‹ Indissolubilité et divorceChapitre 16 sur 29 · LA LUTTE POLITIQUE EJ RELIGIEUSE. LUI · texte numérisé non relu

LA LUTTE POLITIQUE EJ RELIGIEUSE. LUI

famille robuste et féconde? Ces joyeux vivants d\m jour croient-ils seulement au lendemain? Leur sang est, comme leur âme, épuisé, sans vertu. Il suffit à peine au plaisir : comment suffirait-il au labeur? Et a-t-on trouvé, enfin, dans notre société chercheuse, le secret d'accomplir de grandes choses, sans labeur?

J'aime mieux les Mormons polygames que ces mondains qui pratiquent le divorce avant la lettre et qui, ayant perdu le sens de ce qui est éternel, ne sauraient comprendre ce qui est indissoluble. La polygamie mormonne a un faux air patriarcal; elle étale aux bords du lac Salé, avec une sorte d'orgueil, ces rejetons nombreux dont les rangs pressés font honte à certaines races stériles de l'Occident. ^lais eux, où sont leurs œuvres? Toujours leur moi, leur inévitable petit îiioi. Ils n'en sauraient sortir. Le plaisir l'étreint et l'absorbe. Le plaisir est homicide et stérile. Qu'a-t-il produit? Que n'at-il pas tué ? C'est lui aussi qui voudrait, au fond, renverser l'indissolubilité conjugale et briser ce frein d'acier passé aux naseaux de la bête pour la tenir en bride.

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Une chose m'étonne et ni attriste : c'est que le parti républicain ait si mal compris le génie vrai d une république et l'austérité que comporte toute démocratie destinée à vivre .

Pourquoi a-t-il inscrit, dans son programme, la loi du divorce ? Qui donc le poussait à prendre une telle initiative ? Il se dit le mandataire du pays : où donc a-t-il vu le pays lui confier ce mandat? Il s'est fait, en cette circonstance, le mandataire des viveurs, en croyant être un redresseur de torts et le consolateur de quelques victimes. Il s est mépris. La république a autre chose à faire qu à souscrire des mandats qui déshonorent.

Les faux libérateurs ne valent pas mieux que les pires despotes.

Si 1 on essaye de se rendre compte du mouvement qui a entraîné la plupart des membres du parti républicain à présenter un nouveau projet de loi sur le divorce, on voit qu'ils semblent avoir obéi à une sorte de tradition répubhcaine et démocratique.

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Le divorce a tenté, à quatre reprises, jusqu'à ce jour, de pénétrer dans le Code civil ouïe Code Napoléon : en 1792, en 1802, en 1831, en 1848. Si les légistes complaisants de 1802, si les libéraux de 1831, plus haineux contre la religion qu'amoureux de liberté, suivant le mot de Frédéric Ozanam, lui ont ouvert la porte, ce sont les républicains, en 92., et les démocrates, en 48, qui l'ont introduit ou essayé de l'introduire.

Les républicains de 1880 veulent sans doute marcher sur les traces de leurs aïeux. Qu ils nous permettent de le leur dire : ils ont tort. C'est mal servir sa cause que de persister dans certains errements ; et s'il y a une fidélité qui s'impose, comme un honneur, il en est de fatales qu'il faut savoir secouer comme un

Telle est la tradition républicaine du divorce. Nous essayons de le démontrer dans les conférences que nous publions aujourd hui.

Comment donc le divorce a-t-il fait alliance

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avec la République et la Démocratie? Entre la liberté du lien conju^jal et les institutions démocratiques et l'idée républicaine, y a-t-il donc une parenté?

L'idée républicaine, quand on la scrute, quand on va au principe d'où elle sort, c'est la libertés

Plus de tutelle ; la libre détermination de la conscience individuelle. On la traduirait volontiers ainsi : le maximum d'initiative pour l'individu, et le minimum de tutelle de la part du pouvoir. Cette formule n'atteint tout d'abord que le domaine intime et spontané de la pensée, de la croyance, des convictions ; mais elle ne tarde pas à s'étendre, et, à mesure que grandit l'individu, il répugne à se voir dominé par une collectivité qui l'écrase ; il demande d'aller droit son cbemin, sans avoir obtenu le passeport d'un César.

Rien de plus frappant que cette disposition des esprits : on peut s'en effrayer, on ne saurait s'en défendre : le mouvement qui porte vers l'affranchissement progressif des indivi-

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dualités est irrésistible. Ce phénomène s'accuse en traits de feu dans notre âge ardent où tout ermente. De là cette passion universelle pour la iberté : plus de chaînes, plus de mot d'ordre : 3lus d'asservis. Voilà le cri qui s'échappe des entrailles mêmes de cette génération. Il faut être mort pour ne pas l'entendre. Ce n'est pas un murmure, c'est une clameur : et il semble sortir déjà des lèvres innocentes qui boivent le lait, au sein maternel. La passion de lindépendance est allumée dans notre cœur à la première heure, et tout ce qui nous montre son image nous captive et nous entraîne. Dès qu'on nous parle dnn lien rompu, nous sommes prêts à applaudir; dès qu'on nous parle d'une chaîne, nous nous disposons à la briser.

Voilà ce qu'on pourrait appeler l'âme du vrai républicain.

Je ne m'étonne pas que le divorce ait séduit les républicains de 92 et ceux de 1880. Le lien le plus terrible, c est le lien conjugal. L'intervention la plus pesante de l'État, c'est sa main mise sur le contrat, pour en garder l'indissolu-

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bilité. Comment les premiers accès de la fièvre de la liberté pouvaient-ils résister au poids de pareilles chaînes? Les chaînes ont été d'un métal trop fragile : elles se sont rompues sous la pression violente de ces êtres libres qui avaient conscience d'eux-mêmes et qui rugissaient, en demandant leur émancipation. Ils ont compris qu'une autorité divine pût encore les brider; mais, que l'Etat leur imposât la camisole de force : jamais! Et en feuilletant le Code civil, ils se sont révoltés contre ce chapitre de l'indissolubilité qui ne craignait pas de forger des liens éternels.

iVussi une des premières démarches de ceux qui ont, avec passion, revendiqué la liberté a été de déchirer la page du mariage civil, indissoluble.

Je comprends cet accès de fièvre; je ne saurais l'approuver. Ce n'est point dans l'entraînement de la passion, quelque noble qu'elle soit, qu'on légifère, mais dans le calme de la raison, maîtresse d'elle-même. Or quand, l'accès passé, la liberté se regarde, elle comprend quelle n'est pas à elle-même sa loi.

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On n'est pas libre pour être libre; on est libre pour se soumettre au bien. La liberté est une force : toute force doit être réglée. Où est la règle? Voilà la question. Je réponds sans hésiter : La règle est dans la raison, dans la conscience.

La raison et la conscience , arrivées à leur maturité, veulent-eUes le mariage indissoluble, oui ou non ?

Elles le veulent indissoluble.

Ces conférences le prouvent.

De quel droit, alors, viendrait-on déchirer le Code civil qui consacre cette indissolubilité? Cet acte est un attentat, et un attentat, sous l'apparence d'un affranchissement : ce qui constitue un crime. Est-ce là ce qu'a voulu la République? Qu'on ose le dire. Dans tous les cas, ce n'est pas là ce qu'elle aurait dû vouloir, au nom de la liberté.

Le seul refuge des libéraux, le voici : que FEtat du moins me laisse à ma spontanéité ! Grave question. Etes-vous digne de vivre sans tutelle? Est-il opportun de livrer à elles-mêmes

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