‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 20 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La matière primitive est hors Je nos recherches.

J\|ous étant déjà refusés à accorder une existence positive à la matière , il y auroit de l'inconséquence à reconnoître Y être matériel proprement dit. Cependant la matière nous entoure ; elle nous presse de toutes parts ; elle entre dans notre texture ; elle y joue un rôle notable, et nous soutenons avec elle des rapports tant intérieurs qu'extérieurs, prochains qu'éloignés. Le grand architecte a été forcé d'y recourir lui-même, quand il lui a plus de fixer ses idées ; il ne l'a pas en vain demandée à l'abîme qui la receloit, et il s'en est saisi, ainsi que le géomètre s'empare de la toile sur laquelle il va figurer ses lignes et ses chiffres. Il ne s'agit donc pas tant de l'envisager sous une forme fixe et déterminée (ce qui nous semble impossible) , que de l'examiner en l'état.

En effet, dès que la création entière est empreinte de I'Esprit divin , ou régie par les lois qu'il lui a dictées, il ne reste plus à l'observateur qu'à suivre la tr;ice de ces lois avec le respect et l'admiration dont un être pensant ne peut se défendre. Le plus

simple schiste a été soumis à la parole souveraine; il en ressent encore l'influence, travaillé qu'il est continuellement par un mouvement de composition ou de décomposition. La matière primitive ne sauroit clone être soumise à nos recherches ; le néant l'a seul connue.

Nous ne poursuivrons pas davantage le principe de ses affinités ou de ses répulsions , qui se perd sans doute dans les mêmes lois : ne la trouvant que pourvue de la tendance imprimée par la main créatrice , si nous la jugions telle qu'elle s'offre à nos regards , nous lui accorderions beaucoup trop.

Qui sait même si , dans la disposition présente des élémens , il existe , quant à nous , autre chose qu'un ordre relatif? De secrètes notions me disent qu'il seroit possible au Créateur de nous rétablir, dans ce même monde , dont nous sommes les hôtes, avec d'autres sens qui nous le feroient saisir sous un autre aspect; raisonner sur la matière ne seroit dès-lors que disserter sur nos organes et les aperçus qu'ils nous fournissent.

Ainsi nous déciderons-nous , autant que le permettront nos moyens , à la suivre dans ses effets généraux quant à l'ensemble, tel qu'il nous apparoît , et particuliers quant à nous.

Après avoir donné un coup d'œil conjectural au riche tableau de la création qu'embrassent nos regards , nous occupant plus spécialement du globe où notre destinée dessine son premier trait , nous soumettrons à notre examen cette partie delà matière dans laquelle un mouvement spontané ne se manifeste pas.

Cette marche semble la plus naturelle , si on veut prendre terre quelque part ; car il seroit

difficile de déterminer le point précis où l'Esprit donne un caractère distinct au mouvement organique : et pourtant serons-nous obligés d'empiéler sur le domaine de la Via, en nous occupant des végétaux qui sont évidemment soumis à ses lois.

Page 1