‹ Industrie des métaux secondaires et des terres raresChapitre 9 sur 56 · TS · texte numérisé non relu

TS

FiG. 6 (d'après M. Guillet).

sets par le côté, la température ne s'élève qu'à i 5oo®. Les creusets rangés en files parallèles sont séparés par des cloisons verticales, formées d'un mélange de silice et de charbon, que traverse le courant électrique. Enfin, pour les bronzes et les laitons, M. Girod emploie un

four oscillant (fig. 6 et 7) permettant de traiter près de 36o kilogrammes de matière. La . résistance chauffée par le courant (i) est reliée aux pièces polaires (2) et (3) qui sont isolées par le mur de briques (4). Le courant est amené aux pièces polaires supérieures par les fi[s(i)

Fig. 7 (d'après M . Guillet) .

et les plaques en bronze (6) maintenues par des vis (7 et 8). Le même dispositif se retrouve à la partie inférieure. L'ensemble du four est maintenu par des cercles en fer qui sont isolés des pôles au moyen de plaques d'amiante (i5). Le four se trouve divisé en quatre sections par des cloisons en terre réfractaire (17). Le creuset où se trouve la matière fondue est en magné-

sie de Veitsch (12). Les fours à résistance servent aussi à améliorer les ferrq-alliages en les affinant par chauffage en présence d'oxydes ou de minerais.

L'idée première des fours à induction est due à Ziani ^

FiG. 8 (cl'après M. Gillet),

Ferranti qui breveta son invention en Angleterre en i885. Le principe de ce four est celui d*un transformateur dans lequel Tinduit, métal à échauffer ou à fondre, est traversé par un courant de haute intensité et de faible voltage produit par le circuit primaire qui est

INTRODUCTION. l5

alimenté par un courant alternatif à haute tension. Ce principe a été appliqué dans le four Kjellin, mis au point par M. Benedicks et employé à Gy singe, en Suède (fig. 8). Le circuit primaire est constitué par un faisceau de tôles en fer ou en acier doux de forme carrée G, entouré par une bobine de fil de cuivre D. Une des branches «e trouve au centre de l'induit A, c'est-à-dire du four. L'ensemble rappelle la forme de deux maillons de chaîne. Les pôles de la bobine D sont reliés aux bornes d'une dynamo à courant alternatif, qui produit à chaque période un courant induit dans le bain métallique annulaire. On se sert d'un courant à très haut voilage et à faible intensité^ qui évite l'emploi de gros conducteurs en cuivre ; mais il est nécessaire de refroidir la bobine par une circulation d'eau froide et par un courant d'air.

(4) Préparation des filaments pour lampes à incandescence. — Très simple avec les métaux ductiles qui, comme le tantale, se laissent étirer "en fils très fins, la fabrication des filaments devient compliquée avec les métaux .réfractalres et cassants. Pour tourner la difficulté, divers procédés ont été brevetés.

Dans l'un d'eux on se sert de filaments très fins de carbone que l'on transforme en carbure ou en métal en le plongeant dans l'atmosphère d'un composé du métal à employer, volatil et facilement réductible. G'est ainsi que pour le tungstène, plusieurs procédés ont été brevetés par MM. A. Just et F. Hanaman; les brevets sont la propriété de là Vereinigte Elecktricitâts Werke en Autriche et de la Wolfram Aktiengesellschaft en Allemagne. Au début (igoS), les inventeurs prenaient un

l6 INDUSTRIE DES MÉTAUX SECONDAIRES.

filament de carbone qu'ils chauffaient par le courant électrique dans une atmosphère de chlorure de tungstène en présence d'hydrogène. Le chlorure de tungstène était réduit et le tungstène mis en liberté se combinait au carbone pour former un carbure bien homogène à reflets mordorés. Le filament était ensuite maintenu pendant plusieurs heures à 1 600® dans une atmosphère réductrice, afin de volatiliser tout le carbone.

