‹ Indissolubilité et divorceChapitre 17 sur 29 · LX LA LUTTE POLITIQUE ET RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

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des volontés impatientes du joug? On n'a le droit de demander son affranchissement que pour en bien user. — Vous qui réclamez la rupture des chaînes, pourquoi la demandezvous? Est-ce pour agir suivant la loi invisible des consciences, ou pour la violer? Si vous voulez la violer, vous vous condamnez vous-même ; si vous voulez la respecter, que vous fait la lisière qui vous empêche de vous égarer dans des abîmes ?

Quoi qu'il en soit, la réclamation en faveur du divorce est, même à leur point de vue, prématurée.

Tant que la loi religieuse et la loi civile sont unies, TÉtat doit tenir compte de la loi religieuse, et dans les pays où la loi religieuse est catholique, où la majorité des citoyens porte ce nom, ceux qui veulent et réclament le divorce sont trop pressés.

Quils réclament d'abord la séparation de rÉghse et de FÉtat, comme en Amérique. La liberté qu'ils veulent servir, la liberté qui est surtout la faculté d'agir spontanément et sans

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contrainte matérielle, ne leur permet pas davantage. S'ils obtiennent ce qu'ils auront demandé, nous traiterons ensuite de la liberté spéciale qui leur tient au cœur, celle de rompre, à leur gré, le lien conjugal.

Bref, si l'on se place au point de vue individuel, Tindissolubilité s'impose à la conscience, et alors il faut la garder. Si l'on se place au point de vue civil : ou l'État veut connaître du lien conjugal; alors il doit le vouloir indissoluble, et il faut lui obéir : ou l'État ne s en mêle pas, et alors il faut suivre la conscience qui déclare le lien éternel. D un côté comme de l'autre, l'indissolubilité s impose à la liberté. Ceux qui la violent, même dans l'bypotbèse de l'abdication de l'État, vont à l'encontre de la nature et de ses droits. Je demande au parti républicain si c'est là ce qu'il revendique, et comment, au nom de la liberté, il peut légitimer une telle revendication.

Qu'il réponde.

L'idée démocratique du moins fournirait-elle à ceux qui la défendent une raison sérieuse

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de plaider pour le divorce? Un des plus grands défenseurs politiques de Tindissolubilité Fa cru. Ne voyant dans la démocratie que la décomposition d un peuple, M. de Bonald, — lorsqu'il voulut obtenir de la Chambre Haute la suppression du divorce, — lui fit cet arg^ument décisif, pour elle : le divorce, c est la démocratie au foyer. Vous la supprimez dans F État, en restaurant les rois. Supprimez-la dans la famille, en revenant à lindissolubilité.

Les nobles pairs n'hésitèrent pas. La loi du divorce fut abolie.

Je ne saurais partager la doctrine de Féminent publiciste. Ne voir dans la démocratie que la dissolution d'un peuple, c'est la juger dans ses pires excès : c'est descendre au niveau des exaltés qui disent : La Royauté n'est qu'une école de corruption et l'Empire un régime d'esclaves. Tous les rois, grâce à Dieu, ne sont pas des Sardanapales, tous les empereurs des autocrates et des tyrans, tous les démocrates des révolutionnaires ; et il est indigne d'un homme qui pense de ne considérer les choses que par leurs vices.

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nous sommes efforcé de les convaincre, en faisant appel surtout à la philosophie dont ils acceptaient, comme nous, les immuables principes.

Il ne suffit pas à l'apôtre d'avoir raison pour lui-même, il doit encore avoir raison devant ses adversaires. Il doit, s'il le peut, convaincre le juif, avec la Bible, le catholique, avec l'Évangile, le savant, avec la science, le philosophe, avec la logique.

Tel est l'esprit qui a inspiré ces conférences.

Aurons-nous réussi à mettre en plus vive lumière le caractère indissoluble du mariage, même au point de vue du droit naturel? Le lecteur en jugera.

Le débat est ouvert devant l'opinion publique, relativement à l'indissolubilité.

Ce que l'Évangile inspire, ce que le Dieu créateur de l'homme a voulu, est-il réclamé par la saine raison?

Voilà le problème.

Nous avons répondu oui ; nous avons donné les preuves de notre affirmation. A ceux qui

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disent non, de réfuter nos arguments et de donner les motifs rationnels de leur né(jation. Nous nous ferons un devoir et un honneur de les discuter.

Un phénomène nous surprend dans cette lutte ardente des divorcistes contre l'indissolubilité : c est le peu de prix qu'ils semblent attacher à la notion du devoir. De là l'effet qu'ils tirent coinplaisamment des situations dramatiques où se trouvent acculées quelques victimes. A les entendre, l'individu est tout, la loi rien. L'individu souffre ; donc il faut supprimer la loi ; l'individu d'abord, la loi après.

