SUR CETTE SECONDE EDITION
AjA réimpression d'un ouvrage philosophique , publié depuis peu de mois , est flatteuse^>our son auteur , surtout quand le succès qui la motive s'est décidé à une époque où les grands intérêts de la patrie sembloient devoir absorber tout entière l'attention de cette partie du public la plus capable d'apprécier le travail d'une composition grave. Il ne falloit rien moins que le suffrage de presque tous les journaux de la capitale, pour détourner, à notre profit, quelques-unes des méditations des têtes pensantes. En cela même , ils nous ont fait la faveur de s'entendre , faveur dont nous sentons d'autant plus le prix, qu'aujourd'hui les gens de lettres les plus distingués de France coopèrent à la rédaction des feuilles publiques.
Un pareil accueil a été loin de nous inspirer une présomptueuse sécurité. Nous avons cru qu'une continuité de travail, qu'une surveillance sévère de nos pensées, comme des expressions qui nous ont servi à les rendre, qu'enfin une liaison plus intime de toutes les parties de notre ouvrage, et par conséquent une évidence plus sentie du but que nous nous sommes proposés, dévoient (si toutefois il n'y a pas , en ceci , trop d'audace ) enlever au succès obtenu quelques-uns des motifs puisés dans une première indulgence, et nous pracurer ainsi le plus utile, comme le plus noble moyen de nous acquitter envers nos lecteurs.
ij AVTS.
Cette seconde édition des Inductions morales et physiologiques, jiaroitra encore sous un titre qui se ressent de notre timidité, mais que le public nous a rendu bien cher en le couvrant de sa protection. En retour, nous avons veillé à ce qu'elle ofcrît un surcroît de rigueur dans le raisonnement, d'ordre dans, les idées, de propriété dans le* tonnes, et d'intérêt dans ce qui tient aux affections du cœur, colle partie poétique et vrillante de la carrière bilan. ii ne. Nous avons fortifié les preuves données en gage à la vie présente. A quelques égards, nous aurons peut-être réussi, sous des rapports de physiologie, à convertir le simple espoir de ravonir en certitude philosophique. Un tel succès seroil, sans contredit, le prix le plus flatteur de notre travail. Ce seroit beaucoup que d'avoir ajouté à notre moralité un ressort et le plus énergique de tous, puisqu'il seroit. pris dans notre nature; ce seroit même quelque chose que de sevrer, par une application heureuse des connoissances du siècle, les détracteurs des lumières de leur prétexte le plus habituel de reproches et de mécontentement.
Une si belle tâche, par suite même de l'encouragement que nous avons reçu, nous imposoit de nouveaux efforts: et pourtaut le lecteur n'aura garde d'en reconnoître la trace, la marche de nos idées n'ayant été nullement intervertie. Nos soins disséminés sur toutes les parties de notre ouvrage en feront encore mieux ressortir la concordance. Nous avions une grande pensée devant nous et nous ne l'avons jamais perdue de vue. Aussi avons-nous peu changé , mais beaucoup éclairci. Les Inductions resteront désormais telles que nous allons les publier.
Le désir de déférer aux avis d'hommes de lettres esti-
AVIS. iij
maWes (1), nous eût d'autant plus naturellement portés à modifier notre définition de l'âme humaine, que leur jugement sur l'ensemble du livre a offert d'assez brillantes indemnités à notre amour-propre. Mais nous nous sommes relus avec attention ; nous avons oublié quelle main avoit tenu la plume , pour nous consacrer à la seule recherche de la vérité , ou au moins de la plus grande probabilité* qu'il nous fût possible de saisir au milieu des voiles dont s'enveloppe à nos yeux notre propre existence; et sortant de cet entretien secret avec le sentiment des opinions précédemment émises, nous eussions cru manquer, soit au public, soit à nous-mêmes , si nous nous fussions permis d'altérer ce que , dans l'état présent de notre raison , nous ne jugeons pas susceptible de réforme. Nous prions qu'en ceci on ne nous taxe pas de présomption. En aucun cas, notre opiniâtreté ne seroit blâmable , puisqu'elle ne procéderait que d'erreur ou d'ignorance. Nous le disons hardiment, mais sans orgueil , car notre déclaration doit être gravée dans le cœur de tout homme de lettres pénétré de la dignité de son état « Nous n'avons pas tracé une ligne qui ne soit Pex- « pression franche de notre pensée personnelle. »
Toutefois , présumant que c'est uniquement à notre négligence que nous devons nous en prendre si , dans la précédente édition , nos aperçus sur l'âme n'ont pas brillé de toute la lucidité exigée dans ces sortes de matières, nous avons ajouté au livre IV, dit de Vêtre spirituel, un chapitre écrit dans la double intention de répondre à quelques objections et de calmer toute inquiétude religieuse ou philosophique. Peut-être y aurons-nous indiqué en quoi consiste
(i) MM. les rédacteurs des Annales , c'a Moniteur , du Journal de Commerce.