CHAPITRE X
Accord avec les Livres sainis au sujot ries Etres connus sous le nom de purs esprits.
IN otre sujet nous a conduit naturellement à parler de la supposition des purs esprits : si nous n'étions profondément pénétrés de respect pour la Majesté suprême qu'elle offense , nous nous bornerions peut-être à ce que nous en avons déjà dit dans ce livre, et il nous sufïiroit d'inviter à relire , avec quelque attention , le chapitre III. Mais ne voulant laisser à cet égard aucun scrupule chez les lecteurs les moins familiarisés avec les principes de vraie psv cologie , nous allons raisonner sur cette matière, sans nous écarter du texte et du sens littéral de l'Ecriture.
Personne ne contestera que l'ange de ténèbres, au moins avant sa chute, n'eût une substance en rapport avec celle des esprits restés fidèles à leur Créateur. Ainsi ce que nous dirons de celui-ci sera applicable à tous.
Dans plus d'un passage , la Bible rapporte que satan , enflé d'orgueil, conçut des idées d'indépendance , succomba , et fut dégradé. Cet événement fait partie des traditions orales ou écrites de tous les peuples. Nous n'aurons garde de le révoquer en doute.
L'orgueil est une passion , à moins qu'il ne soit, comme dans l'Eternel , le sentiment d'une force qui se doit sa propre existence. Hors ce cas, il rend un sujet passif , puisque le second des êtres auroit
encore à confesser son infériorité. Aous dira-t-on comment un être peut devenir passii Sans l'intervention des sens? qui agiroitsur loi ^ Voilà déjà que l'être mixte se montre. Cet orgueil ne fui qu'une présomption : doncsatan ignoroi. sa propre na.ure et les limites de ses facultés. 11 sueeonil u . donc ses moyens furent foibles. Ceux-ci faisoient sûrement partie de sa texture ; car Lieu , i:e l'ayant pas admis au partage de son essence , ne lui avoit pas communiqué le pouvoir de régir la masse élémentaire par un simple acte de volonté. Ii fut dégradé : il falloit pour cela qu'il pût perdre ou acquérir. Maintenant nous demandons ce que seroit une substance spirituelle qui, sans adjonction, ou reiranchemens d'organes , verroit étendre ou resserrer-son être, et par conséquent ses rapports? Il fut puni : donc il étoit libre, puisque la justice, en suivant immédiatement la création , est devenue , pour ce qu'elle comprend , le second attribut de son auteur ; mais la liberté suppose d'abord un équilibre qui permette de comparer, ensuite une mollesse d'opposition ou une force de résistance. A quoi résiste l'âme ? à quoi cède-t-elle? aux idées nourries de son propre fonds : alors il n'y a plus rien à comparer , et la liberté s'éclipse. A des impressions senties et perçues : dans ce cas , il faut des canaux de transmission , et l'être mixte sera seul susceptible de liberté.
D'où il résulte que satan eut des organes , puisqu'il fut libre; qu'il fut libre , puisqu'il fut puni; qu'il fut puni, parce qu'il succomba, ainsi que la chose devoit avoir lieu ; qu'il succomba , parce qu'il s'abusa sur ses moyens : or , toute erreur vient des sens , comme le prouve si bien Mallebranche ; donc la chute de cet ange de ténèbres démontre une nature mixte.
Celle cliule fut grande et mémorable. Le Toutpuissant ne l'a pas laissé ignorer a ses autres créatures intelligentes ; il a voulu même que le souvenir en survécût aux révolutions de notre planète, qui ne pouvoil que par lui-même en acquérir la connoissance. Un tel événement éloit en effet marqué au coin de 1'jm.prQbabilité , tant par le haut «Jegré d'élévation auquel étoit parvenu le coupable , que par l'accroissement de tendance vers le bien qui devoit résulter de toutes les faveurs dont il s'éloit vu l'objet.
Il est à croire que ces faveurs eurent des gradations qui toutes furent des perfections d'organes, au moyen desquelles la faculté pensante obtint un développement merveilleux. Nous aurons occasion de prouver que, par suite de ces grâces , la possibilité de se laisser entraîner dans une pente vicieuse , dut devenir presque nulle ; et ce sera l'une des plus belles conséquences que nous puissions faire jaillir des progrès futurs de notre organisation.
