TT. — SYNONYME
Flapappordvn, PPEVÈTL, TAPAPPÉVITIS , ÉVREDANUTIC , ÉVHEDANOL , ggaxexurgos. — Delirium, phrenitis, paraphrenitis, cephalitis, cerebri sphacelos aut gangræna.
Paraphrosyne , phrénésie , paraphrénésie, céphalite d’'Hippocrate, Arétée, Celse, Galien, Cælius-Aurelianus, Aëtius, Alexandre de Tralles, Paul d'Égine, Bern. Gordon, Sennert, Th. Bonnet, Baglivi, Sydenham , Morgagni, Vogel, Linné, Borsieri, Stoll, Sauvages, Sagar.
Délire aigu , délire phrénétique, fièvre cérébrale , fièvre ataxique , fièvre hydrocéphalique, fièvre comateuse, fièvre convulsive, hydropisie aiguë du cerveau, méningile, arachnitis, méningo-encéphalite, encéphalite des AUTEURS MODERNES.
Je donne aux observations dont je tire les inductions renfermées dans ce premier article le titre commun de délire aigu, parce que cette espèce de délire est le seul caractère nécessaire et constant qu'elles présentent, celui qui en
fait l’essence. Dans toutes ces observations, en effet, il y a, tout à la fois, d’une part, désordre général des mouvemens depuis la simple agitation jusqu'aux mouvemens convulsifs, soit généraux, soit partiels, et à la contracture et à la paralysie, d’abord incomplète, puis complète et absolue; d'autre part, trouble de l'intelligence ou délire, constitué surtout par la perte plus ou moins entière de connaissance, et l’insensibilité à l’action des objets extérieurs sur les sens. En résumé, perte plus ou moins conplète de la sensibilité externe et de la connaissance , et agitation où mouvemens irréguliers, voilà le délire aigu; et ce délire ést appelé ainsi, parce qu'il est plus intense, plus saillant, plus haut placé dans léchelle des délires que le délire maniaque proprement dit, que celui même qui se rapproche le plus de lui. Car, dans ce dernier, les sensations sont toujours plus ou moins conservées, et Pagitation musculaire ne va pas jusqu'aux mouvemens convulsifs.
Je ne donne pas à ces observations de délire aigu le titre général de méningite, d’arachnitis, d'encéphalite, de méningo-encéphalite , de phlegmasie du cerveau et de ses membranes,
parce qu’elles sont loin d’être constituées d’une manière constante par l’inflammation de la pie-mère, de l’arachnoïde ou du tissu du cerveau, à nes’en rapporter même qu'aux observations des auteurs qui ont écrit sur la phrénésie, la paraphrénésie, le délire aigu, l’arachnitis, ia méningite et l'encéphalite.
En effet, en examinant ces faits d’un peu près, en les rapprochant les uns des autres, et surtout des faits mieux observés par quelques modernes, il est impossible de ne pas voir que la plupart ont été mal et incomplètement.étudiés. D’une part, on a attaché de l'importance à des caractères anatomiques qui n'en ont point ou presque point. D’antre part, on a négligé d’en rechercher d’autres dont le siége est pourtant bien autrement important que celui des altérations organiques qu'on voulait à toute force, et faute de mieux, considérer comme la cause exclusive du mal.
Ainsi, en faisant ce qu’on appelait alors Panatomie pathologique du délire aigu, on se bornait presque toujours à l'examen des membranes du cerveau , et des divers caractères
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qu'elles peuvent offrir, et qu’elles offrent, en effet, souvent dans cette maladie; et l’on se bornait à cela , il faut bien le dire, parce qu’un semblable. examen est bien plus: facile, bien plus promptement terminé; parce que lesthéories anciennes et modernes, celle de Galien, d’Arétée, de Celse , de Cæhius-Aurelianus, d'Alexandre de Tralles,:de Sennert, de Bonnet, de Morgagni, d'Hoffmann, de Borsieri, de Vogel, etc., sur la phrénésie et la paraphrénésie , indiquaient présque exclusivement une irritation ou une inflammation des membranes du cerveau.