Un autre procédé consiste à chauffer les filaments carbures dans un creuset réfractaire, au sein d'oxydes inférieurs du tungstène. Il se produit un véritable affinage, du carbure. Les filaments sont très fins. o™°»,2 à

Enfin, dans un brevet plus récent (1906), les inventeurs ont revendiqué un autre procédé qui n'exige pas l'emploi de filaments de carbone. La poudre métallique obtenue est agglomérée avec un liant ne contenant pas de carbone et facilement vaporisable, tel que l'eau ; cette masse plastique est forcée à travers des filières et les filaments obtenus sont chauffés, calcinés, puis portés à haute température dans une atmosphère d'hydrogène à l'aide du courant électrique. La poudre métallique paraît être obtenue par la précipitation des métaux à l'état colloïdal, probablement d'après le procédéde M. Bredig (décharges électriques dans le pétrole ou la benzine entre des électrodes de métaux préparés au four électrique, tungstène, molybdène, titane).

Les bâtonnets de terres rares sont préparés par un procédé analogue.

TUNGSTENE

DÉCOUVERTE. DIFFUSION. mIÊTAL

(5) Découverte. — Le tungstène a été découvert par Scbeele en 1782, dans une pierre blanche très lourde, que Ton rangeait au nombre des mines d'élain blanches, sans avoir jamais pu cependant en retirer de Tétain.

Déjà, en 1758, Cronstedt avait désigné ce minerai sous la rubrique : ferrumcalciforme terra quadam incognita intime mixtum et, trois ans avant la découverte de Scbeele, Woulfe*, comme je Tai montré ailleurs*, avait indiqué la réaction caractéristique de Tacide tungstique, pour l'un des minerais de Cronstedt. L'autre était la cérite de Bastnaes, où Scbeele ne trouva que de la chaux.

L'acide tungstique de Scbeele, ou comme il l'appelait la terre de tungstène, n'élait pas pur. Sa découverte fut confirmée immédiatement par son ami Bergmann, et l'acide tungstique admis au nombre des terres.

Les recherches des frères d'Elbuyar*, Juan et Fausto, sont peut-être plus remarquables encore. Anciens élèves de Bergmann, ces savants étudièrent un minerai très

l8 INDUSTRIE DES MÉTAUX SECONDAIRES.

pesant, plus connu encore que la tungstène et qui était déjà signalé au seizième siècle. Ce minerai, décrit d'ailleurs de manières fort diverses et souvent contradictoires ainsi que je Tai narré ailleurs*, était le wolfram. Par leurs recherches publiées d*abord en espagnol à Yittoria sous le titre : Analisis quimica du wolfram, puis, en français, dans les mémoires de TAcadémie des sciences de Toulouse, les frères d*Elhuyar* identifièrent Tacide retiré du wolfram avec la terre de la tungstène. Ils montrèrent que la terre de Scheele n'était pas de l'acide tungstique pur, mais un paratungstate de potassium impur, et surtout isolèrent le wolfram métallique. Ils préparèrent des alliages nombreux à un degré de perfection que Ton n'a pas encore dépassé. Mais comme le grand Scheele, les frères d'Elhuyar, en analysant le faux tungstène de Bastnaes^ ne reconnurent pas l'existence d'une terre nouvelle et ils se contentèrent sur ce point de confirmer les résultats obtenus par le chimiste de Kœping.

Les frères d'Elhuyar trouvèrent que le wolfram renferme six parties d'une terre acide métallique, deux parties de chaux noire de manganèse, une partie de chaux de fer et un peu de terre quartzeuse. Ils analysèrent d'autre part une mine d'étain blanche provenant de Schlackenwald en Bohême. Elle leur donna au quintal 68 p. de chaux jaune identique à celle qu'ils avaient retirée du wolfram et 3op. de calce.

