‹ Inductions morales et physiologiquesChapitre 45 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Delà reproduction delTËTRE animé dans les espèces principales, et du système de l'emboîtement.

west une grande question que nous nous proposons ici, et pour là solution de laquelle, malgré les études opiniâtres de plusieurs siècles et de plusieurs générations, l'esprit humain n'a encore que des conjectures à offrir. Dès que, quittant les causes secondes, nous voulons pénétrer dans les principes des choses, il semble que les nnages.se condensent autour de nous. En cela il y a d'autant moins de quoi exciter notre surprise, que nous essayons un rapprochement vers la première des causes. Admirable effort d'une faculté intelligente qui tend vers son accroissement, en dépit des obstacles, et c[ui , si elle n'atteint le but de ses recherches, au moins semble être déjà participante du secret de ses hautes destinées ! A tort on verroit dans celte hardiesse la matière d'un reproche. L'oracle resteroit muet , que la voix qui l'interroge avec respect lui rendroit toujours un hommage.

Les êtres se perpétuent et sortent les uns des autres avec le môme type primordial , dont leurs souches portent l'empreinte; car les générations spontanées , fussent-elles appuyées des démonstrations les plus rigoureuses en physique , manqueraient encore de la principale , qui est l'assentiment de la raison aux expériences faites. Le refus de celle-ci infirmeroit la validité de celles-là, en répandant des doutes fondés sur la bonne foi, la perspicacité ou l'exactitude de l'observateur.

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Partout où le Créateur a jugé les relations des êtres nécessaires au maintien des espèces , il a fondé la reproduction sur le concours de deux sexes placés sur des individus de deux genres différeiîs. Ce mode de perpétuité, adopté dans les divisions les plus saillantes du règne animal , auroit en lui-même de quoi nous surprendre , si nous n'étions familiarisés avec ses résultais. La nature qui procède toujours par la voie la plus simple , ici a méconnu ses propres règles; et l'accord indispensable de deux êtres dans l'acte de la génération, est une chose qui doit arrêter tout esprit capable de méditer sur les causes et leurs effets.

Il est certain que Dieu pouvoit demander des renaissances à des sujets androgynes ou hermaphrodites ; qu'il lui étoit facile de les obtenir par des fractions successives , de les préparer en semant les germes sur les premiers nés des espèces qui en seroient devenus les tiges à leur tour. La grande majorité des végétaux suit cet ordre de reproduction. Si les générations des hommes et de plusieurs autres familles répandues sur la face de la terre sont soumises à une autre marche , nous devons admettre des vues d'une nature plus relevée que celle qui a présidé à l'agrégation de la pierre et à la fécondité de la plante ou du polype. La distinct tion des sexes démontre des intentions morales et métaphysiques. De leur entraînement l'un vers l'autre devoit naître l'ordre social ^ l'esprit de famille , et les plus grandes jouissances qui pussent être accordées à des êtres chez lesquels les sens jouent un si grand rôle. Toute la moralité humaine prend sa source dans le plaisir et la douleur. iNotre esprit et notre corps ne sortent point de ce cercle dans lequel notre être acquiert son plus parfait développement. Nos droits comme nos devoirs y sont

tracés. Il c'est pas de créature qui n'apporte avec elle, en unissant, le désir du bonheur que comporte son organisation. La bonté divine 'a pourvu a ce qu'un tel vœu ne fût pas trompé. Mais quand il s'agit d'établir des relations d'individu à individu, c'est un coup de maître (s'il est permis de s'exprimer ainsi) , que de transporter le bonheur d'un être dans un autre être, qui, sans cette circonstance, lui fût resté étranger, ou même se fût déclaré son ennemi. La naissance d'un enfant engendré avec délices par le père, conçu avec amour par la mère, et chéri de tous les deux, est un phénomène admirable, dans lequel le contrat social prend toute sa force. On diroit une soudure à fer et à plomb des trois pierres fondamentales de l'édifice.

Si nous n'étions pénétrés de l'idée de la haute sagesse et du pouvoir de l'Eternel, nous serions tentés de nous demander ce que, dans une autre économie , il pourra substituer à ce lien magique qui embrasse presque toute la nature sentante et pensante. Les générations ne sortant plus l'une de l'autre, et de l'union entre eux des enfans des hommes, ainsi que le déclare l'apôtre , Dieu devra puiser dans le trésor de ses secrets de nouvelles attractions , dont il ne nous est pas donné de nous former une idée. C'est par l'esprit que l'on s'occupe ; mais c'est par le cœur qu'on estheureux.L'espritapparlientplusàl intelligence; le cœur relève davantage des sens ; aimer c'est5 sentir. Mon esprit adore, dans sa toute-puissance, la Majesté divine : mon cœur la chérit pouHe bien sensible qu'elle m'a lait, ou que j'en attends. Cet ouvrage ayant principalement en vue l'homme, et par conséquent les espèces avec lesquelles il soutient des rapports , c'est dans celles-là, c'est dans la sienne que nous allons examiner l'acte de la fécondation.

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Les êtres animés des deux sexes , en s unissapt se perpétuent, ou parce que le germe se développe ou parce qu'il se forme.

Dans le premier cas, il existe primitivement soit chez la femelle , soit chez le mâle.

Dans le second , il reçoit son organisation de l'un ou de l'autre , ou du concours de tous les deux.

Aucun système génésiaque ne peut être basé sur d'autres suppositions.

