CHAPITRE IX
Suite ; l'esprit ne pouvait être modifié que par îa matière.
J-je principe de la faculté intelligente est probablement le même clans tous les degrés de l'échelle qu'elle parcourt, et ne diffère que proportionnellement à la perfection des organes qui la mettent en rapport avec les objets externes. Il est remarquable qu'en travaillant avec plus de soin le mécanisme , et qu'en multipliant même les moyens de communication , le Créateur donne plus d'éclat à celte faculté. I.'égoïsme le plus profond sera toujours dans la nature le partage de l'organisation la plus impie. ,l i la plante pou voit sentir , elle seroit le chef-d'œuvre de la concentration des idées. Il ne tient assurément qu'au rocher qui le vit naître , le ganglion musculaire et nerveux de la moule dont la double écaille, par le seul acte de la volonté qui lui soit propre, s'ouvre ou se referme sur ses charnières. Quels sont les rapports dans la production connue sous le nom de champignon de mer? A peine la vie y est-elle sensible. Le mouvement n'y est que très-foiblement indiqué. Un seul organe, et le plus simple de tous, puisqu'il se prêie aux seules fonctions absorbantes , fait subsister l'être. Certes nous ne chercherons là ni des pensées ni des intentions morales, i imagination , qui trop souvent n est que le microscope de l'entendement , ne pourroit y supposer rien de pareil; mais d'échelon en é( helon nous parviendrons à l'homme, et nous verro > la faculté spirituelle , qui ne jetoit d'abord qu'un jour paie et indécis , éclaircir ses rayons par
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degrés, et finir par briller d'un éclat immortel, car le flambeau de l'intelligence morale une fois allumé, ne sauroit s'éteindre absolument.
Pc celle-ci , aux notions que peut admettre le cerveau de l'animai le mieux soigné dans son mécanisme, la distance est énorme , mais réside dans un point unique, comme nous aurons occasion de le voir. Tout marche par gradations dans le monde matériel : est-ce une raison pour que les choses se passent ainsi dans l'ordre intellectuel ? entre l'acte sensi'il par lequel une créature est sollicitée de pourvoir à un besoin , ou de satisfaire un appétit qui lient à sa texture, et l'acte par lequel les lois de la justice sont méconnues , j'aperçois une ligne de séparation très-arrêtée et très-distincte. D'un coté se montre une force qui tend à tout prix au bien-être de l'individu isolé , quand la nature a d'ailleurs des moyens de conservation pour l'espèce ; de l'autre éclate une volonté contraire aux droits communs , droiîs dont le sentiment a été donné pour contre-poids d'une personnalité qui, à raison . de l'excellence même des organes, seroitassez forte pour consommer la ruine de la classe entière.
Il sera toujours vrai que la sagesse créatrice , en appliquant la faculté spirituelle à diverses modifications organiques plus ou moins étendues , permet à son développement de suivre les mêmes proportions , et varie ainsi les rapports comme les devoirs des créatures. Quelque belles que soient les conceptions de l'esprit humain , les motifs en ont été fournis par les sens , et leur dernière analyse nous forcera toujours de remonter à cette origine incontestable, puisque l'impression fournit les premiers matériaux de la pensée. En vain nous nous agiterons dans nos recherches , en vain le génie se débattra - t - il dans les tourmeus d'une-
inquiète curiosité ; en dernier résultat, son organisation deviendra la mesure de ses acquis. La bonté qui a ordonné la structure de l'oiseau , <juirami.se en rapport avec l'air , le climat , les insectes , les feuillages et les graines destinées à lui servir de véhicule 3 de patrie. , de nourriture et d'abri , n'a pas permis aux pensées de ce volatile d'aller plus loin. Elle a reculé bien au delà, avec notre admirable mécanisme, les limites de notre esprit; mais elle a voulu que celui-ci ne put concevoir que ce qui a été antérieurement sensible à l'autre. rl elle est la borne contre Laquelle viendront se briser éternellement les prétentions exagérées de la philosophie ; c'est aussi là le rocher contre lequel échoueroient les vœux de l'intelligence angélique, dont l'investigation ne seroit pas réglée par sa texture. Dieu, dit Fapôlre lierre, dans tépître aux Galates (i) , s'est réservé des secrets dont les chérubins vouclroient voir le Tond. Sans doute celui-ci est de ce nombre. La formation des êtres mixtes est un clés grands ouvrages de la Toutepuissance. Si déjà le principe de ses autres productions n'éeJiappoit à nos recherches , on seroit tenté de croire qu'après avoir résolu en elle-même de combiner l'esprit et les corps, pour j vaquer, elle s'est retirée dans les plus profondes obscurités du sanctuaire. Seule pariaitemeut immatérielle clans l'univers , elle agit sur la matière , el!e la pétrit , elle la modifie , et en fait , suivant les paroles de 'limée de Loeres , un tabernacle c'.e sensations , de pensées et d'intelligence. Ce miracle n'aura jamais son entière explication , même pour la substance la plus élevée dans l'échelle , parce qu'elle ne
(i) Ch. I. , v. 12.
