CHAUX VIVE
Les Chinois savent fabriquer la chaux et ils en produisent des quantités considérables. Sur les bords du Yang-tse-kiang, on aperçoit un grand nombre de fours à chaux qui alimentent les provinces avoisinantes.
Les auteurs chinois affirment qu’il est impossible de parcourir l’empire de la Chine sur un espace de cent li (dix lieues), sans rencontrer dans le sein de la terre des pierres propres à la fabrication de la chaux (calcaire ou carbonate de chaux). Les pierres les plus estimées des Chinois pour celle industrie sont de couleur noire; celles qui offrent une nuance jaunâtre sont considérées comme ayant moins de valeur. Elles ne se rencontrent souvent qu’à vingt ou trente pieds au-dessous de la surface du sol, et on les extrait en pratiquant dans la terre de profondes excavations.
Pour calciner la pierre à chaux (c’est à dire pour chasser l’acide carbonique du carbonate de chaux), on entasse un mélange de pierre à chaux et de houille dans un four construit en terre et en briques réfractaires. On dispose le carbonate de chaux en couches horizontales, séparées par un mélange de menue houille et d’argile que l’on a préparé au préalable. Le tout est assis sur des fagots que l'on enflamme et qui déterminent la combustion du charbon de terre. Le feu se maintient pendant plusieurs jours, et quand l’opération est terminée, ou retire la chaux caustique qui a pris naissance et <pii est durcie sous l’action de la haute température produite. Quand elle provient d’un calcaire de bonne qualité,
DK L’EMPIRE CHINOIS.
elle se fendille assez rapidement à l’air, elle absorbe l’humidité et se transforme en une matière pulvérulente blanche (hydrate de chaux). Pour l’employer on la mélange avec de l’eau; il se produit une élévation de température considérable, due à la formation d’une nouvelle combinaison de l’eau et de la chaux (chaux éteinte).
La chaux éteinte est d’un usage très-fréquent en Chine. On s’en sert pour préparer une substance destinée à calfeutrer les navires. A cet effet, on la mélange avec des huiles de poissons ou certaines huiles végétales, et on ajoute à la pâte ainsi obtenue des vieux chiffons; le tout est fortement pilé, de manière à former une substance homogène.
Quand on l’emploie pour relier entre elles les pierres dans les constructions, il est nécessaire, après son extinction, de la passer au tamis pour éliminer les pierres ou les fragments de calcaire non décomposés qui ne pourraient se transformer en chaux éteinte. Pour employer la chaux à cet usage, il est bon d’y ajouter une petite quantité d’huile.
Les Chinois utilisent encore la chaux pour crépir les murs de leurs habitations. Dans ces cas, ils la mélangent avec certaines matières textiles propres à la fabrication du papier. Ils savent aussi façonner une espèce de mortier hydraulique, presque exclusivement destiné à rendre imperméable le fond des sépultures ou des réservoirs. Ce mortier est formé par le mélange de trois parties de sable de rivière avec autant d’argile jaune et une partie de chaux; on y ajoute de l’eau provenant de la cuisson du riz, et il se forme une pâte épaisse que l’on pétrit avec grand soin avant de l’employer.
[Les applications de la chaux sont pour ainsi dire innombrables en Chine, et nous devons renoncer à décrire en détail tous ses usages. Cependant, nous ne pouvons passer sous silence son emploi pour la fabrication de récipients destinés à transporter les huiles et les vernis.
