‹ Individualisme et socialisme: Robert Owen, 1771-1858Chapitre 16 sur 104 · Dans le volume I. A. de LifeofR. 0., appendice R, p. a5i · texte numérisé non relu

Dans le volume I. A. de LifeofR. 0., appendice R, p. a5i

2. Le I er janvier 1816, il abaisse d'une heure la journée de travail qui était jusqu'en 1816 de 1 1 heures trois quarts. En mai

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autrefois à la fabrique des enfants de six, sept et huit ans : les parents ne peuvent les y envoyer avant l'âge de dix ans. C'est sur une question de diminution de la journée de travail qu'Owen fait voter la première loi de Législation ouvrière.

Si Ton veut illustrer d'un exemple les résultats obtenus par la politique sociale d'Owen, on peut citer le passage suivant du rapport de la députation de Leeds : « Nous questionnons l'homme qui nous accompagne jusqu'à notre demeure. Il est depuis vingt ans chez Owen ; il est marié et père de onze enfants dont les deux aînés employés à la fabrique gagnent 32 8h par mois, les deux suivants â4 8h et le cinquième 8 sh , les six autres n'ont pas dix ans (et sont par conséquent à l'école). Malgré ses lourdes charges, cet homme vit confortablement, est heureux et ne craint pas les suites même d'un accroissement de famille. Ses enfants sont bien élevés, reçoivent une instruction religieuse et ont une bonne éducation et de bonnes façons. Il vit dans une maison confortable et bien meublée qu'il nous invite à visiter. Pendant la maladie d'un de ses enfants, maladie

1816, devant le comité d'enquête sur la situation des enfants employés dans les manufactures, il expose les heureux résultats de cette diminution du temps de travail. Voir rapport, p. 20, etc., et p. 90. Les chiffres indiqués ci-dessus sont empruntés au rapport de la députation de Leeds (1819) : entre 1816 et 1819, il y aurait donc eu encore diminution d'un quart d'heure de travail.

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qui dura quatre mois, il reçut gratuitement les services d'un excellent médecin ainsi que les médicaments. L'instruction de ses enfants lui coûte seulement trois pences par mois y compris les livres, crayons, ardoises... »

En faisant appel à la confiance de ses ouvriers, mais plus encore peut-être en créant autour d'eux des institutions qui devaient les amener mécaniquement à certains actes, Owen était parvenu à faire régner à New-Lanark un ordre et une discipline quasi-mécaniques, destinés à se rapprocher de plus en plus de l'exacte régularité du machinisme de la fabrique. Son idéal était de faire de ses ouvriers, comme de tous les êtres humains, des machines à penser et à agir logiquement et rationnellement. Il n'est pas exagéré de dire que l'idéal d'Owen est l'automatisme du bien : il compare lui-même l'établissement de New-Lanark et l'institution pour la formation du caractère à un chronomètre bien construit, disant que les maisons du village faisaient partie intégrante de l'établissement et formaient avec les ateliers comme une immense machine travaillant avec la régularité d'une horlogerie 1 . Ce n'est pas sans raison que le D r Mac-Nab compare la discipline de New- Lanark à une discipline militaire et Owen à un

i. Autobiographie, p. i35, ii5.

général : « La discipline employée par M. Owen ressemble jusqu'à un certain point à celle du commandant en chef d'une armée, avec cette différence qu'au lieu d'employer ces moyens de correction antisociaux que sont les menaces et les punitions, il fait appel aux sentiments sociaux de ses ouvriers... Il a aussi peu de rapports directs avec les habitants de sa colonie qu'un général avec ses soldats. Ses agents sont les canaux à travers lesquels il réalise le perfectionnement et le bonheur de ses gens, le résultat étant un système pratique très séduisant d'ordre, de travail, de simplicité dans les mœurs, de bien-être, de contentement individuel et général 1 . »