L'acide tungstique qu'ils obtenaient par leur procédé était jaune et insoluble, et non blanc et soluble comme celui de Scheele. Sa densité était, en outre, près de deux fois plus grande. Ils étudièrent alors la poudre blanche que Scheele avait appelée acide tungstique et ils

TUNGSTENE, I9

constatèrent que celte poudre soIuMe était une combinaison d'acide tungstique avec l'alcali, mélangée d'acide nitrique. Les frères d'Elhuyar montrèrent très nettement que l'acide tungstique pur était jaune et insoluble dans l'eau et, en le réduisant par le charbon, ils préparèrent le métal.

Les savants espagnols appelèrent wolfram le métal ainsi isolé e^ Berzélius, qui confirma leurs recherches; désigna par la lettre W le métal, quand il créa son système de symboles, tout en continuant à appeler indifféremment tungstène ou w^olfram, l'élément lui-même.

Bien des hypothèses ont été faites sur Tétymologie du mot Wolfram.

Si nous laissons de côté les explications , trop ingénieuses que j'ai * exposées ailleurs pour remarquer que de tout temps le wolfram a été regardé comme un minerai réfractaire et vorace, qu'il a fait le désespoir de tous les métallurgistes, parce qu'il se réduisait en formant avec le fer ou l'étain des alliages très difficilement fusibles et si, d'autre part, nous songeons à la vieille expression transmise à travers les siècles et qui a cours de nos jours encore chez tous les métallurgistes : faire un loup, trouver un loup, quand au sein d'une masse métallique se trouve une substance dure, infusible, nous pouvons y voir, à ce qu'il nous semble, sans grand effort d'érudition, l'origine du mot wolfram.

(6) Diffusion. — Dès l'origine, le v\rolfram, la tungstène (schèelite) avaient été signalés un peu partout à Eybenstock, Aitenberg, Marienberg en Saxe, Bipsberg, Beccam et Thalaig en Suède, à Sanberg près d'Ehrenfriederstoff, Schlackenvyrald en Bohême, en Gor-

noiiailles, dans les Vosges, dans Tile des Ours en Russie. Mais, malgré tout, ces minerais trouvés partout étaient considérés comme très rares et, de nos jours encore, on regarde le tungstène comme un métal rare. Aussi la note publiée en 1786 dans l'Encyclopédie méthodique rédigée par Morveau pour la chimie et par Duhamel pour la métallurgie serait-elle d'actualité :

Quelques naturalistes qui ont voyagé en Allemagne m*ont assuré qu'on y rencontrait assez communément le wolfram et que si l'on n'avait pas pris jusqu'à présent la peine de le ramasser, c'est parce qu on ne lui connaissait aucune valeur ; mais ce n^est pas seulement sur ce rapport que les Chymistes peuvent fonder respérance d'avoir bientôt cette mine en abondance pour multiplier les essais. Je reçois à l'instant le cahier des annales de M. Crell pour le mois de juin de 1786 et j'y trouve une lettre de M. Raspe de la province de Cornouailles, qui annonce la découverte de deux mines de tungstène dont on peut tirer plusieurs milliers de tonneaux, chacun du poids de aoquintaux. Cette mine se présente sous deux formes différentes : l'une est un filon très pesant, l'autre a une apparence de mine de fer ochreuse ; mais toutes les deux donnent le tiers ou même la moitié de leur poids de poudre jaune; cette poudre devient bleue par la dig« stion avec la dissolution muriatique d'étain, elle devient blanche avec l'alkali volatil, etc. Ainsi, les expériences de M. Raspe confirment encore pour les faits principaux celles de MM. Scheele, Bergmann et d'Elhuyar. Quoique ce savant parle de ces mines comme étant très difficiles à fondre et à réduire, il paraît néanmoins qu'il est parvenu à en retirer le régule dans la proportion de 87.3 par quintal de la première et de 36.5 pour la seconde; il ajoute que ce régule ne tient que très peu de fer y quil entame le verre comme racier le mieux trempé et qu'il pourrait peut-être servir dans quelques fabriques à durcir des ouvrages de fer et d* acier.

