en apprécier la valeur scénique.
M. Guizot donna, avec son sang-froid et sa clarté habituels, des explications très topiques sur les motifs qui avaient privé le ministère de l'appui de M. de Girardin, et, pour justifier ces explications, il tira un papier de sa poche : c'était une lettre à lui adressée par le journaliste : « Vous y demandiez, dit M. Guizot, la pairie pour monsieur... votre père. > Là, comme on dit au théâtre, il prit un temps^ qui fut d'un effet intraduisible.
Le général de Girardin, qui assistait au débat, entra en fureur à cette révélation, et, pendant la suspension qui eut lieu, lorsque M. Guizot fut descendu de la tribune, il manifesta en termes très violents l'intention de se porter à des yoies de fajt envers le ministre. DétaiJ