Jusqu'en 1809, Owen est absorbé par son œuvre de régénération physique et morale de la population de New-Lanark. Cependant, il n'oublie pas ses projets d'éducation qui sont la conséquence immédiate de sa théorie des circonstances. Seulement de nombreux obstacles s'opposent à la réalisation du désir qu'il a d'établir à New- Lanark la première institution pour la formation rationnelle du caractère. Il lui faut triompher des

1. Mac-Nab, op. cit. Nous avons déjà parlé de l'esprit despotique d'Owen. Owen a pour Napoléon la grande admiration que Fourier porte à Francia, dictateur du Paraguay ; ils aiment tous deux les exercices militaires, et le système rationnel, comme le système de l'attraction passionnée, conduit à introduire dans la vie civile une discipline toute militaire.

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préjugés des parents qui ne veulent pas envoyer leurs enfants à l'école dès l'âge le plus tendre ; il a à lutter contre l'opposition que lui fait le ministre de la paroisse ; enfin et surtout, il craint ajuste titre l'hostilité de ses associés que les dépenses nécessaires à l'érection du bâtiment (£ 5 ooo) peuvent mécontenter, et c'est pourquoi il est obligé « d'aller à pas de tortue ». Il lui faut attendre jusqu'au i er janvier 1816 pour mettre à exécution des projets que les essais du [D r Bell et de Joseph Lancaster avaient fait naître dans son esprit dès son séjour à Manchester 1 .

Cependant, dès 1809, O wen » qui voudrait aussi développer la puissance de production de la fabrique, expose à ses associés les transformations qu'il désire réaliser tant au point de vue technique qu'au pointde vue de l'éducation des enfants. Effrayés de ces projets, ceux-ci viennent visiter l'établissement. Owen leur développe ses idées et provoque la réponse suivante : « Chacune de vos propositions nous paraît vraie individuellement, mais, comme, prises toutes ensembles, elles conduisent à des conclusions contraires à notre éducation, à nos habitudes et à notre façon d'agir, elles doivent, au total, être erronées, et nous ne

1. Autobiographie, p. 83,84 et suivantes; par des souscription» de £ i ooo et de £ 5oo, il avait encouragé à Manchester les premières tentatives du D r Bell et de J. Lancaster.

pouvons admettre vos principes nouveaux de gouvernement et vos projets d'extension des affaires.» Owen leur offre de lui abandonner rétablissement pour £ 8/iooo, et, sous le nom deNew-Lanark C c , recommence une nouvelle association avec MM. Dennistown, Alexandre et Colin Campbell, et John Atkinson. Espérant que ses nouveaux associés lui laisseront un peu plus de liberté, Owen commence la construction des nouvelles écoles. Mais il rencontre une nouvelle opposition de la part des deux Campbell qui lui déclarent qu'étant filateurs et hommes d'affaires à la poursuite d'un profit, ils n'ont pas à s'occuper de l'éducation des enfants. Ils font plus, ils critiquent les mesures prises par Owen pour améliorer les conditions de vie de la population ouvrière, et surtout sa politique des hauts salaires. Avec sa ténacité coutumière, notre réformateur ne se départit pas de la ligne de conduite qu'il s'était tracée. Alors ses associés lui signifient d'arrêter la construction des écoles. Ligués contre lui et décidés à le ruiner, ils refusent de lui avancer les sommes nécessaires à ses dépenses journalières, bien que sa part dans l'établissement fût de £ 70 000 ; Owen est obligé d'emprunter pour ses dépenses domestiques. La fabrique de New-Lanark est mise en vente ; les associés d'Owen répandent en Ecosse, à Londres et dans les grandes villes de

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l'Angleterre, les bruits les plus divers pour déprécier rétablissement et l'avoir au-dessous de sa valeur ; ils disent qu'Owen est un visionnaire ; ils déclarent qu'ils ont payé £ 84 ooo un établissement qui maintenant n'en vaut pas la moitié ; ils reconnaissent néanmoins qu'ils n'ont contre l'administration d'Owen d'autre grief que sa politique de hauts salaires et ses projets d'éducation 1 .

