‹ Industries anciennes et modernes de l'empire chinoisChapitre 13 sur 115 · SOUDE ET POTASSE · texte numérisé non relu

SOUDE ET POTASSE

(LesChinois ne connaissent pas la soude proprement dite ; on trouve cependant dans le nord un sel que nous avons analysé et qui n’est autre que le carbonate do soude cristallisé. Ce produit, assez rare en Chine, n'a pas les mêmes usages qu’en Europe; il remplace dans certains cas le savon. Les habitants du Céleste Empire emploient du reste fréquemment les eaux de lessivage des cendres de plantes qui renferment des quantités notables de soude et de potasse. Ils traitent indifféremment les cendres de bois, de paille de riz, etc.) P. C.

Les lessives qu’ils obtiennent s’appliquent au blanchiment des matières textiles, telles que le china-grass, le chanvre, la soie, etc. Elles servent encore en teinture pour aviver les couleurs qui ne sont pas détruites sous l’influence des alcalis; elles donnent d’excellents résultats avec la garance; le carthame, au contraire, serait décomposé sous leur influence.

DE L’F.MPIRE CHINOIS.

D’après quelques textes chinois, les lessives alcalines des cendres seraient encore employées à préparer les cuves

d’indigo.

CO U L i: ü R S M I N Ê R A L ES.

(Les Chinois font très-fréquemment usage de matières colorantes empruntées au règne minéral, et ils emploient surtout celles qui ne nécessitent pas des préparations compliquées; nous nous bornerons à signaler dans ce chapitre les plus importantes d'entre elles.) P. C.

Orpiment laminaire (sulfure d’arsenic). — On rencontre l’orpiment dans la montagne de Wou-tou (province deChensi). Pour s’assurer de sa qualité, on le frotte avec l’ongle, et s’il donne une poussière d’un jaune terreux, il doit être considéré comme de première qualité. Il se présente sous des aspects divers: tantôt il affecte la forme de lamelles superposées, tantôt il offre la couleur du cinabre; d’autres fois, au contraire, il se trouve en fragments brillants, d’une couleur analogue’ à celle (Y une ente de coq; cette dernière variété est la plus estimée. Enfin la couleur de l’orpiment est quelquefois brune ou même noirâtre.

Les Chinois connaissent les propriétés du sulfure d'arsenic, et ils savent que, chauffé avec des métaux, il les sulfure en modifiant leur aspect et leurs propriétés.

Pour l’employer en peinture, on commence par le chauffer dans une tasse placée au-dessus de quelques charbons ardents. Il perd alors sa dureté et peut être facilement broyé. Si on veut l’utiliser comme couleur à l’eau, il ne faut pas le mélanger avec du sel, car il ne s’étalerait pas facilement sur le papier et l’artiste ne pourrait plus faire glisser ses pinceaux à son gré.

Faux orpiment . — On imite la couleur obtenue ayec l’orpiment naturel, en mélangeant ensemble de la pyrite cubique pulvérisée (sulfure de fer), des cendres de Nympkœa , des cendres de cheveux, du bois de mûrier et de la chaux; on jette ce mélange dans l'eau et on le soumet à une lente cuisson pendant plusieurs jours, lue fois ce temps écoulé, on obtient une couleur rouge de bonne qualité.

Oxyde vert de cuivre. — L’oxyde vert de cuivre est un minerai qui se rencontre en Perse et qui est fréquemment mélangé avec une gangue pierreuse dont on doit le séparer avant de l’employer.

On peut le préparer artificiellement en chauffant dans un vase de cuivre rouge un mélange de soude et d’eau épaissie avec de l’empois; on prolonge l’action de la chaleur pendant sept jours, et on n’a plus alors qu’à recueillir la matière verte qui s'est formée contre les parois de cuivre de la petite chaudière. Avant de se servir de cette matière verte, on la mélange avec de l’empois, on la fait sécher et on la réduit en poudre fine.

(On pourrait, dans cette opération, remplacer la soude caustique par te carbonate de soude; il se formerait du carbonate de cuivre hydraté, qui possède aussi une belle couleur verte; du reste, il est probable que l’auteur chinois veut parler du carbonate de soude et non de la soude caustique.) P. (1.

Verdet (acétate de cuivre). — On prépare le verdet en mouillant avec du vinaigre (acide acétique) des lames minces de cuivre et en ajoutant au mélange des balles de riz. On chaulTe le tout dans un vase métallique, et on sépare l’acétate de cuivre à mesure qu’il se produit. Suivant un savant japonais, les bois qu’on enduit de cette matière verte peuvent longtemps subir l’action de l’eau sans se pourrir. (On voit par là que nous ne sommes pas les premiers inventeurs de la conservation des bois au moyen des sels de cuivre. Les peuples de l’extrême Orient connaissent depuis un temps

DE L’EMPIRE CHINOIS. . r 33

immémorial les propriétés préservatrices de ces sels, propriétés qui, découvertes et appliquées en Europe depuis quelques années seulement, ont donné naissance à des applications importantes.) P. C.