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pourra procéder à cet examen que par les organes qui en sont le nœud , et qui en constituent le
mystère. .
JN'est-ce pas déjà beaucoup que nous sachions qu'il y a des choses que nous ne pouvons savoir ? Tsi l'oiseau , ni le quadrupède ne parviennent à cette connoissance. Vous vous plaignez ; attendez que le point de vue change , et alors vos clcsirs d'aujourd'hui seront pent-être satisfaits , tout en cédant la place à de nouveaux désirs devant lesquels s'élèveront de nouveaux voiles et de nouveaux mystères. Songez-y bien : n'entre- 1- il pas dans nos*' véritables intérêts que l'Eternel soit en fonds pour nourrir ainsi votre active curiosité . L'homme est un phénomène pour l'homme. En est-il un pour l'ange ? Nous l'ignorons ; mais certainement l'ange en sera toujours un pour luimême. Dieu seul se comprend , parce que tout est dans lui , parce que l'unité lui est essentielle , et que les autres êtres ne sont que des mixtes qui trouveront toujours, dans l'une de leurs deux natures, des limites infranchissables à l'autre.
Il est bien probable que ces limites n'ont pas été mises dans la faculté pensante telle qu'elle est présentement organisée. Annexée aux organes humains, elle semble dès aujourd'hui tellement susceptible d'extension , que s'il plaisoit au Créateur de la détacher tout à coup de ces organes pour leur en substituer de plus parfaits, nous croNons qu'elle verroit avec ravissement, mais sans trop de surprise , s'agrandir devant elle la carrière de ses recherches. Avec une grande capacité de vœux , de désirs, de conjectures et d'espoir , et se sentant un esprit fait pour connoître et aimer la vérité, quel est le savant qui n'a pas été exposé a gémir sur l'imperfection même des instrument a\ ce
lesquels l'art est venu au secours de ses organes? qui n'a été obligé de confesser plus d'une fois l'insuffisance de ses moyens pour en atteindre le but?
Que l'homme puisse à volonté transformer ses veux en télescopes et en microscopes du champ le plus vaste , ses oreilles en cornets acoustiques de la plus forte répercution ; que pour se prêter à ses études, son tact devienne plus fin que celui du limaçon; uses sens ajoutez des sens plus déliés; son intelligence les accueillera tous, écoutera tous les rapports, entendra toutes les langues, pourvu que les élémens de celles-ci trouvent des feuillets analogues dans sa substance cérébrale. Elle apprendra peut-être de l'un, où l'attraction prend sa source; de l'autre, quel est le principe de l'irritabilité musculaire. La révélation d'aucun des grands secrets qu'elle appète , ne tombera sur une terre stérile , parce qu'en sa qualité d'être mixte, l'homme, organisé par avance sur le plus riche modèle qui soit dans la nature, se trouve tout préparé à un accroissement de rapports et de lumières.
Delà simple amélioration du système organique mis en relation avec le sentiment peut donc résulter celle de la faculté spirituelle. Qui ne voit à la fois de la grandeur et de la simplicité dans ce moyen que l'Eternel s'est ménagé d'élever les espèces ? Ainsi l'immense création morale, marchant sur la même ligne, s'avance dans la route d'une perfectibilité indéfinie , dont les degrés sont parallèles à autant de degrés de l'incommensurable éternité , et dont le terme , qui est Dieu , ne sera jamais atteint , malgré les conquêtes qu'il permettra sans cesse à ses créatures de faire sur lui-même.
