‹ Individualisme et socialisme: Robert Owen, 1771-1858Chapitre 17 sur 104 · Autobiographie, p. i43-i · texte numérisé non relu

Autobiographie, p. i43-i

2. Owen prétend même que le duc de Kent était entièrement converti à ses idées. (Voir, p. 196 de V Autobiographie, les paroles qu'aurait prononcées le duc de Kent.)

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Le récit de la visite du D r Mac-Nab et le rapport de la députation de Leeds sont de précieux documents qui permettent de se faire une idée de l'impression faite par New-Lanark sur ceuxquile visitaient. Nous ne pouvons nous arrêter longtemps à la description des écoles de New-Lanark et du système d'éducation qui y était appliqué * ; mais il est nécessaire de résumer brièvement la méthode d'éducation suivie et les résultats obtenus.

L'institution de New-Lanark 2 comportait trois divisions; au I er mai 1816, elle avait 759 élèves de trois à vingt-cinq ans. La classe préparatoire ou enfantine comprenait les enfants de deux à six ans ; c'est vers ces tout petits que se portait surtout la sollicitude d'Owen. Son premier soin avait été le choix de maîtres capables de comprendre l'esprit dans lequel ces tout petits devaient être élevés. Or, pour Owen,ilétait vain de chercher quel-

1. Robert Dale-Owen a écrit un opuscule intéressant sur les écoles de New-Lanark : c'est peut-être le meilleur exposé systématique qui en ait été fait, et c'est l'une des rares publications owenistes qui se trouvent à la Bibliothèque nationale, R. £5, 5£6. Esquisse d'un système d'éducation dans les écoles de New-Lanark* traduction Desfontaines. Paris, Lugan, i8a5.

2. Autobiographie, p. i34, i45. On peut dire que l'instruction y était gratuite : afin qu'elles ne fussent pas considérées comme des écoles de charité, Owen faisait payer aux parents 3 pence par mois ou 3 sh. par an j les dépenses réelles s'élevaient à a £ par an et par enfant. Mais, dit Owen, la différence était largement compensée par l'amélioration du caractère de toute la population.

qu'un parmi les maîtres d'écoles imbus de ce qu'il appelait « l'ancien système d'instruction par les livres », système qui s'accompagne de menaces et de punitions. Les deux principes fondamentaux du nouveau système appliqué à New-Lanark devaient être tout opposés à ceux des errements pédagogiques habituels : l'instruction devait être donnée à l'aide de signes sensibles et de conversations familières, et l'éducation ne jamais faire appel à la crainte ni aux punitions.

C'est dans la population ouvrière qu'Owen cherche (( deux personnes ayant un grand amour et une patience illimitée pour les enfants, deux personnes entièrement maniables et prêtes à servir sans réserve ses intentions. A mon avis, dit-il, l'homme le meilleur à tous les points de vue que je pouvais trouver dans la population du village était un pauvre tisseur au cœur simple du nom de James Buchanan qui avait été dressé par sa femme à une soumission parfaite à toutes ses volontés et à qui son misérable métier de tisserand à la main n'assurait qu'une vie médiocre. Mais par nature il avait un grand amour des enfants et sa patience envers eux était inépuisable. Joignez-y le désir de s'instruire. J'avais en lui les qualités nécessaires au maître de la première école enfantine rationnelle qui ait jamais été imaginée par aucun parti dans aucun pays... Ainsi, grâce à la simplicité de son

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esprit et à la bonté de son cœur, James Bûcha nan, qui tout d'abord savait à peine écrire et épeler, devint mon premier maître d'école. Mais des enfants si jeunes demandaient aussi les soins d'une femme qui assistât le maître et possédât les mêmes qualités naturelles ». Owen trouve parmi les jeunes femmes employées à la fabrique une jeune fille de dix-sept ans connue familièrement parmi les habitants de New-Lanark sous le nom de Molly Young. Le premier principe qu'Owen enseigne à ces maîtres improvisés est de ne jamais, sous aucun prétexte, battre les enfants, de ne les jamais menacer, mais de toujours leur parler d'un air aimable et bon et d'une voix douce. Leur tâche principale devait consister à apprendre aux enfants à se rendre heureux les uns les autres, les plus âgés, ceux de quatre à six ans, devant aider leur maître dans cette tâche et prendre un soin particulier des plus jeunes. Les maîtres ne devaient pas ennuyer les enfants avec des livres, mais par des conversations familières éveiller leur curiosité et susciter leurs questions à propos des objets usuels qui les entouraient ; ces causeries instructives avaient lieu dans une pièce de 1 6 pieds de haut, ornée de reproductions d'animaux, de cartes et souvent même de produits naturels des jardins, des champs et des bois : tous ces objets étaient l'occasion d'entretiens animés entre les

enfants et les maîtres « qui eux-mêmes acquéraient de nouvelles connaissances en essayant d'instruire leurs jeunes amis 1 ». Owen avait appris à ses maîtres à considérer et traiter leurs élèves en petits amis. Il avait montré à James Buchanan la façon dont il pouvait instruire les enfants en les amusant, car selon lui toute instruction devait tendre à être pour les enfants un amusement. Ainsi, sans faire usage d'aucun livre, les enfants de New-Lanark acquéraient des connaissances utiles et concrètes qui formaient leur jugement mieux que les idées et les raisonnements abstraits 2 .