En i8o5, Vauquelin et Hecht* signalent l'existence

TUNGSTENE. 21

d'une nouvelle espèce dé minerai. Dans un échantillon provenant de la Haute- Vienne qui leur avait été envoyé par AUuau, ils trouvèrent line proportion de manganèse de beaucoup supérieure à celle indiquée pour le wolfram ordinaire. En réalité, le minerai était intermédiaire entre le wolfram contenant très peu de manganèse et la hiibnerite qui ne renferme que du manganèse et une proportion de fer très faible. Vauquelin et Hecht, en analysant ce minerai, signalèrent, en outre, deux faits très intéressants : la volatilité de l'acide tungstique sous l'action d'une très haute température et l'existence du fer au maximum d'oxydation dans le wolfram. Cette dernière observation a été faite à nouveau par le com te Schaffgotsch, à qui Berzélius en attribue la découverte, et confirmée par Wœhler*. C'est à Ebelmen ^ que l'on doit d'avoir établi quelle était la cause de l'erreur commise par ses devanciers, en faisant voir que le vfolfram était un tungstate double de fer et de manganèse et qu'il se produisait une réduction de l'acide tungstique par les sels ferreux et manganeux. Dans une communication récente, j'ai^ confirmé les conclu>ions d'Ebelmen.

En i844, Domeyko publia l'analyse d'un tungstate de cil aux et cuivre trouvé dans la mine de cuivre de Llammo à Coquimbo. On signale ensuite la présence du lunf^slène à côté d'un grand nombre de minéraux d'étain et la découverte d'un grand nombre de gisements de wolfram en Portugal a permis de satisfaire aux besoins industriels.

(7) Métal. — Les frères d'Elhuyar ont préparé les premiers le tungstène métallique en soumettant l'oxyde

aa INDUSTRIE DES METAUX SECONDAIRES.

humecté d'huile à liué chaleur intense dans un creuset brasqué. Au bout de deux heures, ils obtinrent 2 kg. 6 de métal légèrement agglutiné et formé de globules, dont quelques-uns avaient la grosseur d'une tète d'épingle. Us préparèrent avec ce métal de nombreux

Les recherches postérieures ont marqué un recul. Pe^rson €t Klaproth essayent en vain de réduire l'acide tungstique parle charbon. Vauquelinet Hecht à Paris, Allen et Aiken à Londres sont plus heureux en réduisant l'acide tungstique ou le tungstate d'ammoniaque ; mais le métal qu'ils obtiennent est très dur, cassant et ne s'allie que très mal.

Le tungstène a été préparé ensuite par plusieurs procédés qui peuvent se résumer ainsi :

i** Réduction de l'acide tungstique par l'hydrogène ou par le charbon. — La réduction par le charbon doit être faite à haute température au rouge vif. Avec l'hydrogène, il n'est pas nécessaire de chauffer aussi haut; le métal obtenu est plus pur.

A la température du four électrique, la réduction de l'acide tungstique par le charbon est très facile, mais le produit obtenu n'est pas pur; il renferme du car- . bone en plus ou moins grande quantité.

2° Réduction de l'acide tungstique par un métal. — L'emploi de l'aluminium en poudre ne convient pas. M. Stavenhagen* a montré qu'il était nécessaire de se servir d'aluminium en fils et le tungstène obtenu renferme des alliages d'aluminium. M. Delépine* a indiqué un excellent procédé de réduction par le zinc au rouge. Le métal obtenu après traitement par l'acide

TUNGSfÈNB. 23

chlorhydrique, puis par la potasse et réduction par rhydrogèùe, est très pur.

