‹ Inductions sur la valeur des altérations de l'encéphale dans le délire aigu et dans la folieChapitre 15 sur 20 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

dans ces cas, dis-je, il n’y! avait pas eu de symptômes de cette dernière maladie; lexamen seul du cadavre révéla cet état. inflammatoire de la pulpe cérébrale, comme seul il avait révélé le même état chez plusieurs épileptiques morts dans l’acces, et chez un idiot mort du choléra en vingt-quatre heures, avec des symptômes tout opposés à ceux de l’inflammation du cerveau. En outre, dans, plusieurs de ces cas de manie chronique, une phlegmasie aiguë de la plèvre ou du poumon avait eu. beau se joindre à l’état d'irritation, maniaque, il n’en était toujours résulté dans le cerveau qu'une . ! e 1 :

phlegmasie sans symptômes. Et qu'on, ne dise pas que cela tenait à ce que les membranes ne participaient pas au même degré à l'état in-

flammatoire, qu’elles n'étaient point infiltrées

de pus, point adhérentes an cerveau; car. le délire aigu et la manie aigué offrent des cas de même genre, où néanmoins tous. les symptômes de l’encéphalite ;;ou de la méningo-encéphalite ont eu lieu; et, en tout état de choses, dans les cas de manie chronique dont je parle avec phlogose de la substance seule du: cerveau, il aurait dû, d'apres les idées encore ad-

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mises, y avoir, plusieurs jours avant la mort, sinon délire, au moins coma; et c'est ce qui n'eut pas lieu.

Au total donc, et malgré l'opinion de quelques auteurs modernes , et notamment de M. Foville, la manie chronique et la démence simple ne sont point occasionées par la phlegmasie d'apparence soit aiguë, soit chronique, du cerveau, et surtout de sa substance corticale, non plus que par l’adhérence inflammatoire de plans fibreux cérébraux qui sont tout ce qu’il y a de plus problématique. La phlegmasie de l'encéphale, lorsqu'elle se présente chez des individus atteints de manie chronique, peut tenir à l’exaspération idiopathique de cette forme de la folie, ou au surcroît d'irritation cérébrale déterminé par la maladie d’un autre organe, et, dans l’un comme dans l’autre cas, elle paraît pouvoir ne pas donner de symptômes,et n'être reconnue qu'à l'examen du cadavre.

Dans le tiers, à peu près, des cas de manie chronique que j'ai observés, le cerveau offrait des altérations chroniques plus ou moins géné-

rales, telles qu'une dureté, un retrait de tout l'organe, prédominant d’ordinaire pourtant dans quelques-unes de ses parties, ou bien des altérations chroniques locales, telles que des atrophies, des indurations, de ramollissemens, des espèces de godets, d’éraillures , de productions insolites de la surface des ventricules, des cicatrices, des kistes apoplectiques, des raréfactions ou même de petites cavités celluloœdémateuses de lasubstance médullaire, etc... Pour ce qui est de celles de ces altérations plus spécialement ou tout-à-fait locales, comme une atrophie avec -induratiôn, un ramollissement, un squirrhe, un tube rene, un kiste ou-une cicatrice apoplectique, dira-t-on, sans aller plus loin, qu'elles sont, lorsqu'on les rencontre, là cause de la manie chronique? Sans doute on conçoit qu’une de ces altérations, qui aurait primitivement donné lieu au trouble des mouvemens, Ou, qui même ne se serait trahie par aucun symptôme, puisse être le point de départ, la cause occasionelle de la modification cérébrale chronique qui produit la manie de ce nom. Il pourrait en être de même d’une altération chronique des méninges ou des os du

MANIE CHRONIQUE ET DÉMENCE SIMPLE. 83 crâne ; et pour ce qui est de ces derniers. c'était peut-être le cas d’un vieux maniaque chez lequel il y avait carie et: perforation de la voûte. Mais la manie chronique peut avoir lieu sans aucune de ces causes occasionelles , dans quelque lieu qu’elles soient placées, au cerveau ou dans ses enveloppes membraneuses ou:0sseuses, puisque, dans la plupart des. cas de cette maladie, on ne trouve aucune altération encéphalique. On ne doit considérer la plupart des lésions chroniques qu’on rencontre dans le cerveau des individus morts dans un état de manie chronique, que comme le résultat, l'exagération, en quelque sorte, de l'état sans doute très matériel, très organique, qui. donne lieu à cette forme de la folie, mais qui, n’est point appréciable à nos sens. Ces altérations prouvent tout simplement, ce qui n’a du restée plus besoin d’être prouvé, que c'est par le cerveau qu'on est maniaque chroniquement, comme c’est par lui qu’on l'est d’une manière aiguë, par lai qu’on pense avec suite et raison,

