SOUFRE
Les Chinois font grand usage du soufre, qu’ils rencontrent dans leurs terrains sous diverses formes. Ils le trouvent associé tantôt à des terres de couleur variable, tantôt à des matières bitumineuses ou à d’autres substances d’origine ignée. L’auteur chinois ajoute qu’il existe généralement des eaux sulfureuses dans le voisinage des gisements de soufre *.
Les Chinois donnent au soufre le premier rang dans leurs collections de pierres utiles, qui comprennent soixante-douze substances différentes; c’est pour ce motif qu’ils le désignent sous le nom de général.
Le soufre se combine avec les métaux, et engendre des sulfures fréquemment noirs ; associé au salpêtre et au charbon, il constitue la poudre à canon, et sert aux feux d’artifice.
On distingue deux espèces de soufre :
1° Le soufre de pierre , que l’on extrait du sein des montagnes des îles Lieou-kieou ;
1. Dans lu pays do Tong-ha( (province do Kiang-nan ) d'où l’on extrait de grandes quantités de soufre, on ne connaît pas cependant de sources sulfureuses.
ZO
2° Le soufre terreux , qui se rencontre dans le pays de Kouang-nan (province de Yun-nan).
L’auteur chinois cite plusieurs pays qui fournissent ces deux qualités de soufre; il parle encore d’une variété brillante, blanchâtre, qui est considérée comme un produit supérieur, et d’une variété jaune qui vient en seconde ligne; res deux dernières variétés sont spécialement destinées à la fabrication de la poudre à canon. 11 existe enfin une troisième espèce de soufre noir, qui est peu estimée et que Ton emploie pour enduire des copeaux de bois , dans le but de produire une matière très-combustible propre à allumer le feu. Ce soufre noir est d’un prix très-peu élevé et il ne peut servir qu’à des usages grossiers *.
On obtient le soufre en soumettant à l’action de la chaleur les pierres ou la terre avec lesquelles il est mélangé (certains auteurs ont confondu ces pierres avec l’alun, de là est venu le nom de suc d'alun qui est donné au soufre); les minerais de soufre sont en partie formés de pierres blanches, quelquefois analogues à celles qui se rencontrent au-dessus des filons de houille, et au moyen desquelles on produit l’alun.
Le minerai de soufre est placé sur la grille d'un fourneau, et recouvert de houille; on exécute chaque opération sur mille livres de matière. La partie supérieure du fourneau peut être fermée à l’aide d’une calotte de terre cuite terminée par un tuyau conique : intérieurement, les bords inférieurs de celte calotte sont relevés et forment une véritable gouttière circulaire. Toute celte partie de l’appareil est recouverte de pierre de soufre provenant d’une opération précédente, qui a pour but, sans doute, d’empêcher les trop grandes déperditions de calorique. Sous l’action de la chaleur, le soufre contenu dans le minerai se volatilise, après s’étre consumé en partie, en produisant une belle flamme jaune dorée. Quand
1. L’auteur chinois veut sans douie parler de bitumes sulfureux. P.C.
la calotte de terre est disposée sur le fourneau, les vapeurs de soufre, ne trouvant plus d’issue, se condensent sur les parois intérieures de ce réfrigérant, ruissellent et se rassemblent dans la gouttière circulaire, d’où elles se rendent dans une sorte de cristallisoir en briques, dont le fond est couvert de cendres. Le soufre liquide ne tarde pas à se solidifier en se refroidissant; on le brise alors, et on le livre au commerce en fragments de grosseur variable.
Les Chinois, comme nos anciens alchimistes, ont quelquefois des idées bizarres sur les produits chimiques qu’ils connaissent, et le soufre, entre autres, est pour eux l’objet de singulières hypothèses; ils considèrent ce corps comme un principe mâle, et ils regardent au contraire le salpêtre comme un principe femelle', l’accouplement, le mariage de ces deux produits donne naissance à la poudre qui détone violemment au contact d’une flamme.
Les auteurs chinois prétendent que les habitants du Nord ne connaissent pas le soufre, et qu’ils ne savent pas l’extraire de ses minorais; ils disent au contraire que les peuples de l’Occident, et que les hommes aux cheveux rouges, -doivent savoir produire le srtufre, puisqu’ils disposent de canons, armes terribles, objets de crainte et d’étonnement.
Les usages industriels du soufre sont assez importants dans le Céleste Empire; ses usages médicinaux ont aussi quelque intérêt: il est employé pour traiter les ulcères, pour détruire l’acarus de la gale, et pour préserver les bambous des ravages causés par les insectes.
Le soufre chinois que l’on trouve dans le commerce est de bonne qualité, mais il ne vaut certainement pas le soufre de Formose dont nous avons eu entre les mains plusieurs échantillons.
L’exploitation du soufre en Chine est un privilège , elle ne peut s’exécuter sans une permission spéciale du gouvernement.