Quelle démonstration sans réplique de l'affaissement des intelligences et de la mollesse de certains caractères ! Quel oubli des intérêts supérieurs auxquels l'individu doit se sacrifier et qui jamais ne doivent être sacrifiés à l'individu !

Il y a loi et loi : certaines lois sont faites pour l'homme ; d'autres ne le sont pas ; au contraire, c'est l'homme qui est fait pour elles. Le repos du sabbat ou du dimanche : voilà un

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Or, en pénétrant Tidée démocratique, on y trouve le sentiment profond de 1 égalité des hommes et des citoyens. Plus de classes; plus de privilégies consacrés par la loi ; et comme, en dépit de tout, la nature crée elle-même, entre les humains, des inégalités, il est dans le génie de la démocratie de protéger les faihles contre les forts, et de rétablir, avec la loi, un équilibre que la nature ne donne pas.

Si entre la démocratie et le divorce pouvait exister un lien logique, c'est dans le génie égalitaire de la démocratie qu'il faudrait le chercher. Les démocrates devraient prouver que le divorce est voulu par ce génie, que la rupture du lien conjugal met sur le même pied d égalité ses trois intéressés : l'homme, la femme, lenfant. Qu'ils y réfléchissent, sans parti pris, et ils verront que rien n'est plus antiégalitaire, conséquemment plus antidémocratique. La démocratie doit protéger la femme, être faible, contre l'homme, être fort; elle doit protéger Fenfant, être impuissant, contre les parents qui peuvent tout. Le divorce fait le contraire : tout, en lui, est à l'avantage de l'homme contre la femme.

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et des époux contre les enfants. Le lien brisé, rhomme se retrouve, actif, intact : et la femme? qui lui rendra ce qu'elle a perdu?... Le lien brisé, les parents sont libres sans doute, mais les enfants... qui leur donnera de quoi se vêtir et se nourrir? qui leur préparera un nid, à ces petits êtres délicats?

Le nid de l'enfant, c'est l'aile entre-croisée du père et de la mère. Le divorce la brise : petits enfants ! comme on vous traite ! comme on vous protège !

Ainsi, et sans plus insister sur des considérations qu'il serait facile d'étendre, ni au nom de la liberté, ni au nom de l'égalité, les républicains et les démocrates ne sont fondés à demander le rétablissement du divorce.

Je crains qu'ils ne cèdent à un préjugé dont ils se défendent mal : le préjugé anticatholique. Ce serait une faiblesse indigne. Quand on combat pour une cause, il importe peu qu'elle soit sympathique ou contraire à ceux dont nous nous proclamons les ennemis, l'essentiel est qu'elle soit juste, si nous la servons; injuste,

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si nous l'attaquons. L'indissolubilité conjuj^ale est un dogme pour le catholique : cela suffit à certains pour conclure qu'il faut l'attaquer. Conclusion de sectaire. Et si l'indissolubilité est un principe de droit, pourquoi la combattez-vous? Les codes relifjieux se proposent, car l'acceptation de la Foi et de la parole de Dieu même est libre; mais le code naturel s'impose : il n'appartient à personne de violer le code naturel, et quelle que soit son attitude d'hostilité envers le catholicisme, défenseur de l'indissolubilité, le parti républicain s'est trompé en se faisant, par un de ses membres, le promoteur de cette violation.

Chose étrange : tel est l'ébranlement des intelligences et des convictions dans ce pays que, même parmi les catholiques, le divorce civil a trouvé des complices.

Tels qui combattront avec un zèle impétueux les institutions modernes, le suffrage universel et le parlementarisme, assisteront sans inquiétude à la préparation d'une loi hostile à l'indissolubihté. Tout est perdu, selon eux : la religion, la foi même, si telle forme politique ne prévaut

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pas contre telle autre; mais que la doctrine austère de F indissolubilité promulguée par le Christ soit ou ne soit pas la loi civile d'un peuple, ils en prennent doucement leur parti.

Rien ne prouve mieux Finsuffisance d'une foi qui est de sentiment plutôt que de conviction. Jugeant les choses suivant ce qui les impressionne, et non d'après la réaUté ; confondant les rêves de l'impression avec la loi positive qui commande aux événements, ces croyants tout de zèle et d'ardeur s'épuisent en vain contre ce qui est irrésistible, et ils négligent de gouverner ce qu'ils pourraient dominer ou d'empêcher ce qu ils devraient prévenir.

Ils s obstinent contre le veut, ils ignorent l'art d endiguer les fleuves. Le vent passe malgré nous, il est dans la seule main qui commande aux tempêtes, tandis que les fleuves peuvent couler au gré de l'homme. Les sages Égyptiens ne s'amusaient pas à construire des murailles pour se préserver du souffle embrasé du désert, mais ils élevaient, sur le Nil, leurs fameux barrages, et ils ménageaient leurs savantes écluses. Que leur faisait le vent du Sa-

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hara? Le Nil coulait, comme l'eau des urnes de leurs esclaves dociles ; et, [>râce à leur science, le Nil, au lieu d inonder, arrosait : c'était la fertilité toujours, jamais la dévastation.

