‹ Individualisme et socialisme: Robert Owen, 1771-1858Chapitre 37 sur 104 · P- 62. « En réalité, on ne retirera de ce projet tous les · texte numérisé non relu

P- 62. « En réalité, on ne retirera de ce projet tous les

convie le gouvernement à une nationalisation partielle du sol : « On choisirait dans le pays les emplacements les plus favorables à ces établissements mi-agricoles, mi-industriels. On ferait l'estimation des terrains d'une acquisition facile sur les différents points du royaume; l'Etat les achèterait ou les louerait à perpétuité..., on soulagerait ainsi les ouvriers pauvres des champs et des manufactures sans entrer en conflit violemment ou prématurément avec la société actuelle. »

Les résultats qu'Owen attend de la généralisation progressive des petites communautés agricoles doivent nous arrêter un moment, parce qu'ils marquent bien le caractère utopique de sa conception. Grâce à l'organisation nouvelle du travail, il serait possible de faire vivre dans l'aisance une population quadruple à celle d'aujourd'hui. Owen ne s'effraie pas de l'accroissement de la population, car il croit à la possibilité de multiplier les subsistances dans des proportions beaucoup plus considérables \

bénéfices qu'il peut donner, que lorsqu'il sera devenu national. L'argent nécessaire à la fondation d'établissements conformes au plan projeté pourra être obtenu par la consolidation des fonds des œuvres d'assistance publique, par la conclusion d'emprunts gagés sur la taxe des pauvres. . . »

i . De même Godwin, Essay on Avarice and Profusion, dans The Enquirer, 1797. On pourrait dire que, pour Godwin comme pour Owen, les proportions de Malthus sont renversées.

Cette question de la population est importante ; il est nécessaire d'y insister ici : les organisations socialistes stimulent le développement de la population et suppriment, sans les remplacer par un frein compensateur, les obstacles que ce dé veloppement rencontre dans la société individualiste. Malthus avait parfaitement compris qu'il y avait là une infirmité de doctrines socialistes : la première ébauche de son livre sur la population (1798)* avait été justement, comme le montre son titre, une réfutation des systèmes d'égalité (Gondorcet,Godwin, etc.) et tout l'effort de Malthus avait porté sur cette faiblesse radicale des systèmes socialistes. Aussi peut-on s'étonner de voir Malthus si aisément sacrifié et jeté par-dessus bords par les économistes de l'Ecole libérale moderne, alors que tout au contraire il nous paraît avoir mis en lumière un des vices essentiels du socialisme et avoir apporté à la critique de ces doctrines un argument d'une grande valeur.

C'est en s'inspirant de Godwin et en s'abandonnant aux espérances illimitées de son optimisme naturel qu'Owen répond à Malthus dans le 4 e essai sur la formation du caractère 2 : « Malthus a raison

1. An Essay on the Principie of Population as it affects the Future Improvenent of Society with remarks on the spéculations of Mr. Godwin, Mr. Condorcet and other Writers (anonyme).

quand il dit qu'une adaptation se fait entre la population du monde et les subsistances. Mais il ne nous dit pas combien plus un peuple intelligent et travailleur peut tirer du même sol qu'un peuple vivant dans l'ignorance et sous un mauvais gouvernement... L'homme ne connaît point de limites à son pouvoir de créer des subsistances. » Dans la nouvelle organisation, il sera possible de se procurer les choses nécessaires à l'existence en si peu de temps et si aisément que le travail semblera une récréation, un exercice destiné à préparer le corps et l'esprit a jouir de la vie de façon rationnelle : « La richesse nouvelle que les dispositions proposées permettront à un individu de produire par un travail modéré est vraiment incalculable. Cet individu acquerra une force de géant comparée, à celle que possède actuellement la classe ouvrière ou toute autre classe. On ne verra plus ces machines animées, qui ne peuvent que suivre une charrue, retourner l'herbe ou accomplir quelque détail insignifiant d'une insignifiante fabrication ou quelque objet dont il vaudrait mieux que la société se passât. Au lieu du maladif aiguiseur d'épingle, du perceur d'aiguille ou du rustre qui regarde stupidement le sol autour de lui sans pensées ni réflexions, il jaillira une classe ouvrière pleine d'activité et de savoir utile, douée d'habitudes, de connaissances, de

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mœurs et de sentiments qui placeront le dernier des travailleurs bien au-dessus du meilleur représentant de quelque classe que ce soit dans n'importe quelle société présente ou passée \ »

L'égoïsme disparaîtra avec les motifs qui en étaient la cause 5 : « Tous seront si bien convaincus qu'il est facile de créer la seule richesse estimable, dans des proportions dépassant les besoins, qu'ils perdront tout désir d'accumulation particulière. L'accumulation, de la richesse leur paraîtra aussi irrationnelle que de mettre de l'eau dans une bouteille ou d'en faire provision lorsqu'il y en a plus qu'il n'est nécessaire pour la consommation générale. » Au milieu d'une telle abondance de biens, comme la production dépassera sans cesse les besoins, chacun aura le droit de prendre au magasin de la communauté tout ce qu'il désirera, et le soin de gouverner deviendra une simple récréation 3 . C'est sans doute pour cette raison que dans le rapport au comté de Lanark Owennenous donne que peu de détails sur l'organisation intérieure de la communauté et sur les principes de sa repartition . A ce sujet il se contente de dire : « Des dispositions seront prises pour répartir cette richesse entre les membres de l'asso-

i. Report to C. of L., p. 298.

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