(Le commerce des huiles et des vernis est d’une haute
importance dans le Céleste Empire, mais pour transporter d’un point à un autre ces liquides, on n’emploie ni tonneaux ni récipients métalliques; on se sert de vases fabriqués de la manière suivante. On commence par faire des carcasses à claire-voie au moyen de morceaux de bambous coupés et tressés; on les garnit intérieurement de feuilles de papier de bambou d’une qualité inférieure, que l’on rend adhérentes au moyen d’une colle spéciale faite avec un mélange de farine et d’une solution chaude de gélatine. Ces paniers, ainsi garnis, sont enduits intérieurement, au pinceau, d’une couche de chaux et de fromage de pois additionné de sable. On se sert du fromage de pois altéré, dont les marchands ne peuvent tirer aucun prolit: ce fromage, qui subit une décomposition rapide sous l’influence de la chaleur, est abondant et à bon marché, surtout en été; pendant cette saison, en elfet, ainsi que nous le dirons plus loin, il ne peut se conserver au delà d’une journée. On le mélange avec de la chaux éteinte pulvérulente et du sable de rivière tamisé très-lin; on obtient ainsi une pâte liquide qui est brassée et rendue homogène. On l’applique alors en couches minces sur le papier qui garnit intérieurement les paniers de bambous; les pinceaux qui servent à étaler cette pâte sont larges, très-plats, et sont fabriqués avec les libres textiles de l’écorce du palmier. Le mélange de fromage de pois, de chaux et de sable, forme sur le papier une couche de ()"', 001 à 0 m ,0015 d’épaisseur. On laisse sécher ce mastic, et quand il est solidilié, on le garnit do nouvelles feuilles de papier que l’on fait adhérer au moyen de fromage de pois uni à une petite quantité de chaux et d’eau. On abandonne le lout à l’air sec, et les récipients ainsi obtenus ne lardent pas à être livrés au commerce.
Avant d’employer ces vases, les marchands commencent par imprégner d’huile leurs parois intérieures; ils les remplissent alors des substances qu'ils veulent expédier, et ferment le tout au moyen d’un couvercle de même nature que
le récipient, et qui est soudé par un mastic de chaux et de fromage de pois.
Ces vases sont très-fréquemment employés en Chine, et ils sont presque exclusivement destinés au transport des huiles et des vernis corrosifs très-coûteux, qui servent aux fabricants de meubles. L’un de ces vernis renferme une
substance volatile qui exerce une action très-énergique sur la peau et désorganise promptement les matières organiques; on conçoit qu’il pourrait occasionner des accidents très-graves s'il était contenu dans des vases fragiles, susceptibles de se briser facilement. Les paniers dont nous venons de décrire la fabrication, offrent une très-grande solidité; ils sont doués d’une certaine élasticité qui leur permet de résister d’autant mieux aux chocs, et on peut les employer plusieurs années sans qu’ils se détériorent. Le prix d’un do ces récipients de cent litres de capacité est de 75 centimes à 1 franc. Nous avons vu sur le Yang-tse-kiang des jonques chargées de ces vases qui servaient à transporter de la province de Ssetcliuen dans les différentes provinces de la Chine, les grandes quantités de vernis qu’on prépare dans ce pays.]) P. C.
Chaux préparée avec les écailles d'huilres . — Dans certaines parties de la Chine, dans les provinces de Fo-kien et de Rouang, par exemple, où l’on ne rencontre pas de pierres calcaires de bonne qualité, on fabrique la chaux avec les écailles d’huîtres. Les rivages de ces contrées sont protégés par de hautes falaises, sans cesse battues par les Ilots (h; la mer et où se creusent de profondes excavations; là se forment bientôt des bancs d’huîtres considérables, qui sont exploités pour la fabrication de la chaux. Pour détacher ces huîtres, qui sont d’une grande dimension, les ouvriers entrent dans l’eau jusqu’à la ceinture, et ils ne peuvent enlever les coquilles qu’à l’aide d’un ciseau et d’un marteau. Les huîtres ainsi extraites sont calcinées dans des fours analogues à ceux qui servent à cuire la pierre calcaire. Elles fournissent une chaux
qui est spécialement employée pour calfeutrer les navires, pour revêtir les murs ou pour unir les pierres dans la construction des ponts ; on l'applique toujours à l’état de mélange avec de l’huile de Eleococcus verrucom. L’auteur chinois qui décrit cette fabrication de la chaux prétend que les grandes huîtres fournissent un produit d’une qualité particulière, qu’il faut se garder de confondre avec celle que produisent les huîtres de petite dimension.