La plupart des observations consignées dans les traités même les plus modernes font foi de ce mode ‘d'examen. Il n’y a qu'à lire celles qui composent l'ouvrage de MM. Martinet et Parent-Duchâtelet , celles de: louvrage de M. Lallemand, de celui de M. Abercrombie, une grande partie de celles du livre de M. Bayle, de celui de M. Bouillaud, etc., et l’on se convaincra que; la plupart du temps, on n'a pas détaché les membranes cérébrales de la surface de l'organe, et que, si on l'a fait, cela a été avec peu de soin et incomplètement. Or, je lerepète,
faire l’avatomie pathologique du cerveau, dans le délire aigu, comme dans toute autre de ses maladies , sans le dépouiller de ses membranes, et sans d’autres précaütions encore , C’est préparer à la science des faits incomplets et faux, et c'est ce quiest arrivé, c'est ce qui arrive encore , malgré: l'observation judicieuse de Georget , que «le système vasculaire du cer- « veau étant en grande partie extérieur, au lieu «d’être:intérieur comme dans les autres or- «ganes ; il résulte de.cette différence que, dans «le dernier cas, plusieurs effets: du travail « inflammatoire, l'afflux sanguin, et les épan- « chemens séreux ou purulens, auront lieu «même dans l'intérieur des organes, et: que «dans lautre , ces effets se passeront, en « grande partie, à l'extérieur du cerveau (1 ):> M. Bouillaud partage, je crois (2), cette opinion, qui ne me semble pas pouvoir:souffrir de doute.
L’examen superficiel que je viens de signaler, et dont J'ai dit les causes, devait nécessairement (x) Dictionnaire de Médecine , en 21 vol., art. Encéphalite,
pag. 6. 1823.
(2) Traité Clinique et Physiologique de l'Encéphalite, p. 250. 1825.
DÉLIRE AIGU. 7 conduire à s’exagérer l'importance des prétendues lésions des membranes cérébrales dans le délire aigu, surtout à une époque où, après avoir posé le principe irréfragable, qu’un symptômé, un phénomène nouveau dans les fonctions d’un organe, implique nécessairement üne manière d’être nouvelle dans sa texture, on voulait que cette manière d’être füt toujours une altération appréciable à l’oœil, sans apporter à cela un grand esprit de critique, et sans s’'enquérir beaucoup du rapport à établir entre le phénomène et sa prétendue cause organique, et du fait de la préexistence constante et exclusive de cette dernière au symptôme qu'on lui attribuait.
La vérité de cette dernière assertion ressortira tout naturellement de l'examen que je vais faire des diverses lésions que l’on a plus spécialement signalées comme se rattachant à la cause prochaine de la méningite, de l'encéphalite, des fièvres ataxique, cérébrale, etc., du délire aigu en un mot, et du degré d'importance qu’on a cru pouvoir leur attribuer.
I. Sérosité exhalée soit entre.la dure-mère et le cerveau , €’esta-dire dans la cavité de l’arachnoïde ou dans les mailles de la pie-mère, soit dans les cavités de lencéphale.
Après avoir pensé, d’après l’examen journalier des cadavres, que, dans l’état normal et pendant la vie, la cavité de l’arachnoïde, comme celle des membranes séreuses en général, contient une certaine quantité de sérosité, on en vint à douter de la vérité de ce fait, que parurent infirmer quelques expériences de Cotugno (x), de Marshall (2) et de plusieurs autres physiologistes; et l’on supposa que la cavité des membranes séreuses n’est lubrifiée que par de la vapeur halitueuse, qui se condense, en plus ou moins grande quantité, par le fait de la maladie ou de la mort. Il pourrait se faire, en | effet, que, pendant la vie, la cavité des membranes séreuses ne contint pas de sérosité, ainsi qu'il paraîtrait résulter de quelques observations récentes (3). Mais les expériences de M. Magendie ont prouvé que, si, sur le vivant, la cavité de l’arachnoïde ne renferme
(x) De Ischiade nervosä, cap. 15.
(2) On Mania and hydrophobia ; London, 1815, part. I, ch. 11. (3) Babington : Medico-Chirurgic. transact., vol. xvr.