M. Charles Bonnet, de Genève, guidé dans ses observations par un esprit aussi méthodique que riche en connoissances, ayant reconnu combien il étoit difficile qu'un principe organique résultât des combinaisons de la matière, supposa un emboîtement en gradations indéfiniment décroissantes, de tous les germes dans le premier. De belles expériences, notamment celles du baron Kaller sur l'œuf non fécondé, et de l'abbé Spallanzani sur les animalcules des infusions, fortifièrent ce système dont la simplicité avoit quelque chose d'imposant, et senibloit avoir été dérobée à la nature elle-même. L'imagination s'effrayoit en vain de la hardiesse d'une hypothèse qui ouvroit devant elle un abîme sans fond comme sans limites ; on la rassuroit par l'extrême subtilité de la matière, qui se prête à des divisions incalculables , telles que celles du calorique et des rayons lumineux.

ISous aAons long-temps chéri ce système agréable à la philosophie. Si d'une part il étonnoit notre esprit , de l'autre il agrandissoit la spiière de nos idées , et ne nous sembloit pas trop indigne de la puissance qui , en appelant les mondes dans le champ de la création , par un acte unique, y assuroit la continuité des espèces animées. Des difficultés nombreuses trouvoient leur solution dans celte doctrine

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dont le fondateur éloit un homme de bien et de talent. Elle conserve encore d'illustres défenseurs auxquels nous ne nous permettrons d'adresser qu'une seule objection , qui malheureusement nous semble insoluble.

Les partisans de l'emboîtement soutiennent que les premiers germes contenoienl les sunséquens dans un nombre indéfini, mais qui aura un terme quelque éloigné qu'il puisse être.

Nous ne leur dirons pas qu'un germe étant un être matériel, il faut que son semblable, rendu au cent millionième emboîtement de la graine la plus fine, teileque du rapunculzts-campanula , soit encore matériel , et tous ses organes si rien dessinés que tous les autres emboîtemens sul;séquens y existent en raccourci. La réplique des rayons du soleil qui entrent par milliards dans la pupille d'un animal des millions de fois plus petit que !e ciron, ne seroitpas une réponse admissible, puisqu'il s'agit ici d'un être pourvu d'un principe organique , dont l'évolution n'aura peut-être lieu que dans dix mille siècles. Un rayon de lumière ne sauroit raisonnablement être assimilé à un tel germe. D'ailleurs, dans le moment même où les défenseurs de i'emboîtement établissent ce parallèle, maigre sa ténuité, le rayon lumineux, ou plutôteette molécule simple et indivisible, à laquelle on n'en demandera plusd'autres, existe, puisque la pupi'le le reçoit; mais le germe qui occupe le terme moyen de la chaîne, et duquel on attend encore une suite innombrable de développemens , où existe-t-il? dans les abstractions.

Il nous sufîira de savoir si , puisque l'emboîtement n'est pas infini , le dernier germe n'en renferme plus d'autres?

Nul doute que les partisans de l'évolution ne

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répondent négativement. Nous leur représenterons alors que , clans ce dernier germe parfaitement organisé , il n'étoit pas plus clifhcile d'en renfermer une quantité égale à celle dont la succession a eu lieu, que dans le premier. Ils ne le, nieront pas; car dans leur hypothèse, il est clair que depuis long-temps l'espace ne compte pour rien. Ln cas de difficulté, nous ferons tomber les scrupules, en observant que s'il avoit plu à Dieu de doubler la durée de l'existence qu'il réserve aux espè( es, certainement ce dernier germe s'y fût prêle par l'admission dans son sein, d'un nombre de ses pareils en rapport avec celui des siècles à parcourir : on ne le contestera pas. De gradations en gradations, d'évolutions en évolutions , nous les conduirons ainsi à l'infini contenu dans le fini , c'est-à-dire, à l'absurde.

Supposant que cette objection ne les arrête pas, nous leur demanderons de quelle autorité ils assignent à la création des limites qui ne sont peutêtre pas dans la pensée de son auteur , et s'ils le forceront de périodes en périodes à renouveler cette grande œuvre , puisqu'il leur a plu de borner le nombre des êtres dont ils ont supposé l'emboîtement?

Rien , dans l'Ecriture même , n'autorise à prévoir une telle destruction : de ce qu'une chose a été créée, il ne s'ensuit pas qu'elle doive périr, et la fin n'est pas une conséquence obligée du commencement. Dans l'hypothèse contraire, on condamneroit à la mort la faculté intellectuelle accordée à l'homme , cet être que nous avons en vain demandé à la matière, et qui , s'il n'est une création absolue de l'Eternel , a eu nécessairement, quant à nous, un principe d'existence. Toujours jeune, toujours florissante dans les diverses formes qu'elle revêt,

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la inuiière ne relourne-t-elle pas sans cesse au point de départ? Si elie est condamnée quelquefois à des portes, de grandes révolutions viennent aussi rétablir l'ancien équilibre de ses richesses. Des plantes , des animaux même , ont disparu dans ces catastrophes , ainsi que le prouvent diverses exhumations de fossiles. Mais il est remarquable que ces mêmes exhumations contiennent des restes de plantes et d'animaux analogues aux espèces subsistantes; il y a donc eu réduction et non cessation. Comme cette première entroit dans les plans du Créateur qui , probablement avoit projeté l'homme , elle s'est opérée , non par l'épuisement des germes , mais par l'anéantissement même de la classe entière , dont quelques squelettes ont été mis en dépôt dans les entrailles du globe y véritables herbiers et immenses galeries anatomiques de la nature.

De la sorte, quoiquà regret , nous nous voyons forcés de renoncer au trop séduisant système de l'évolution , autrement dit des ovaires à termes indéfinis.

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