Les auteurs chinois mentionnent un grand nombre d’autres substances vertes naturelles, qui sont probablement des sels de cuivre, mais nous devons les passer sous silence, car il nous a été impossible de déterminer leur nature chimique, les textes chinois n’étant pas suffisamment explicites sur ce point.

Couleur jaune (oxyde de fer limonite). — Cette substance se rencontre trés-abondamment dans les montagnes d’Hoeï-ko, on la trouve encore dans les lacs et près des îles; elle se présente souvent sous l’aspect d’une pierre qui renferme intérieurement la matière jaune à l’état pulvérulent. Cette couleur est d’une nuance très-agréable et les peintres en font un grand usage.

Couleur rouge (fer oligiste terreux). — Ce minerai existe, d’après les textes chinois, dans toutes les montagnes. Il est employé directement en peinture après avoir été pulvérisé. Il sert encore à polir les lames d’épées et les métaux.

Il existe en Chine une variété de Sanguine qui est rougeâtre ou brunâtre et qui est très-souvent utilisée pour

peindre les colonnes des monuments publics.

Couleur bleue (cuivre azuré dur). — On réduit cette matière naturelle en menus fragments à l’aide de marteaux, et on la pile ensuite dans un mortier en évitant de la réduire à un trop grand état de division, car elle perdrait une partie de son éclat.

On mélange avec de l’eau la poudre obtenue et on la laisse reposer après une vive agitation; on enlève la matière en suspension et on décante; il reste au fond du vase un dépôt de ' matière verte séparée en deux parties distinctes; la couche supérieure, beaucoup plus fine que la couche inférieure, est

de couleur bleu clair; la dernière couche, qui est formée de grains beaucoup moins ténus, est d’une couleur bleue trèsintense. Dans la même opération, on produit ainsi trois couleurs différentes qui sont nettement distinguées entre elles dans le commerce.

Parmi les minerais qui servent comme couleur bleue, il faut encore citer deux substances connues sous les noms suivants : bleu des peuples musulmans ( bleu de cobalt ) et bleu de la tête de Bouddha (l’un des noms du bleu de cobalt'). La première matière est la plus estimée ; on l’emploie sans préparation; après l’avoir séchée au soleil, il ne reste plus qu’à la broyer et à la délayer dans l’eau.

ALUNS.

(Les Chinois désignent sous le noni d’aluns de nombreux composés dans lesquels le soufre se trouve à l’état d’acide sulfurique, de même que les chimistes appellent couperoses les composés formés par l’acide sulfurique et certaines bases telles que l’oxyde de fer ou l’oxyde de cuivre (couperose bleue, couperose verte, etc.). P. C.

Les aluns fabriqués en Chine sont obtenus à l’état de pureté à l’aide de cristallisations successives; ils sont employés, comme en Europe, en teinture, en médecine et dans quelques autres industries spéciales.

Alun blanc (sulfate double d’alumine et de potasse). — L’alun blanc se prépare en Chine par des procédés analogues à ceux qu’on suit en Europe. Chez nous, on calcine la pierre d’alun (alunite), on lessive le résidu et on évapore la solution

1. Stanislas Julien, Fabrication delà Porcelaine , p. 291 et 301.

obtenue qui abandonne, par le repos, des cristaux d’alun plus ou moins volumineux, suivant la quantité de sel traité et le temps pendant lequel a lieu l’évaporation.

Pendant l’opération du lessivage de l'alunite, opération qui se fait a chaud, on voit montera la surface du liquide des flocons ténus et légers (alumine pure insoluble) qu’on nomme papillons , alun suspendu ; une certaine quantité de cette même matière, à un état moins grand de division, se précipite au fond de la cuve, et se désigne sous le nom d'alun de jarre .

Le mélange d’alumine et d’alun est employé pour le collage du papier, et il sert ainsi à préserver certains corps de

l'humidité.

Alun vert (sulfate de fer et d’alumine). — La préparation de la couperose verte accompagne ordinairement celle du soufre. On introduit dans un fourneau circulaire en briques de la pierre d’alun mélangée de gangue pierreuse de houille qui renferme du sulfure de fer; on y ajoute du silicate d’alumine et quelques autres corps étrangers. On a soin de garnir la partie supérieure du fourneau de crasse d’alun, provenant d’opérations précédentes, afin d’empêcher que ses parois ne se détériorent trop rapidement.