^ 3** Réduction des chlorures. — ^ En traitant les chlorures de tungstène par le sodium, M. Riche * a obtenu une poudre brune, d'où on ne peut élimiùer que très difficilement les impuretés. Wœhler etUslar^ ont préparé le tungstène métallique à l'état d'enduit brillant sur lin lube de verre chauffé aussi fortement que possible, dans lequel circulait un mélange de vapeurs de chlorures de tungstène et d'hydrogène.

4^ Décomposition par la chaleur de composés du tungstène. — En chauffant au rouge vif à l'abri de l'oxygène de l'amidoazoture de tungstène, Wœhler aurait préparé du tungstène pur. M. Roscoe* aurait aussi réussi à décomposer le tétrachlorure.

5^ Electrolyse des tungstates. — -Zettnow* apuélectrolyser du tungstate de sodium fondu et le tungstène s'est déposé à l'état de poudre noire amorphe, en même temps que se formaient des tungstates doubles de tungstène et de sodium. Tout dernièrement, M. Hallopeau* a obtenu du tungstène cristallisé par l'électrolyse du paratungstate de lithium maintenu en fusion dans un creuset de porcelaine. L'intensité du courant varie de 2, 6 à 3 ampères ; la tension est de 25 volts, les électrodes sont en platine.

6® Distillation de l'amalgame. — M. Férée * en électrolysant des solutions acides de chlorure de tungstène, avec une cathode en mercure, a réussi à obtenir, mais en très petite quantité^ deux amalgames de tungstène qui, distillés dans le vide, ont fourni du tungstène en poudre très attaquable et pyrophorique.

7° Réduction du wolfram par le chalumeau oxhydrique

INDUSTRIE DES METAUX SECOîîDAiaES.

— Dans une lettre de M. Edouard Daniel Clarke *, professeur de minéralogie à l'Université de Cambridge, au rédacteur du Journal de l'Institution royale, sont décrites quelques expériences faites au moyen du chalumeau de M. Neuman. Cette lettre, traduite dans les Annales de chimie et de physique, semble avoir été complètement oubliée ; nous aurons souvent l'occasion d'y revenir. Voici en quels termes l'auteur décrit la réduction du wolfram :

Wolfram. Cette substance fut promptement fondue et non moins rapidement réduite à l'état métallique. La fusion donna d'abord une scorie noire qui, par la continuation de la chaleur, fut tenue en ébuUition sur le carbone pendant trois minutes ; on eut ensuite un culot métallique qui, à l'examen, avait l'apparence du fer magnétique de Laponie quoiqu'il ne fut pas pourtant doué de magnétisme. Ce culot résista très bien à l'action d'une lime fine et il présenta une surface métallique d'un éclat très vif.

(8) Propriétés physiques. — Les propriétés physiques du tungstène varient beaucoup suivant son mode de préparation. Tantôt il se présente sous forme de poudre amorphe, gris-noirâtre et pyrophorique (Férée), gris d'acier (Roscoe), brune (Riche), noire (Zettnow), brillante (Wœhler) ; tantôt sous la forme de globules à aspect métallique (d'Elhuyar) ou de masses dures irrégulières semées de cavités (Moissan) ou, de paillettes cristallines (Hallopeau).

Sa densité est fort élevée et très variable.

(d'Elhuyar).

(21°) (Uslar).

(Bucholz).

(21°) (Wœhler).

(Allen et A.iken) .

(170) (Zettnow).

(i7o3)(Bernouilli).

(Delépine) .

(Smith).

(1705) (Zettnow).

(Riche).

(Moissan) .

(Usiar).

(Hallopeau)

TUNGSTÈNE. 2&

Les poudres de tungstène obt^iues en réduisant par le charbon de l'acide tungstique provenant de la calcination de tungàtate d'ammoniaque, ou même en réduisant directement un tungstate d'ammoniaque, renferment toujours des azotures, ainsi que je l'ai souvent constaté. Il en est de même des poudres obtenues par la calcination des azotures ou par d'autres procédés de réduction. La densité du tungstène pur et chaufié à très haute température est supérieure à 18.6 et voisine de 18.68.