ce Fatigué de ces associés qui ne savaient qu'acheter bon marché et vendre cher », Owen en cherche d'autres assez désintéressés pour ne pas vouloir tirer de leurs ouvriers un sur-travail pour un salaire de famine et pour comprendre et seconder ses projets. Cette fois, il écrit une brochure qu'il fait circuler dans les milieux de riches et bienveillants philanthropes désireux d'améliorer le sort des pauvres et des travailleurs ; cette brochure est destinée à renseigner sur ses principes d'administration ceux qui auraient l'intention de devenir ses associés. La nouvelle association, qui va lui permettre de disputer New-Lanark à ses adversaires, comprend des membres de la Société des amis, John Walker, Joseph Foster, et William Allen, Joseph Fox, Michael Gibbs et enfin le philosophe utilitaire Jeremy Bentham*.

i. Autobiographie, p. 87, 88.

2. Opinion d'Owen sur Bentham (Autobiographie, p. 95) : « Bentham consacra une longue existence à la réforme des lois,

yGooçIe

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Grâce à laide financière de ces nouveaux associés, Owen obtient l'établissement de New-Lanark pour f i i4ooo et l'un de ses anciens partenaires reconnaît qu'il Ta acheté £ 20000 trop bon marché. Avant la vente, la population ouvrière craignait de voir le bon patron vaincu par ses associés et obligé de quitter New-Lanark. Rien ne montre mieux rattachement des ouvriers pour Owen que le récit d'un témoin de leur anxiété et de leur joie — : « Du jour où la mise en vente de la fabrique fut publiée, commença, je me le rappelle bien, pour les habitants de New-Lanark une époque d'incertitude et de craintives prévisions. Les ouvriers étaient si mécontents des associés de M. Owen qu'ils étaient résolus, si l'établissement tombait de nouveau entre leurs mains, de l'abandonner tous en corps. Mais, si au contraire M. Owen réussissait, seul ou avec de nouveaux

toutes fondées sur une erreur fondamentale, sans découvrir cette erreur; c'est pourquoi il passa une vie, remplie par un travail bien intentionné et sans relâche, à remédier aux maux des lois particulières sans jamais tenter de pénétrer jusqu'aux fondements même de toutes les lois et de reconnaître ainsi la cause de leurs erreurs et des misères qu'elles créent. Il ne connaissait le monde qu'à travers les livres et quelques esprits libéraux, hommes et femmes admis en son amitié, formaient tout son univers. » Contre-opinion de Bentham sur Owen (E. Halévy, Radicalisme philosophique , t. II) : Son esprit est un dédale de confusion ; il n'est que vapeur et fumée. — Leurs relations n'en étaient pas moins amicales. (Voir Robert Dale, op. cit., p. 176.)

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associés, à obtenir la fabrique, ils étaient décidés à rester, espérant fermement de nouveaux jours

de bien-être et de bonheur Jamais, j'ose le

dire, les habitants de New-Lanark n'oublieront l'après-midi du jour où eut lieu la vente des usines. Celles-ci tombèrent aux mains de M. Owen. Il envoya immédiatement et en toute hâte un homme à cheval prévenir de ce résultat Mrs Owen et les ouvriers. Il fut alors impossible de contenir la joie des travailleurs. Les directeurs le virent bien et ils partagèrent cette joie. Les habitants étaient unanimement résolus à témoigner leurs sentiments par des actes de réjouissance publique : des bandes de musiciens parcouraient le village ; les fenêtres étaient illuminées comme si un grand triomphe national venait d'être remporté. Le jour suivant, les ouvriers, avec des centaines de personnes venues de la ville et des environs, se portent à la rencontre d'Owen et de ses nouveaux associés. A trois milles de New-Lanark, sur le chemin de Glasgow, ayant détaché les chevaux de la voiture ! , musique en tête et au milieu des acclamations, ils portent triomphalement leur bienfaiteur à Braxfield. Ce serait dépasser les limites que je me suis imposées que de raconter en détail

i. Entre parenthèse : ce contre quoi M. Owen protesta vigoureusement, en déclarant que les hommes de la classe ouvrière depuis trop longtemps déjà étaient traités comme des bétes.

