CHAPITRE PREMIER
Coup d'œil sur I'Etre mixte ou anime.
Après l'union de l'esprit et de la matière, il n'y a peut-être rien de plus remarquable que la faculté dont nous jouissons, d'en soumettre au moins les effets à nos recherches. L'homme étudiant l'homme, la vie appliquée à l'examen de la vie , et la pensée qui , en se repliant sur elle-même , s'interroge et s'efforce (fût-ce en vain), de découvrir d'où elle procède , présentent un des spectacles les plus étonnans qui soient sous le ciel.
Cette étude est bien digne de nous, et sufïîroit pour sign.der notre excellence, puisque, suivant toutes les probabilités y il n'existe ici-bas aucun autre être susceptible d'assujettir son entendement à quelque chose de pareil.
Une belle preuve de notre nature mixte nous est encore offerte par la facilité même qui nous a été donnée d'en faire le sujet de nos méditations. Nous ne passerons pas outre sans lui consacrer quelques lignes :
Supposer que la matière pût sonder et analyser la matière , seroit le comble du délire ;
Aelmeitre la. 'concentration d'un êt'-e spirituel ou a réflexion sur lui-même et sur des actes qui, une bis échappés de son sein , ne s'y rattacheroienl par ucun fil , seroit une vaine tentative , puisque , omme nous nous flattons de l'avoir démontré, ces lerniers seroient, pour lui , insaisissables;
Mais diriger le sentiment intérieur , le faire retasser sur des aperçus résultans du jeu des organes auxquels il est annexé, le replacer en préence des tableaux qu'il a concouru à former ou lont il a déjà suivi le travail , est une chose qui, tour être merveilleuse , ne blesse aucunement la raisemblance.
Nous avons reconnu que le sentiment est distinct le l'intelligence, faculté mixte qui lui a été donnée lour esclave et pour guide , soumise elle-même à ne texture, hors laquelle elle ne sauroit exister : oilà ce qui le met en droit de la scruter et de l'inerroger avec une sorte de succès. Quant à lui , par ela seul que l'œil ne sauroit se voir , il est, il resera à jamais impénétrable à lui-même.
En partant de nos principes , l'étude de l'homme 'est point une science vaine. Dans l'hypothèse conraire, toute métaphysique eût été impossible. Ni iOcke , ni Kant n'eussent écrit , ni pu écrire.
Nous allons parcourir , après eux , un champ bien, aste, où , très-différente de nos forces , la moisson, st sans limites , c'est celui de l'existence animée ui, de degrés en degrés , nous conduira à ce qu'il
a de plus éminent sur la terre.
Ne voulant pas entreprendre un travail trop auessus de nos moyens , nous ne nous attacherons [u'aux productions dans lesquelles la nature sem- >lc le moins s'envelopper de mystères , et nous y •rendrons nos points de ralliement : encore auronsious lieu de désirer que le lecteur veuille bien ap-
peler quelquefois ses propres aperçus à l'appui des vérités dont nous avons la conscience. La partie de ce livre que nous lui laissons à laite, ne sera pas la moins cligne d'intérêt.
La vie, dans ses élémens les plus simples, n'est d'abord qu'une manière de végétation, îl est présumable que le sentiment n'y réside pas , du moins si l'on en juge par l'état dé certaines productions vivantes , telles que ces caillots sanguinolcns mêlés aux algues marines dont se chargent les filets des bêcheurs , et ces chairs informes qui trompent un doux espoir de maternité; bientôt elle se complique par l'adjonction d'un système nerveux, d'abord imparfait , niais où la sensibilité a trouvé un asile. Voilà où le Tout-puissant a voulu que commençât l'union de l'être spirituel et de l'être matériel , ce prodige près duquel échoueront probablement toutes les recherches de l'esprit humain! Les ramifications nerveuses gagnent en étendue; leur centre devient plus apparent ; l'individu se perfectionne; enfin, les moyens de communication, en se multipliant, accroissent ses rapports, et, par cela même , qu'il y trouve un avantage , il sera porté à les entretenir; car la moralité la plus su^blime , trouve en définitif sa source dans l'amour personnel (1).
Ainsi , l'être qui n'est que vivant , fournit sa carrière dans un état de nullité spirituelle; en sentant, il est associé à sa propre existence ; ensuite il devient intelligent , puis moral , et c'est là le complément de la vie que l'Eternel réserve ici-bas à sa créature. Mais en combien de trésors elle abonde !
(i) Nous aurons occasion Je montrer que l'amour de soi , on s'étendaut de l'individu à l'espèce , devient le lien de loulc la nature.
Comme plusieurs êtres s'arrêtent à Tune de ces périodes , et que celui qui les parcourt toutes, ne saurait entrer dans la dernière , sans avoir passé par les précédentes , et sans cumuler les divers avantages qui y sont attachés, nous allons suivre la même gradation dans leur examen.
L'être spirituel, ainsi que nous l'avons remarqué , paroissant étranger à la première période de la ^ie simplement dite, nous ne la séparerons pas dans nos observations , de la faculté sentante qui lui donne son caractère le plus apparent et le plus étendu.
Quoique la création des individus de cliaque espèce , pourvus de leurs parties constituantes, ait dû précéder la création des germes, pour ne pas interrompre l'enchaînement d'idées qui résultera des diverses combinaisons de l'être spirituel et de l'èire matériel , nous consacrerons les trois prochains chapitres à l'examen des moyens de repro-
! duc lion , adoptés le plus généralement pour la nature annualisée. D'ailleurs, avant de poursuivre nos études, ne nous faudra-t-il pas, autant que possible , saisir la vie dans sa première ébauche et
I son premier trait?
,7î INDUCTIONS