Le tungstène est très réiractaîre. Despretz* a réussi à le fondre en petite quantité dans l'arc électrique fourni par ÔCK) éléments Bunsen, en opérant dans une atmosphère d'azote. La masse présentait dans ses fractures l'éclat de l'acier; elle était assez dure pour rayer le corindon. M. Riche, en répétant à l'air une expérience analogue, a brûlé une partie du métal. Le point de fusion du tungstène pur parait être situé au-dessus de 3 000®. D'après MM. Waidner et Burgess*, elle serait de 3 080®.

M. Riche a essayé de l'agglomérer par compression comme on le fait pour le platine ; mais l'opération est difficile, parce que si l'on chauffe, le tungstène s'oxyde et, si l'on comprime trop fortement, le métal se brise.

Les propriétés du tungstène observées par M. Moissan* diffèrent sur ce dernier point. D'après lui, le tungstène, quand il est à l'état poreux, possède, comme le fer, la propriété de se souder à lui-même par le martelage, bien avant son point de fusion. Il se laisse limer avec facilité et ne raye pas le verre quand il est pur.

La chaleur spécifique du tungstène est de 0,33^2

Les Métaux secondaires. a

(Regnault), o,338 (Smith), o,o35 à gS^, 0.336 à 258, et de 0,0375 à 4^3 (Defacqz et Guichard.) Le tungstène pur n'est pas magnétique.

(9) Propriétés chimiques. --- Le tungstène par ses propriétés chimiques se rattache au chrome et au molybdène. Le tungstène, préparé même à très haute température, est attaqué à froid par le fluor, à 25o® par le chlore, .à température plus élevée par le brome, au rouge cerise par Tiode. Il brûle dans l'oxygène au rouge et ne paraît pas attaqué par le soufre. Le carbone se dissout très facilement dans le métal chaufie au four électrique, ainsi que le silicium et le bore. On connaît les deux carbures CW* et CW tous très durs et plus attaquables que le métal, deux siliciures Si'W^ et SiW et un borure B^W, très durs, moins denses et moins réfractaires que les carbures.

Les acides fluprhydrique, sulfurique et chlorhydrique ne l'attaquent que très difûcilement. Au contraire, l'acide azotique et l'eau régale le transforment rapidement en acide tungstique s'il est à l'état de poudre fine. Tous les composés oxydants attaquent avec énergie le tungstène pulvérisé.

Le chlore forme avec le tungstène de nombreux composés, qui se préparent tous à l'aide de l'hexachlorure WCP. Ce sont:

WCP : solide gris, non volatil, altérable à l'air, se dissout lentement dans l'eau avec une coloration brune; s'obtient en réduisant l'hexachlorure par l'hydrogène ou en décomposant par la chaleur le tétrachlorure dans une atmosphère d'acide carbonique.

WCl* : masse cristalline, très légère, d'un brun gris,

TUNGSTENE. 2']

infusible, non volatile, hygroscopique, se dissout dans Teau en formant un dépôt d'oxyde brun et une solution vert brunâtre — se prépare difficilement par l'action de rhydrogène sur Thexachlorure.

WCl* : longues aiguilles noires et brillantes. Vapeurs jaune verdâtre : fond à 244^ environ, se solidifie à 24o**, bout à 275*^6; — hygroscopique, se dissout dans l'eau; est le premier produit fourni par l'action de Thydrogène sur Thexachlorure.

WCl^ : cristaux noir violacé, inaltérables à l'air quand ils ne renferment pas d'oxychlorures ; très solubles dans le sulfure de carbone anhydre : fond à 2750, se soHdifîe à 270°, bouta 346^7. Son point de fusion change quand il renferme un chlorure inférieur. — Ce composé s'obtient par l'action du chlore bien sec sur le métal sec.