La vie étoit sans doute le seul moyen que Drru eût d'obtenir ces résultats. Elle seule établit des rapports entre les êtres. Les plantes ne la possédant
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qu'avec des caractères très-peu prononcés , comme nous le disions , il n'y a qu'un moment, les rapports sont presque nuls entre elles. Chez les animaux les mieux traités , la pensée n'est guère que la représentation passive et directe des actes du mécanisme intérieur. Aussi les sens qui y jouent le plus grand rôle , ne les mènent jamais jusqu'aux relations morales. Il sembleroil que, dans leurs espèces, la vie fût à Ja fois la cause et le seul effet voulu , tandis que chez l'homme elle n'est qu'un moyen de personnalité, ou simplement un cadre du tableau. Le corps nous a été évidemment donné pour favoriser un beau développement intellectuel ; l'animal au contraire n'a été admis au partage de l'intelligence que pour la conservation de l'être sentant et organique : aussi ne l'a-t-on laissé puiser à cette source céleste que dans la juste mesure de sa destination. Voyez encore combien sont grossiers les liens qui unissent entre elles les créatures d'un ordre secondaire ; un besoin , derrière lequel rien ne se cache y obtient toujours la priorité. Un contact physique en est en même temps la condition essentielle et la fin. De là, quelle distance aux communications humaines î Sur une feuille légère je saisis la pensée de mon semblable , et je converse avec son âme. Je ne le vis jamais, je ne l'entendis jamais, et je l'aime ou je le hais. Ln simple monument de pierres ou de gazon nie raconte l'histoire des siècles écoulés, et je m'intéresse à cette histoire dans laquelle je ne suis rien. La vie extérieure de l'homme à plusieurs égards, n'est que symbolique. Un habitant de Saturne, sur la simple inspection des actes des animaux , entrera dans le secret de leur position. La nôtre lui échappera , s'il n'acquiert avec le temps la science de nos signes.
Combien encore ces derniers ne sont-uVpas difli-
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ciles à saisir ! La grande , l'intéressante moitié de noire existence consiste peu en actes positifs. L'opinion , l'estime , les valeurs arbitraires , les jouissances de l'amour propre , ses blessures , l'incertitude des projets et les ajournemens continuels de félicité , lui donnent quelque chose de flottant et semblent la promener dans les nuages. Née sur celle terre , elle s'y acquitte bien des fonctions / indispensables à la conservation de l'individu et de l'espèce , mais la véritable vie se passe ailleurs. Les systèmes vasculaire , musculaire et osseux ne sont , à bien dire , chez nous , que des supports du système nerveux conduit par la nature à son état de perfection Ja plus apparente qui existe i< ibas. La main du Créateur ne retranchera- t-elle jamais rien de cet échafaudage? Qui l'empèchercit de réduire quelque jour la vie de l'homme à l'activité du seul système nerveux, pour lequel notre machine a été évidemment construite, elqui, luimême , n'est que la vie sensible de notre intelligence ? Qui Fempècheroit de rendre celui-ci plus dégagé et plus subtil ? Qui s'opposeroit à Faction et réaction réciproque de ce fluide sur la faculté spirituelle , présente aux sensations dont il seroit le recteur , et de l'âme sur cette substance éthérée visible à ses pairs? IN'est-ce pas ainsi que pourroit se réaliser la brillante promesse de l'Ecriture , à l'égard du corps des justes? Jl y a loin de la vie nerveuse du reptile à celle de Newton , et de la vie de Newton à celle de Fange ; aussi les pensées qui sortent de ces trois modes d'existence diffèrent bien entre elles. Que l'on ne nous dise pas que les anges ne vivent point; car nous ne saurions concevoir alors qu'il y eût des anges; nous nous formerions encore moins une idée de leur chute : dans un pur esprit émané de l'essence divine ( si tant est
que celle-ci pût lui donner l'être ) , il seroit impossible qu'il se trouvât une tendance vicieuse ; il n'auroit d'autre propension que celle qu'il tiendroit de sa source même. Dès-lors il faudroit , pour que le mal se fît , que Dieu consentît à en être le fauteur et le principe. Où seroit en effet la volonté déterminante d'une intelligence privée de toutes sensations? Quel poids feroit incliner cïiez elle un des plateaux de la balance morale? Où trouver le germe et le véhicule des désirs, et quel intérêt en motiveroit l'essor? Toutes les données que fournit une saine iooique , se réunissent ici pour nous eno-ao-er a croire que les anges , les archanges et les autres êtres d'un ordre supérieur, ne sont que des hommes diversement constitués dans leurs élémens sensibles. Partis d'aussi loin que nous , peut-être sont-ils à la dixième période deleur existence. Ils appartiennent tous , comme nous , à la grande famille des êtres moraux qui peuplent les sphères. Notre enveloppe est sans doute la moins délicate ; mais l'Eternel nous a tous conçus dans la même pensée , et nous sommes tous faits pour nous entendre, dès qu'il plaira à sa sagesse de mettre en rapport les organes qui entrent dans nos tissus respectifs.
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