Dès l'âge de deux ans, les enfants suivaient les leçons de danse, et à quatre ans les leçons de chant; filles et garçons étaient aussi entraînés aux exercices militaires et formaient de petits pelotons conduits par des jeunes tambours et des fifres. La danse, le chant et la discipline militaire étaient, en effet, pour Owen « les conditions es-

i. Autobiographie, p. i3()-i4o. — Voir aussi Robert Dale Owen, op. cit., p. 67.

2. Owen va même jusqu'à dire : Quand on connaîtra le meilleur moyen d'instruire et de former les caractères, je ne pense pas qu'on emploie jamais les livres avant l'âge de dix ans. Et cependant les enfants, ainsi formés sans aucun livre, auront à 10 ans un caractère supérieur et posséderont une connaissance d'euxmêmes et de la société très supérieure à celle que possèdent aujourd'hui les gens instruits à leur majorité ou n'importe quel individu à n'importe quel âge...

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sentielles à la formation d'un bon et heureux caractère dans un système rationnel : ces exercices donnent au corps la santé et une grâce sans affectation, ils apprennent Fobéissance et Tordre d'une façon imperceptible et agréable, et donnent à l'esprit la paix et la joie tout en le préparant de la meilleure façon à faire des progrès dans le domaine intellectuel... Toujours traités avec bonté et confiance et en même temps sans crainte, les enfants montraient une grâce sans affectation et une politesse naturelle qui étonnaient de la part d'enfants de pauvres filateurs » . La facilité avec laquelle ces petits écoliers exécutaient toutes les danses européennes, la précision avec laquelle filles et garçons exécutaient les exercices militaires, la simplicité et la sincérité avec lesquelles ils chantaient les vieux chants populaires d'Ecosse surprenaient et émerveillaient les visiteurs étrangers * . Un jour même, une dame de haute noblesse, après avoir vu ces enfants, aurait dit à Owen, les larmes aux yeux : « M. Owen, je donnerais n'im-

i. Autobiographie, p. i4i. Faire apprendre aux enfants la danse, la musique et les exercices militaires était une abomination pour les associés d'Owen, membres de la Société des Amis. Cependant Owen raconte que, pendant leur séjour à New-Lanark, il surprit souvent J. Foster et W. Allen prenant plaisir à regarder ces scènes joyeuses toutes nouvelles pour eux et dont, en qualité de quakers, ils n'avaient jamais été témoins.

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porte quoi pour que mes enfants ressemblassent à ceux-ci * . »

Voici comment les délégués de Leeds et le D r Mac-Nab expriment leurs sentiments à la suite de leur séjour : rien ne saurait mieux faire comprendre l'impression ressentie par les visiteurs de New-Lanark : « La jolie physionomie des enfants resplendissait de l'éclat que donnent la santé et les innocents plaisirs d'une liberté franchement enfantine. Ce touchant spectacle me fit un plaisir qui me récompensa des fatigues du voyage. . . Nous visitons ensuite la cour de récréation des enfants. ,Que Dieu bénisse leurs petits visages: je les vois encore, les uns jouant au cerceau, d'autres battant du tambour, tous occupés à quelqu 'amusement enfantin ; pas une larme, pas une dispute ; une paisible innocence règne dans tout ce petit groupe. Dès qu'ils nous voient, ils nous accueillent par des salut s et des révérences : M. Owen paraît transporté au milieu de la société régénérée qu'il imagine... Son cœur s'épanouit de plaisir quand il se mêle à ces premiers germes de la future humanité... Puis nous pénétrons dans une large pièce destinée aux jeux et amusements des enfants lorsque le temps ne leur permet pas de les prendre en plein air : ici

i. Autobiographie, p. i48.

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la liberté la plus complète leur est laissée pour faire du bruit et pour s'amuser. Nous entrons dans la salle de danse et de chant : sous nos yeux, un professeur d'Edimbourg apprend à quatre filles et à quatre garçons nu-pieds les différents pas, saluts, révérences et danses; il est vraiment charmant de voir avec quelle grâce et quelle aisance ces garçons et ces filles rustiques savent faire la révérence ou marcher sur le bout du pied avec une légèreté et une agilité extraordinaires . . Nous entendons des enfants de quatre ans lire couramment le Vieux Testament, d'autres des morceaux détachés de différents historiens. D'autres sont laborieusement occupés à écrire et à compter et écrivent en bon style; et les dames qui nous accompagnent nous affirment que leur façon de coudre et de marquer est excellente t ... ... « Les enfants et la jeunesse de cette charmante colonie ont une conduite et un caractère très supérieurs à ceux de tous les enfants que j'ai jamais vus. La maxime de notre poète que la nature sans ornement est le plus bel ornement me vient à l'esprit quand je me trouve au milieu de ces enfants pleins de promesses, candidats à l'honneur et au bonheur. Je n'essaierai pas de donner une

i. Cette première partie est des délégués de Leeds, la fin très dithyrambique du D r Mac-Nab, op. cit.

description fidèle de ces beaux fruits, des sentiments sociaux répandus sur les jeunes, innocentes et séduisantes figures de ces heureux enfants et jeunes gens. La plume de Milton et le pinceau de Rubens ne pourraient rendre un tel spectacle : tout ce que je dirai, c est que les deux premiers jours que je passai à New-Lanark furent des heures de pure joie. L'effet produit sur mon esprit fut tel que, pendant les premières heures, je fus positivement incapable d'examiner avec froideur les véritables objets de ma visite... A ceux qui ne me croiraient pas, je ne puis rien dire de mieux que de leur présenter l'invitation que M. Owen adressa aux adversaires de ses idées : « Venez et voyez de vos propres yeux. »

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