Que les crovants le sachent bien : dans la j3^uerre qui sévit, au plus profond de l'opinion, entre le catholicisme et la société moderne, ce ne sont pas seulement les dogmes spéculatifs qu'il s'agit de sauver, ce sont les vérités morales. Le monde vit moins immédiatement sous 1 influence des dogmes que sous l'inspiration des vérités pratiques. Or, s'il est une vérité pratique importante pour le développement des individus, du peuple et de l'humanité, c'est la loi qui donne le type de l'union conjugale et du foyer.

Fort de cette conviction, étonné du silence presque général qui se faisait autour de l'indissolubilité, à la veille même du jour où, en plein parlement français, elle allait succomber, — peut-être, — ému de l'accent avec lequel, dans sa première encyclique, le pape Léon XIII rappelait du haut de la chaire où Ton parle au

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monde entier, les lois du mariage chrétien, nous avons voulu, dans notre humble mesure, rendre témoignage à une des vérités fondamentales de l'Évangile, à un des préceptes les plus sublimes du droit naturel.

De là les conférences que nous publions aujourd'hui.

Ce n'est pas sans surprise que nous avons entendu des publicistes s'écrier : Pourquoi un prêtre agite-t-il cette question controversée entre les hommes qui pensent? Le prêtre n'a qu'une chose à nous dire : l'indissolubilité conjugale est de droit divin, le Christ et l'Église la commandent. Mais, cela dit, son rôle est achevé; et comme nous savons cela depuis longtemps, le prêtre n'a pas à nous le redire, et le mieux pour lui est de se taire. Qu'il laisse aux légistes, aux publicistes, aux législateurs, aux professeurs de morale, le soin de débattre ce qu'il convient à l'État de faire, relativement au mariage.

Quelle est donc l'étrange idée qu'on se forge du prêtre, en notre pays? N'est-il qu'un donneur d'eau bénite? un baptiste pieux? un ensevelisseur de cadavres? Croit-on que son rôle

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se borne à redire les éternelles formules du Credo, comme une machine à prières, telle qu'on en voit au Thibet? Et si la formule n'est pas comprise : qui donc linterprétera? Et si elle est attaquée au nom de la science : qui donc la défendra ? Et si elle est travestie : qui donc la rectifiera ? Et si elle est en déshonneur : qui donc devra lui rendre son lustre ?

Le prêtre, qu'on le sache, n'est pas seulement le ministre du culte, il est, comme le nommait le fier apôtre des Gentils, Paul, — il est le dispensateur des arcanes de Dieu. Le prêtre est un docteur; le prêtre est un apôtre. Docteur, sa fonction est de tout savoir, s'il le peut, et d obliger toute science, s'il en a le don suprême, à rendre témoignage à sa foi. Savant, il doit être; philosophe, pourquoi ne le serait-il pas? Est-ce c[ue la théologie n'est pas lœuvre du docteur? Et cette science synthétique ne suppose-t-elle pas toutes les autres ?

Mais lorsque, franchissant le seuil du temple

où il enseigne, l'apôtre se lève et paraît au

milieu des incroyants : sa fonction s'agrandit.

Il ne lui suffit pas d'être initié à la science, il

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Lxx l.A LLl li: POLITIQUK F.T R KLIGI I. U S i:.

faut qu il ait le don Je la traduire. Puisque son but est de conquérir les âmes à la vérité dont il est le mandataire, il faut bien qu'il Finterprète non seulement en termes, mais en idées intelligibles. Son langage se fera peuple avec le peuple, lettré avec les lettrés, mystique avec les initiés. Tout à tous, il devra connaître la langue de tous; et, dans tous les cas, il ne pourra être l'apôtre que de ceux dont il aura compris l'âme, pénétré les sentiments intérieurs, partagé les généreux élans et pardonné d'un grand cœur les faiblesses.

En vérité, j'admire l'outrecuidance de ces hommes qui ont l'air de savoir où commence le rôle de l'apôtre et où il finit.

Comment! il ne sera pas permis au propagateur et à Finterprète de la vérité évangélique de soutenir devant l'autel du Dieu qui l'envoie, l'indissolubilité du lien conjugal ? Il devra laisser ce soin aux apôtres du dehors, aux avocats, aux légistes, aux députés ! Libre à eux de le faire, si bon leur semble ; mais en quoi leur action rendrait-elle la nôtre superflue? Dieu ne nous a pas envoyés pour baptiser, disait saint Paul,

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