le long et impressionnant discours que M. Owen fit devant sa maison à la foule heureuse qui l'avait accueilli avec tant d'enthousiasme. Il me suffira de dire qu'après avoir fait servir des rafraîchissements pour tous et leur avoir recommandé d'avoir les uns pour les autres bonne volonté et amour fraternel, il entra dans sa maison pour partager l'accueil familial si cher au cœur de l'homme de bien 1 . »

On était alors en i8i3. Owen venait de publier Une vue nouvelle sur la société ou Essais sur la formation du caractère, sa première œuvre ; c'est un ouvrage médiocre moins important par sa valeur intrinsèque que par son succès et par la réputation quasi universelle qu'il valut à Owen 2 .

i. Un ancien maître d'école de N. L., op. cit.

2. Owen avait invité Joseph Lancaster à venir en Ecosse, et, en 1813, un grand dîner public lui ayant été offert, Lancaster avait prié Owen d'être son président ; notre auteur fut amené à prendre la parole et à exposer pour la première fois en public ses idées sur le rôle des circonstances et de l'éducation. « L'approbation spontanée (que reçut son discours) et la réception de Joseph Lancaster me conduisirent à écrire mes quatre essais. » Les deux premiers sont de la fin de 1812, les deux derniers du commencement de i8i3. Owen apporta le manuscrit à Francis Place qui le lut et le corrigea. (Voir Graham, Wallas, Life of Place, p. 63.)

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Il ne convient pas de s'arrêter longuement aux Vues nouvelles qui ne font que répéter de façon peu didactique des idées et des faits déjà connus ; il faut cependant donner le sommaire et indiquer l'esprit de ces essais qu'uA auteur a appelés le point de départ du socialisme moderne \

Dans le premier essai Owen déclare que le caractère des classes pauvres est le produit des circonstances qui les adonnent au vice et à la misère. Les puissants de ce monde sont responsables de cette situation malheureuse, car ils ont entre les mains le moyen de former des caractères socialement utiles et individuellement heureux. La réforme sociale viendra donc d'en haut. Pour leur apprendre à devenir dès leur jeune âge les agents du bonheur universel, on devrait donner à tous les enfants sans exception une éducation rationnelle qui respecterait les instincts de la nature et ferait comprendre l'harmonie existant entre le bonheur individuel et le bonheur collectif 2 . Voilà « le devoir présent » qui s'impose aux gouvernements de tous les pays. On dépense des millions pour punir les crimes et on

i. G. Wallas, op. cit., p. 63.

2. New View, p. 270. « Avec une précision mathématique, l'homme peut être entouré des circonstances qui doivent augmenter graduellement son bonheur et supprimer facilement la misère. »

ne fait rien pour les prévenir. Du reste les mesures proposées par Owen sont des mesures de paix sociale, destinées à augmenter le bien-être général au profit de toutes les classes de la société : (( La sagesse des classes privilégiées, dit Owen, sera d'apporter leur concours sincère et cordial à ceux qui ne veulent pas toucher un iota des avantages qu'elles sont censées posséder aujourd'hui, à ceux dont le premier et dernier désir est d'augmenter le bonheur particulier de ces classes aussi bien que le bonheur de la société. Il suffira de quelque réflexion de la part des privilégiés pour leur dicter cette ligne de conduite. Ainsi sans révolution, sans guerre, sans sang versé, qui plus est sans même déranger prématurément rien de ce qui existe, le monde sera préparé à accepter les seuls principes capables de servir de base à un système de bonheur et de détruire les sentiments d'irritation qui n'ont si longtemps affligé la société que parce que jusqu'à présent la société â ignoré la manière de former des caractères utiles à la communauté. » L'expérience de New- Lanark a prouvé que ce n'était point là de la pure théorie, mais que ces principes pouvaient recevoir une application pratique : c'est pourquoi Owen consacre le deuxième et le troisième de ses essais à raconter ce qu'il a fait et ce qu'il veut encore faire à New-Lanark. Dans le quatrième essai

