NOTICE SUR LES MIROIRS MAGIQUES DES CHINOIS ET LEUR FABRICATION
« Miroirs magiques . — Plusieurs savants illustres ont cherché longtemps et sans succès la véritable cause du phénomène qui a fait donner à certains miroirs métalliques, fabriqués en Chine, le nom de miroirs magiques. Dans le pays même où on les fait, aucun Européen n avait pu obtenir jusqu’ici, des fabricants ou des lettrés, les renseignements qui nous intéressent, parce que les uns les tiennent secrets, quand par hasard ils les possèdent, et que les autres les ignorent en général. J’avais trouvé maintes fois, dans les livres chinois, des détails sur ces sortes de miroirs, mais ils n’étaient point de nature à satisfaire la juste curiosité des savants, soit que l’auteur donnât de lui-même une explication hasardée, soit qu’il avouât de bonne foi que cette curieuse propriété est due à un artifice de fabrication dont quelques artistes se réservent le monopole. Cette réserve prudente se conçoit aisément, quand l’on songe que les rares miroirs qui produisent le phénomène requis se vendent dix et vingt fois plus cher que les autres. Cn grand miroir de ce genre existe entre les mains de M. le marquis de La Grange, membre de l’Académie îles inscriptions et belles-lettres*.
1. Cette note, qui présente un grand intérêt à plusieurs points de vue, est due exclusivement aux recherches habiles de M. Stanislas Julien qui l'a présentée à l’Académie des sciences.
2. Ce miroir, dont le revers est en grande partie oxydé, oITro quatre grands caractères unis (c’est-à-dire sans relief) et d'un métal plus pâle que le reste du disque, savoir : à droite, le mot choang (deux), et à gauche, le mot kin (métal, métaux); en bas, le mot très-compliqué cliooit, longévité; celui du haut est masqué par une couche d’oxyde. Il est probable que c’est le mot fou, bonheur, qu’on associe toujours, sous forme de souhait, au mot longévité.
Au centre du miroir, se trouvent deux lignes verticales, de cinq pe-
« Thcou-kouang-kièn ou miroirs qui se laissent pénétrer pur la lumière (expression qui vient d’une erreur populaire). Si l’on reçoit les rayons du soleil sur la surface polie d’un de ces miroirs, les caractères ou les fleurs en relief qui existent sur le revers se reproduisent fidèlement dans l’image (reflétée) du disque. Tchin-kouo (écrivain qui florissait au milieu du xi e siècle) en parle avec admiration dans ses Mémoires intitulés Mong-ki-pi-tân , liv. XIX, fol. 5. Le poète kin-ma les a célébrés en vers; mais jusqu’au temps «les empereurs mongols, aucun auteur n’avait pu expliquer ce phénomène. Ou-tseu-hing, «pii vivait sous cette dynastie (entre 1260 et 13A1), a eu le premier ce mérite. Voici comment il s’exprime à ce sujet :
« Lorsqu’on place un de ces miroirs en face du soleil, et « qu’on fait refléter, sur un mur très-rapproché, l’image de « son disque, on y voit apparaître nettement les ornements « ou les caractères en relief qui existent sur le revers. Voici « la cause de ce phénomène qui provient «le l’emploi distinct « de cuivre lin et de cuivre grossier. Si, sur le revers du « miroir, on a produit, en le fondant dans un moule, un dragon « disposé en cercle, sur la face «lu disque, on grave profon- « dément mi dragon exactement semblable. Ensuite, avec du « cuivre un peu grossier, on remplit les tailles profondes de « la ciselure ; puis on incorpore ce métal au premier, «pii «loit « être d’une qualité plus pure, en soumettant le miroir à « l’action «lu feu; après «pioi l’on plane et l’on dresse la face « du miroir, et l’on y étend une légère couche de plomb « (étain?) 1 .
« Lorsqu’on tourne vers le soleil le disque poli d’un
lits caractères chacune, dont le sens est (ligne droite), image supérieurement vraie cl pure ; (ligne gauche), par un soleil clair, les (quatre grands) caractères naissent d’eux-mêmes, — c’est-à-dire apparaissent d’eux-mêmes, et se détachent nettement sur l’image du disque poli.