WO2 CP : tables quadratiques transparentes jaune citron, sublimables. Stable à l'air humide : prend naissance par l'action du chlore sur le bioxyde de tungstène, sur l'anhydride tungstique.

WOCl* : magnifiques aiguilles rouges rubis transparentes, se sublime dans l'oxygène, fond & iio®4, se solidifie à 206^7, bout à 227^5 — se prépare par l'action du chlore sec sur un mélange d'anhydride tungstique et de charbon.

Avec l'oxygène, le tungâtène forme plusieurs oxydes.

WO^ : oxyde brun ou rouge qui se prépare par voie sèche en réduisant l'anhydride tungstique ou le paratungstate de lithium par l'hydrogène ; stable à l'air quand il a été refroidi lentement dans l'hydrogène, 1res oxydable, brûle comme de l'amadou à l'air en se transformant en anhydride tungstique ; par voie humide, il

se dépose sous forme de paillettes rouge de cuivre quand on réduit par le zinc la solution chlorhydrique d'un tungslate. Sous cette forme, il est très oxydable.

W^O^ : cet oxyde bleu apparaît d'abord dans là^ réduction par le 2inc et c'est là une des réactions les plus nettes pour le tungstène. On le prépare encore par voie humide en décomposant par l'eau le pentachlorure. Par voie sèche, il prend naissance en réduisant au-dessous de 3oo** l'anhydride tungstique, en calcinant le tungstate d'ammonium, en vase clos, en éleclrolysant le tungstate de sodium fondu ou après ébuUition avec Tacide chlorhydrique. Au chalumeau il se produit en flamme réductrice et en présence de charbon.

WO': anhydride tungstique jaune, insoluble dans l'eau, produit ultime de la calcination prolongée à l'air ou dans l'oxygène à l'abri des poussières organiques du métal, des oxydes précédents et des lungstates à base volatile. Il est orangé à chaud, jaune à froid. Une teinte verte indique un commencement de réduction ; on le peroxyde par quelques gouttes d'acide nitrique. Il se volatilise à très haute température (Vauquelin). Avant calcination, il se dissout très facilement dans l'ammoniaque.

Cet anhydride fournit des sels neutres et des sels acides. Les premiers sont insolubles, à l'exception des tungstates alcalins et du tungstate de magnésium. Les sels acides sont les para tungsta tes 5 M^O. 12 WO^ + H*0 et les meta tungsta tes M^O 4 WO'. Les sels neutres ont pour formule WO*M^.

Les paratungstates sont peu solubles ; les métatung- States sont au contraire très solubles, à l'exception de ceux de mercure (au minimum) ou de plomb. Ces tung-

TUNGSTENE. 29

States sont décomposés par les acides minéraux en excès, sauf quand la solution renferme de l'acide phosphorique. Cet acide possède la propriété de transformer les sels en mélatungstates et se combine à Tacide tungstique pour donner des phosphotungstates. Les tungstates acides, traités par les réducteurs, fournissent des composés inattaquables, aux couleurs éclatantes appelés bronzes de tungstène.

Le tungstène fournit deux sulfures : l'un WS*, bisulfure obtenu par voie sèche, en fondant par exempledu carbonate de sodium, du soufre et de l'anhydride tungstique ; l'autre WS^, trisulfure, facile à obtenir par voie humide, en décomposant par yn acide la solution d'un sulfotungstate. Le premier est rigoureusement insoluble dans l'eau ; le second l'est dans l'eau acidulée.

Alliages. — Les frères d'Elhuyar ont préparé un grand nombre d'alliages, mais leurs résultats n'ont pas été tous confirmés. Ils chauffaient 5o grains d'acide tungstique avec loo grains (o gr. o53 1 1 ) d'un autre métal dans un creuset brasqué avec une quantité convenable de charbon. Ils ont obtenu les résultats suivants :

— Avec Tantimoine, un bouton métallique d'un brun foncé qui pesait 108 grains

— Avec le plomb, un bouton d'un gris foncé, peu éclatant, spongieux, ductile, qui néanmoins se divisait en lames par le marteau.