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Owen indique les mesures législatives qui s'imposent dès à présent aux gouvernements. Les unes sont négatives : suppression des lois qui encouragent la consommation des boissons alcooliques (licences accordées aux débitants, etc.), — des lois qui sanctionnent et légalisent le jeu sous le nom de loterie d'Etat, — des poor laws, — suppression enfin de lois pénales, inutiles puisqu'il s'agit de prévenir et non de punir, et qu'un système général d'éducation rationnelle détruira dès l'enfance toute inclination au mal. Les mesures positives dont Owen préconise l'adoption immédiate sont au nombre de deux : un système national d'éducation et un système d'assistance par le travail. L'Etat n'a pas seulement pour devoir de donner à tous sans exception une éducation rationnelle, mais aussi d'employer les ouvriers en chômage à des travaux publics, construction et réfection des routes, canaux et docks, travaux de construction maritime, etc.. L'Etat doit assurer du travail aux chômeurs involontaires à un taux légèrement inférieur au salaire moyen de l'industrie privée. On trouve ainsi dans les Vues nouvelles la première indication d'un projet d'assistance par le travail qui, en 1817, amènera Owen à tracer le plan des villages d'Harmonie et de Coopération mutuelle.

En écrivant les Vues nouvelles, Owen a surtout

pour objet de gagner à ses idées « les membres les plus haut placés de l'Etat et de l'Eglise 1 ». Aussi, avant de les publier, Owen communiquet-il au gouvernement les quatre essais afin de leur faire donner l'estampille officielle. Le premier ministre est lord Liverpool et le secrétaire de l'intérieur lord Sidmouth. Après en avoir pris connaissance, le gouvernement déclare qu'il n'a aucune objection à faire aux essais ; lord Liverpool exprime à Owen sa haute approbation et lord Simouth lui demande quelles sont ses intentions : Owen lui offre deux mille exemplaires reliés et interfoliés et le prie de les adresser aux principaux gouvernements d'Europe et d'Amérique, aux plus célèbres professeurs des Universités, avec prière de les renvoyer, après lecture, en indiquant leurs objections sur les feuilles blanches. Lord Sidmouth accède à son désir, et l'envoi des Vues nouvelles aux autorités sociales se fait sous les auspices du gouvernement anglais. Avant de faire subir aux essais l'épreuve de l'opinion publique, Owen redemande au gouvernement s'il ne voit aucune objection à cette publication et lui offre de nouveau un certain nombre d'exemplaires destinés aux évêques. L'ambassadeur des Etals- Unis propose à Owen de faire parvenir son livre

i. Autobiographie, p. 108.

Edouard Dolléans. 10

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aux gouverneurs des États américains avec une recommandation personnelle. Les essais sur la formation du caractère n'ont pas seulement un succès officiel, ils se vendent aussi beaucoup dans le public et les quatre premières éditions sont rapidement enlevées.

Toujours préoccupé de devenir le conseiller des rois et des gouvernements, Owen fait relier richement par les plus habiles ouvriers quarante exemplaires des Vues nouvelles, et il persuade au gouvernement anglais de les envoyer à tous les souverains et premiers ministres d'Europe. Owen aime, à ce propos, à raconter une anecdote qui laisserait à supposer que les Vues nouvelles auraient converti Napoléon I er au système. Owen était d' autant plus sensible à l'idée flatteuse de cette conversion que, sans se l'avouer, il avait pour Napoléon la prédilection que tout inventeur de système a pour le bon despote. Il venait de quitter Londres ; Francis Place avait reçu la garde des exemplaires destinés aux monarques d'Europe, lorsqu'un officier supérieur vint faire visite au dépositaire et lui demanda un exemplaire pour le porter à Napoléon. Quelques années plus tard Owen rencontre dans un dîner Sir Niel Campbell : celui-ci lui raconte qu'à l'île d'Elbe le général Bertrand serait venu à lui, un exemplaire des Vues nouvelles à la main, pour lui demander de