DÉLIRE AIGU. 9 pas de liquide séreux, les mailles de la piemère en contiennent uhe certaine quantité, que cet expérimentateur a évaluée à deux ou trois onces , et qui se mêle, par le trou placé au bas de la plume à écrire, au liquide de même nature renfermé dans la cavité sous-arachnoidienne spinale, et à celui que contiennent les diverses cavités ventriculaires de l’encéphale. Il est constant, en outre, qu’à l'ouverture de presque tous les cadavres, on trouve de la sérosité épanchée soit dans la cavité de l’arachnoïde, soit dans les mailles de la pie-mère et dans la cavité arachnoïdienne du rachis, soit dans les ventricules du cerveau. Quelle est: donc la valeur étiologique de ce liquide dans les maladies de l’encéphale, et quels en sont les caractères, pathologiques ?
On peut, je crois, le dire avec assurance, lorsque sa quantité ne va que de deux à quatre onces, qu'il est jaunâtre, limpide, sans mélange de flocons albumineux ; que son existence ne coïncide avec celle d'au- ‘cuve autre altération inflammatoire soit du cerveau, soit de ses membranes, eüt-on à faire au délire aigu le plus violent, à la mé-
ningo-encéphalite en apparence la mieux caractérisée,on ne saurait considérer cette exhalation comme s’y rattachant sous le rapport étiologique, et par conséquent comme sortant de l'état normal. Il est rare en effet, de ne pas rencontrer, dans les cadavres des individus morts des maladies les plus différentes, une certaine quantité de sérosité d’un blanc-jaunâtre, limpide, transparente , exhalée dans la cavité de larachnoïde cérébrale, dans les mailles de la pie-mère, ou dans les ventricules cérébraux. Bien des causes, dont la plupart peut-être échappent à notre investigation, peuvent influer sur la production de cette sérosité. Ce Seront, par exemple, l’embarras de la circulation cérébrale dans une agonie longue et douloureuse, ou dans une maladie du cœur ou du poumon; la souffrance, ou, si l'on veut, l'irritation sympathique du cerveau dans toute autre affection fort aiguë ou même dans une maladie de longue durée; ce sera, dans une maladie quelconque, la mort avec délire ou coma, c'est-à-dire avec une affection , une souffrance en définitive cérébrale, mais qui n’a fait que terminer la scène sans aller jusqu'a la ménings-encéphalite. Il y a probablement encore
d’autres causes de production de sérosité cérébrale , dont nous n’avons pas idée maintenant, et dont l'existence pourra nous être dévoilée par des recherches ultérieures. Mais cette énumération suffit bien pour nous empêcher de regarder 1rop légèrement l'accumulation de ce liquide dans les membranes ou dans les cavités encéphaliques, lorsqu'elle ne s'accompagne pas d’autres caractères anatomiques, comme un signe certain de phlegmasie , ou même seulement d’irritation cérébrale idiopathique.
If. Produits albumineux et purulens.
On peut trouver une exsudation laiteuse ou floconneuse, des points pseudo-membraneux, et même des fausses-membranes fort étendues, dans des cas qui n’appartiennent en rien au délire aigu, par exemple dans des cas d’hydrocéphalie chronique soit intra, soit extra-ventriculaire, dans des cas de démence et de paralysie générale, et j'ai vu vingt ou trente faits, au moins, de cette derniéreespèce. Dans un d'eux, le développement de la fausse membrane avait même précédé l'invasion du délire aigu auquel le malade succomba. Teutefois il n’en est pas de ces
productions albumineuses comme de l’épanchement de sérosité limpide. Leur caractere pathologique ne peut pas être mis en doute, et, dans la plus grande partie\des cas , lorsqu'on les rencontre, après une mort par délire. aigu, c'est à cet état qu'il faut les rapporter, et elles présentent en général, comme lui, des caractères d’acuité et de récente formation qui ne permettent pas de s’y tromper.
