‹ Individualisme et socialisme: Robert Owen, 1771-1858Chapitre 38 sur 104 · Report to C. oj L. } p. 3o3 et 3oi · texte numérisé non relu

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ciation qui l'ont créée et pour échanger le surplus avec celui d'autres communautés. Des règlements rendront ces transactions très simples et très faciles... Dans chacun de ces établissements, le travail sera la mesure de la valeur et, comme la somme de travail manuel, intellectuel et scientifique augmentera toujours, si nous admettons que la population augmente, la demande ira se développant toujours et le débouché sera proportionné à toute la production, quelle qu'elle puisse être. Un billet représentatif de la valeur du travail, fabriqué d'après les principes des nouveaux billets delà Banque d'Angleterre, servira à toutes les transactions de ce commerce domestique ou échange et ne sera émis que contre sa valeur en marchandises livrées et emmagasinées 1 . »

Les lacunes que présente le rapport au comté de Lanarkne sont pas attribuables seulement au manque de précision de l'esprit d'Owen, mais au mode de création des communautés agricoles.

Dans le rapport au comté de Lanark, Owen fait appela l'initiative des établissements publics, des particuliers et des associations privées : il est donc conduit à laisser à ces initiatives de divers ordres une certaine liberté dans la réalisation. Au con-

i. Report to C. of L., p. 3o3, 3o4. Contradiction, serable-t-il, avec le principe indiqué plus haut de la répartition selon les besoins.

traire, V Universelle Révolution de 18^9 s'adresse presque exclusivement à la puissance publique : elle généralise et systématise la conception et offre aux gouvernements un plan plus précis et plus détaillé de la réforme sociale qui doit commencer par une nationalisation progressive du sol et une division territoriale.

L'Universelle Révolution 1 est l'expression achevée de l'owenisme : l'exposé dogmatique d'un communisme agraire, autoritaire et communal, précédé et préparé par l'action des gouvernements. C'est sous forme de préceptes brefs et d'articles d'un code universel de lois, la mise en axiomes delà révolution qui doit conduire à la République universelle. La réalisation de cette révolution est marquée par quatre étapes : d'abord, des mesures transitoires dont Owen laisse le soin aux gouvernements éclairés par quelques hommes d'élite ; puis la nationalisation progressive du sol et sa division territoriale en communes rurales d'équivalentes dimensions ; ensuite la formation d'un communisme partiel ; enfin la diffusion du communalisme agraire à travers le monde, les fédéra-

1. Ecrite à la suite du séjour d'Owen à Paris en i848. Le Supplément est précédé d'une note qui présente Y Universelle Révolution comme une réponse anticipée au discours de Thiers sur le socialisme, discours dans lequel ce dernier avait défié les socialistes de donner le plan de la mise en pratique de leur système.

tions de communes rurales, et la disparition des gouvernements. Reprenons, une à une, chacune de ces étapes.

Owen commence par affirmer sa foi inébranlable en la toute-puissance des gouvernements. Son Universelle Révolution est précédée d'un double appel aux républicains rouges, socialistes et communistes d'Europe, et à la reine d'Angleterre. Aux républicains rouges, il prêche la paix sociale ; à la reine d'Angleterre, il dit : « Vous avez la puissance, en adoptant les mesures commandées par le simple bon sens, de changer tout ce qui est maintenant mauvais dans la société et graduellement, pacifiquement, de le remplacer par tout ce qui est bien. On ne peut pas cacher plus longtemps au peuple que vous tenez entre vos mains le pouvoir de l'adversité comme de la prospérité 1 . » Quelles sont donc ces mesures que le simple bon sens recommande ? Ce sont d'abord des mesures de transition : « Pour que ces mesures transitoires soient prises pacifiquement et rationnellement, elles doivent émaner des gouvernements existants, quelle que puisse être leur forme actuelle. On doit conserver les gouvernements comme on conserve les vieilles routes

i. Préface, p. xvn. De même dans le Supplément, p. 3, 4, 5, 16. Il y a un triple appel à la race humaine, aux peuples et aux gouvernements d'Europe.