la part de Napoléon s'il savait quel en était l'auteur : « J'ai su par la suite, ajoute Owen, que Bonaparte avait lu et étudié mon livre avec la plus grande attention et qu'à son retour au pouvoir, si les souverains d'Europe lui avaient permis de rester tranquillement en France, il était décidé à employer en faveur de la paix et du progrès toute l'activité qu'il avait dépensée auparavant dans des vues guerrières : ainsi s'explique la lettre qu'à son retour il adressa aux souverains et qui contient des propositions de paix et non de guerre. Mais ceux-ci ne crurent pas à la sincérité de cette déclaration. Le résultat de leur refus est aujourd'hui un fait accompli et il est inutile de spéculer à perte de vue sur ce qu'aurait fait cet homme extraordinaire s'il lui avait été permis de régner. »

A cette époque Owen est à la mode dans le monde officiel et il met quelque complaisance à rappeler ses illustres amitiés. Il nous raconte qu'il était l'ami des ambassadeurs de Prusse et d'Autriche. Le baron Jacobi, ambassadeur de Prusse, ayant communiqué les essais à son souverain, celui-ci avait adressé à Owen une lettre autographe dans laquelle il lui exprimait sa haute approbation et lui déclarait avoir recommandé au ministre de l'Intérieur d'adopter ses idées sur l'éducation nationale dans la mesure où les conditions

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politiques et locales de la Prusse le permettraient ' . Le baron Jacobi avait présenté à Owen le prince Esterhazy, ambassadeur d'Autriche à Londres, qui, au cours dune longue conversation avec l'auteur des Vues nouvelles, lui demanda quel résultat il comptait atteindre : « La formation intégrale au physique et au moral d'hommes et de femmes qui toujours penseront et agiront rationnellement. »

En 1816 l'institution pour la formation du caractère est ouverte. La réputation des écoles de New-Lanark est telle que, chaque année, de toutes les parties de l'Angleterre et de tous les pays de l'Europe, de nombreux visiteurs viennent voir « les merveilles de New-Lanark ». La moyenne annuelle est de deux mille visiteurs et Owen prétend avoir vu, un jour, 76 étrangers assister aux exercices des enfants de l'école. Au premier rang des hôtes illustres dont Robert Owen se flatte d'avoir reçu la visite, on doit citer le grand-duc Nicolas de Russie qui resta deux jours à New-La-

1. Autobiographie, p. i34. L'année suivante (1817), ajoute Owen, le vœu du souverain fut réalisé (?).

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nark 1 et qui, faisant allusion aux alarmantes théories de Malthus, fit au réformateur la proposition suivante : « Puisque votre pays est surpeuplé et que les souffrances sociales viennent de l'excès de population, voulez-vous me suivre avec deux millions d'hommes? Je mettrai à votre disposition tous ce dont vous aurez besoin pour créer de petites sociétés industrielles semblables à celle de New- Lanark. » Après le départ de ce futur empereur, New-Lanark est visité par les princes Jean et Maximilien d'Autriche, par des ambassadeurs, par toute la noblesse du royaume, par les hommes éclairés de toutes professions et de tous pays. En 1819, après une conférence d'Owen, la municipalité de Leeds, qui voit ses pauvres augmenter dans des proportions inquiétantes, envoie trois délégués à New-Lanark pour y faire une enquête. La même année le duc de Kent 2 , qui apprécie le caractère d'Owen et ses Vues nouvelles, fait visiter New-Lanark par son ami et médecin le D r Henry Gray Mac-Nab : sur le rapport enthousiaste de celui-ci, le duc était même décidé à y venir en personne avec sa femme et la petite princesse Victoria, lorsqu'il fut surpris par la mort (1819).

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