Quant à la purulence plus ou moins générale des membranes, soit dans la cavité de l’arachnoïde , soit dans Îes mailles de la pie-mère, soit dans les ventricules encéphaliques , il est impossible de ne pas les rapporter directement audélireaigu, à la méningo-encéphalite. Mais, pas plus que les épanchemens morbides séreux ou que les produits pseudo-membraneux, elle n’est un caractère anatomique constant et nécessaire de lirritation méningo-cérébrale. Dans les faits de délire aigu que j'ai observés, je n'ai pas rencontré une fois sur huit des fausses-membranes ,ou du pus, dans les enveloppes de l'encéphale, et il ne faut pas chercher ces, altérations dans une proportion réellement beaucoup plus grande, dans les ouvrages desiautres observateurs, dans ceux même de MM. Parent-
Duchâtelet et Martinet, de M. Abercrombie, de M. Andral.
IIT. Epaississement et opacité de l’arachnoïde. Granulations et productions ventriculaires,
Ces altérations doivent être regardées comme les caractères anatomiques les plus incertains qu'il y ait, non pas seulement dans le délire aigu, mais dans toutes les affections cérébrales, soit aigués, soit chroniques. Il n’est, pour ainsi dire, pas de maladie du cerveau dans laquelle elles ne puissent se rencontrer, ou ne se rencontrer pas, depuis la méningite la plus douteuse jusqu’à la paralysie générale des aliénés Ja plus complète. Aussi, pour regarder l'épaississement de l’arachnoïde, je ne dis pas comme cause du délire aigu, mais comme sa lésion corrélative, il faut la réunion de plusieurs circonstances. Il faut que l’individu chez lequel on le rencontre, bien qu’il soit mort de délire aigu , ne soit pas un vieillard; il faut qu'il n'ait pas été sujet, depuis longues années, à de violentes céphalalgies ; qu’il n’ait pas été depuis long-temps porteur d'un caillot, d'un foyer apoplectique, d’un ramollissement cérébral ; il
faut qu'il ne soit pas mort dans un état de manie chronique, de démence et de paralysie, soit partielle, soit générale. Et encore, si l’épaissississement et l’opacité ne présentent pas, par eux-mêmes, des caractères aigus et récens, tels que des inégalités floconneuses où pseudomembraneuses, une téinte rougeâtre ou jaunâtre et comme purulente, etc.; s'ils ne selient pas ainsi à d'autres caractères anatomiques tres évidemment aigus, on ne pourra pas avec certitude les rapporter au délire aigu quia terminé la vie. Car on voit des hommes jeunes, sains de tête, mourir de toute autre maladie que cette dernière, et offrir, à l’ouverture du cadavre, de l’épaississement et de l’opacité de l’arachnoïde. J'ai constaté ce fait un grand nombre de fois, et par exemple sur vingt ou vingtcinq cerveaux de suppliciés (1). Quant aux faits de délire aigu que j'ai observés, ils ne m’ônt, au contraire, présenté qu'un très petit nombre de fois ces altérations à l'état récent et d’une manière bien évidente; et les ouvrages qui traitent de la méningite aiguë, de larachnitis aiguë, de la fièvre ataxique, lorsqu'ils mention-
(x) Examen anatomique de l'encéphale des suppliciés. ( Journal
des Progrès, juin 1830.— Journal Hebdomadaire, avril 1831.)
nent cet épaississement des membranes cérébrales, sont loin de le faire dans des termes qui puissent le faire regarder comme bien avéré, et qui permettent de le rattacher bien manifestement et bien exclusivement au délire aigu.
On a voulu donner encore les granulations qu’on rencontre à la surface des cavités ventriculaires comme un caractère anatomique de la phlegmasie qui donne lieu à ce délire, surtout quand ces granulations offrent une teinte rouge. Je ne nie pas qu'il ne puisse en être ainsi dans ce ças. Mais, la plupart du temps, ces espèces de villosités n’ont point cet aspect rouge dont parlent les auteurs , et je ne le leur ai pas vu trois fois dans les cas même de délire aigu où de manie suraigué. Presque toujours dans ces cas, aussi bien que dans ceux de manie chronique et de démence avec paralysie géuérale, elles sont blanches et doivent être rattachées à un état antérieur du cerveau, dont
le caractere pathologique est même assez problématique.