pendant la construction des chemins de fer qui doivent les remplacer. » Owen demande que les gouvernements forment un comité « d'hommes de pratique » , choisis parmi les plus intelligents ; ce comité commencera la transformation sociale en enrôlant tous les sans-travail dans une armée civile « destinée à être entraînée à la discipline de la nouvelle organisation l ». Cette armée civile sera dressée, disciplinée et militairement conduite, afin de préparer la réorganisation de la société sur les vrais principes. Ensuite les gouvernements procéderont à la nationalisation du sol 2 . Il est plus juste de parler ici de communalisation du sol, car la propriété des territoires rachetés sera remise aux nouvelles communes rurales. Une division territoriale assurera à chaque commune un nombre d'acres de terre équivalent eu égard à la qualité : « Chacune de ces divisions formera un village indépendant n'ayant pas plus de 3 ooo habitants : le nombre le plus avantageux pour réaliser une bonne organisation du travail, un bon gouvernement et une bonne

i. The Révolution, p. 69, 70.

2. The Révolution, p. 4i, 4a. « Les gouvernements devront graduellement acheter la terre à son prix courant pour en faire une propriété publique et en tirer tout le revenu public. La terre ainsi achetée devra être partagée de telle façon qu'il en résulte le meilleur gouvernement pour tous. »

éducation est probablement de 2 000. » De petites communes rurales, indépendantes et se suffisant à elles-mêmes î , tel est l'idéal social et économique d'Owen. Tous les villages agricoles seront unis par les liens d'une fédération qui deviendra universelle : n'est-ce pas là cependant un retour archaïque à l'autonomie de la commune rurale ?

Dans ces petites économies fermées, quels seront les principes de gouvernement et de répartition ? La première loi de la constitution universelle et du code de lois rationnel que trace Owen confie à l'autorité communale le gouvernement des choses et des êtres, des corps et des âmes : « La commune devient la mère de toutes les personnes qui sont sous sa juridiction, elle est l'agent immédiat de Dieu pour appliquer les lois de l'universelle puissance de création dans le but de mettre la société en harmonie avec la nature. » Une absolue égalité est le principe qui doit diriger tous les actes de l'autorité communale. La commune ne doit former qu'une seule et même

1. The Révolution, p. 43. « Chacun de ces villages agricoles sera destiné à assurer par lui-même sa propre subsistance, sa propre organisation du travail, son propre gouvernement et sa propre éducation. Ce ne sera pas seulement le mode le plus économique pour conduire la société, mais aussi le moyen le plus parfait pour réaliser un bien-être et un bonheur permanent par tous les membres du village. »

famille f ; à aucun point de vue il ne doit exister dans la commune rurale d'autre différence que celle de 1 âge. L'autorité publique répartira entre ses membres les produits avec égalité, c'est-àdire selon les besoins, et le travail d'après l'intérêt général, c'est-à-dire selon les talents : « Elle donnera, dit Owen, au travail et aux talents de chaque individu la meilleure direction connue. » La répartition sera donc autoritaire et égalitaire. Les affaires intérieures de ces petites sociétés «ont dirigées par un conseil général, composé de tous les membres de la communauté entre 3o et I\o ans, et les affaires extérieures par un conseil général comprenant les membres de l\o à 60 ans 2 . La direction de chaque département est confiée à un comité composé de membres du conseil choisis d'après un certain ordre. Les fonctions du conseil général de l'intérieur sont des plus larges : contrôle et gouvernement des circonstances, organisation de la production, delà distribution et de l'éducation. Le conseil général de l'extérieur reçoit les visiteurs et les délégués des autres

1. The Révolution, p. 56, 61, 72 (Raisons qui justifient les lois). « La Mère, sachant que l'union donne la force et la sagesse, unit les enfants' en un seul intérêt, d'après un juste et absolu principe d'égalité, sachant que, sans une honnête et parfaite égalité, il ne peut y avoir une union permanente et complète des cœurs. »

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