A ces raisons sans réplique , ajouterons-nous l'avantage que notre sentiment a droit de retirer des alliances contractées par les anges déchus avec les filles des hommes? Quoiqu'une nature organique et dégradée put seule chercher à s'unir avec une nature inférieure, nous ne nous arrêterons pas sur cette circonstance légèrement indiquée par les livres saints. Mais nous ne saurions laisser en oubli les déclarations précises par lesquelles l'Ecriture nous apprendroit , s'il le falloit , presqu'à chaque page, que nul n'est pur devant le Seigneur; que les chérubins se voilent de leurs ailes en sa présence , et qu'ils ne sont , à l'égard de notre planète , que de simples ministres d'une autorité dont les ordres ne rencontreront jamais d'obstacle. Que
MORALES ET PHYSIOLOGIQUES. iG5
l'on pèse toutes ces paroles ! Quel besoin auroit de ministres celui qui, par un acte de sa volonté, pourroit ébranler la terre et les cie.ux , s'il n'avoit l'intention de mettre certains êlres intermédiaires en communication directe et même naturelle avec diverses parties de son œuvre ? Il n'a créé des emplois que pour utiliser des sujets , que pour les associer à la portion communicablc de son bonheur. En disposant telle cause occasionnelle de plus dans l'homme ou dans les choses , il n'est pas d'instant où il n'arrivât à ses fîns ; mais il a voulu qu'on approchât , avec des organes, celui qui ne voit, n'entend , ne sent et ne palpe qu'avec des organes. Des liens imperceptible unissent probablement à notre espèce des créatures inconnues auxquelles il n'est donné que dans c\es circonstances indiquées de se rendre visibles. Ecoutons comment les livres saints s'expliquent à cet égard : partout nous y voyons les anges revêtir des apparences humaines. C'est sous cette lorme qu'ils conversent avec les patriarches , et qu'ils se montrent à Agar dans le désert , à Josué , baiaam Gédéon , Jephté , et plusieurs autres favorisés de leur présence. On objectera que la mission de ces envoyés célestes ayant pour but de s'entretenir avec des hommes , il falloit bien qu'ils en adootassent les habitudes et le langage. Ceci n'infirmera en rien notre sentiment , car nous ne prétendons pas que la forme qui nous est affectée soit inhérente à ces substances d'une nature particulière. Quand elles exécutent les ordres du Très-haut dans un autre monde , il est probable qu'elles s'y produisent avef des apparences en rapport avec l'organisation de ses habitans. Notre opinion se borne a les envisager comme des êtres mixtes , dont les élémens-principes se prêtent aux transformations
iG4 INDUCTIONS
qui sont dans les vues divines, et n'échapperoient pas sans doute à des organes plus délicatement tissus que les nôtres.
Entre tous les faits cités par l'Ecriture , voici peut-être celui qui sera le plus propre à éclairer cette matière : Raphaël accompagne le jeune Tobie vers la ville de Rages , en Médie ; il rentre avec lui sous le toit paternel , après l'avoir préservé de divers périls , et lui avoir procuré un établissement avantageux. Quand le moment est venu de découvrir par quels ordres il agit, ce guide étliéré dit bien qu'il est un des sept anges qui se tiennent devant la face du Seigneur , et qu'il paroissoit seulement prendre part au repas , dans le voyage dont le succès lui est dû ; mais il ne se donne pas pour un esprit pur et dégagé de tous les besoins attachés à la vie; il se contente de prononcer ces mots : « je me nourris d'une viande invisible , « et j'use d'un breuvage qui ne sauroit être aperçu « par l'œil de l'homme. »
Si , dans leurs rapports avec nous , les anges affectent des formes humaines , il est remarquable que le pur Esprit n'a pas recours à de tels moyens. Il circule en lampe enflammée entre les victimes , au milieu desquelles repose Abraham ; c'est sous l'apparence d'un feu ardent qu'il s'offre à Moïse ; c'est du buisson incombustible qu'il lui donne de son essence la plus belle définition qui existe , et c'est du sein de la nue que sortent les paroles par lesquelles I'Esprit déclare le fils bienaimé , l'objet de toutes ses complaisances. Plus tard il se repose en flamme céleste sur les apôtres réunis dans le cénacle. Il semble vouloir nous apprendre par ces emblèmes, que seul il est pur, que seul il possède l'intuition , et l'omni-présence
dégagée de formes et d'élémens sensibles. Ne semble-t-il pas aussi nous dire , que le feu élémentaire est la première des forces agissantes de la nature , puisque entre toutes , elle est la seule dont il daigne se servir pour voiler sa Majesté sou-
veraine
iC,c> INDUCTIONS