Mais il est une lésion qu’on pourrait, avec plus d'apparence de fondement , quoique avec tout aussi peu de vérité, regarder, plutôt que

les altérations précédentes, comme la cause de la manie chronique et de la démence simple, aussi bien que de la démence avec paralysie générale, dans le cas surtout où ia maladie a été de fort longue durée. Cette lésion, d'après mes observations de manie chronique, mais surtout d’après celles de démence et de paralysie générale , est une sorte de retrait et d’atrophie avec induration de Pencéphale, qui, tout en étant générale , prédomine néanmoins le plus ordinairement dans quelques-unes de ses parties, dans sa région frontale, ou dans quelquesunes seulement de ses circonvolutions. Dans ce mouvement de retrait, de resserrement, de rapetissement de l'organe, qui dans quelque cas, en outre, m'a paru avoir lieu surtout aux dépens de la substance corticale, les circonvolutions sont moins développées en tous sens:

elles sont moins épaisses (et par cela même les anfractuosités sont plus larges}; elles ne sont pas également retirées, et font ainsi des saillies inégales à la surface de l'organe. Le retrait, du reste, n'a pas lieu qu'à la surface extérieure du cerveau; il se fait aussi par ses surfaces intérieures, par ses cavités ventriculaires ; et de là l'ampleur plus grande de ces cavités et leur

occupation par du liquide séreux, en même temps que le vide causé par le retrait extérieur ou des circonvolutions est comblé, comme le remarque Colugno (1), par une exhalation de sérosité dans la cavité de l’arachnoïde, et surtout dans les mailles de la pie-mère : de là, enfin, ces petites poches de liquide qui correspondent aux circonvolutions les plus retirées, et qui avaient été signalées par Marshall (2). Dans tous les cas, comme on le voit, l’épanchement de liquide n’est ici que consécutif, ou tout au plus que concomitant. Il n'est point la cause de la maladie; mais il en est la conséquence obligée.

Ce retrait général du cerveau dans la manie chronique et dans la démence est plus fréquent, peut-être, qu'on ne pourrait le conclure de mes observations et de celles des autres auteurs. Il me semble, en effet, que dans les cas où il n'était pas assez marqué pour que je l’aperçusse et que je Le notasse, la cavité de l’arachnoïde, les mailles de la pie-mère, les cavités

(x) De Ischiade nervosä, cap. x.

(2) The morbid anatomy of the Brain in mania and hydi ND ; London, 18:15, part. ru, chap. u et in, observ. vr et autres.

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ventriculaires contenaient une plus grande quantité de sérosité que dans la manie aigué, le délire aigu , l’état normal. C’est ce qui résulte au moins des comparaisons que j'ai faites à cet égard , et c’est ce qui n'aurait pas pu avoir lieu si le cerveau n’eüt eu subi, soit à l'extérieur, soit à l’intérieur, un mouvement de retrait. Il est néanmoins incontestable qu’il est des cas de manie chronique, et même de démence simple, où ce mouvement ne s’est pas produit, où les membranes ne contenaient que très peu de sérosité, où il n'existait même aucune altération encéphalique. Quelle valeur doncattribuer à cette contraction du cerveau?

On peut croire que ce retrait atrophique, qui a lieu au moins dans beaucoup de cas de manie chronique et surtout de démence, est analogue à celui qui se fait dans la vieillesse, et que j'ai constaté sur un grand nombre de cerveaux de vieillards. Dans la folie chronique, en effet, non seulement le cerveau a pensé mal, d’une façon pervertie, mais il a pensé trop vite, trop vivement, trop profondément. De là est résulté pour lui, une vieillesse anticipée, et latrophie sénile qui s’y rattache. Il s’est usé,

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rapetissé, par l'effet d’une action trop répétée et trop intense, au lieu de s’user par l'effet des ans; et si l’on veut croire que ses circonvolutions supérieures et antérieures sont spéciaiement affectées à l'exercice de la pensée, on remarquera que c’est plus spécialement sur elles que portent l'usure et le retrait. Mais, en somme, cette altération, dont l’existence n’est pas constante, n’est dans la manie chronique et dans la démence que la suite de la modification de tissu qui donne lieu à ces degrés de la folie, modification que nous ne connaissons que par ses effets, mais dont les caracteres anatomiques échappent même à nos conjectures.

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