— Avec Tor, un alliage jaune qui n'était pas entièrement fondu et qui pesait 189 grains.

— Avec le cuivre, un culot d*un brun rougeâtrc spongieux et ductile qui pesait i33 grains.

— Avec le manganèse, un alliage d'un brun bleuâtre, d'im aspect terreux, qui pesait 107 grains.

3o INDUSTRIE DES MÉTAUX SECONDAIRES.

— Avec le platine, un alliage friable dans lequel on remarquait les grains de platine qui étaient plus blancs qu*à l'ordinaire.

— Avec le fer, un culot parfait dont la cassure était compacte d'iin brun blanchâtre, il pesait 187 grains.

— Avec l'argent, un bouton spongieux d'un brun pâle, un peu ductile sous le marteau, il pesait 142 grains.

— Avec le bismuth, un culot très dur, cassant, qui par endroits était métallique et dans d'autres terreux, il pesait i38 grains.

D*après Berthier*, on n'obtient pas d'alliage de plomb et de tungstène en fondant les deux métaux ensemble, mais une masse hétérogène. On réussit mieux en réduisant par le charbon un mélange des deux oxydes dans les rapports PbW et PbW^; en chauffant au rouge» vif, le plomb est volatilisé. Ces alliages sont caverneux ; ils peuvent s'agglomérer sous le marteau et se réduire en feuilles minces sous le laminoir.

Le zinc ne s'allie pas au tungstène, ni Tétain ni le cuivre. Les travaux du capitaine Caron^ont confirmé les travaux de Berthier sur ces deux points et montré que l'addition du wolfram au bronze le rendait simplement plus dur.

Les métaux auxquels le tungstène s'allie réellement sont le fer, le nickel et l'aluminium. On a pu préparer directement ou retirer des alliages obtenus par l'industrie, des aciers ou des fontes, les composés définis suivants : Fe^W (acier au tungstène attaqué par CIH), FeW^ (préparé au four électrique), FeW^G^ (four électrique), Fe^CWC (aciers carbures à 2 p. 100 G) aFe^C. 3 W^C (four électrique).

A1W% APW (aluminothermie, difficilement attaqué par l'eau régale) : A1*W (fusion au rouge d'un

TUNGSTÈNE. 3l

mélange de W0^ NaCl,KCl, Al et cryolithe,ou aluminothermie) facilement attaqué par les acides.

Poids atomique. — Le poids atomique du tungstène a été déterminé le plus souvent par la réduction de l'anhydride tungstique par l'hydrogène. La commission internationale des poids atomiques a adopté la valeur 184.

MINERAUX GISEMENTS MINES

(10) Minéraux. — Les minéraux du tungstène sont peu nombreux ; ils sont constitués par Tacide tungstique et ses sels de calcium, de fer, de manganèse et de cuivre.

Wb///'a/nme (Wolframocre) . Acide tungsliqueanhydre. Matière terreuse jaune ou verdâtre sur le wolfram. Hydraté (avec un peu d'acide tantalique) sur la scheelite.

Saint-Léonard, Meymac.

Wolfram, Tungslate de fer et de manganèse. Noir ou brun. Facilement clivable. Poussière rouge. P. S. = 7.1-7.6 — D = 5 à 5.5; associé au quartz hyalin, accompagne les minerais d'étain

Saint- Léonard. Schlackenwald-Zinnwald. Freyberg, etc.

Hûbnérite. — Tungstate de manganèse. Cristaux bruns. P. S. =7.1. — Boulder, Nevada (États-Unis).

Scheelite. Tungstate de calcium. Octaèdres quadratiques blancs gris ou jaunâtres, éclat adamantin. — P.S. = 5.9 à 6.07. — D = 4.5à 5 — Framont, Australie.

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