Il est probable que cette crasse d’alun est de l’alumine, car **lle constitue le résidu insoluble qui se forme abondamment pendant le lessivage de l’alunite.

Les gaz qui s’échappent du fourneau renfermentdu soufre provenant de la décomposition du sulfure de fer; on utilise généralement le soufre (pii se dégage ainsi en dirigeant les vapeurs dans des chambres en maçonnerie où ces vapeurs se condensent ; de temps à autre on recueille la fleur de soufre qui s’est déposée dans un étal de pureté suffisante.

Quand le minerai a subi l’action de la chaleur pendant plusieurs jours, on le laisse refroidir, on l’humecte d’eau et on le laisse au contact de l’air; le sulfure de fer en partie

décomposé se transforme en sulfate de fer, et il se forme en même temps du sulfate d’alumine; la deuxième partie du minerai sert à fabriquer le rouge d’alun, formé de peroxyde de fer et d’alumine. Le minerai grillé est introduit dans des jarres de terre remplies d’eau, et sous l’action de la chaleur, le sulfate de fer et le sulfate d’alumine se dissolvent rapidement. L’oxyde de fer et l’alumine forment un résidu insoluble. On sépare ces matières insolubles, par décantation, et le liquide, suffisamment évaporé, abandonne bientôt des cristaux d’alun de fer. Les eaux mères ne donnent pas un produit aussi pur que celui que fournit la première cristallisation, mais l’alun obtenu par leur évaporation peut cependant être encore employé dans l’industrie.

Quelquefois, quand on a employé du sulfure de fer sensiblement pur, on obtient du sulfate de fer presque exempt de sulfate d’alumine; aussi les Chinois confondent-ils souvent sous le même nom la couperose verte et l’alun vert.

Alun jaune. — L’alun jaune de peroxyde de fer et d’alumine se forme pour ainsi dire spontanément dans les localités où l’on produit le soufre par la distillation du sulfure de fer naturel. Les pyrites entassées en blocs volumineux sont souvent abandonnées pendant longtemps au contact de l’air humide, et elles se transforment successivement, par l’oxydation, en sulfate de protoxyde de fer et en sulfate de sesquioxyde. L’oxydation du soufre détermine encore la fondation d’une certaine quantité de sulfate d’alumine, et les deux sulfates ainsi formés, entraînés par les eaux pluviales, viennent parfois cristalliser à la surface du sol sous forme d’alun de fer, qui est directement recueilli et livré au commerce.

Alun bleu (sulfate de cuivre). — Le sulfate de cuivre s’obtient en Chine à peu près comme en Europe. On emploie pour cette préparation le sulfure de cuivre, qu’on trouve en grande abondance dans plusieurs provinces et dont les gisements énormes forment parfois des montagnes entières. Ce

sulfure naturel se présente sous la forme de rognons plus ou moins volumineux.

On le brise en fragments, on le mélange à du salpêtre, et on soumet le tout à l’action de la chaleur. Le salpêtre détermine l’oxydation du soufre, qui se transforme en acide sulfurique et produit une quantité correspondante de sulfate de cuivre; il ne reste plus ensuite qu’à soumettre la matière à un lessivage, à évaporer les liqueurs obtenues et à purifier, par voie de cristallisations successives, le sulfate de cuivre qui a pris naissance.

Les Chinois préfèrent cependant le sulfate de cuivre provenant de l’oxydation du sulfure au contact de l’air après son grillage, et ils l’emploient plus spécialement en teinture et pour les usages de la médecine. Le sulfate de cuivre, qui est d’un prix plus élevé que le sulfate de fer, est souvent falsifié au moyen de ce dernier sel; du reste, quelques écrits chinois et japonais confondent les deux substances; ils donnent en effet comme caractère distinctif du sulfate de cuivre, sa décomposition par la chaleur avec formation d’un résidu rouge. Ce caractère appartient cependant au sulfate de fer, qui se décompose en abandonnant (U; l’oxyde de fer (colcothar, rouge anglais, rouge d’alun). Les Chinois savent, du reste, dans d’autres cas, préciser mieux ces deux sels distincts, et les employer avec discernement, suivant leur nature.

(Nous devons ajouter que dans les différentes provinces de la Chine les noms des produits chimiques varient fréquemment et, dans quelques régions, on nous a souvent présenté du sulfate de fer sous le nom d’alun noir, tandis que dans d’autres provinces on nous donnait du sulfate de cuivre sous la même désignation. Il faudrait avoir une bien grande habitude des termes chinois pour ne commettre aucune erreur dans ce cas.

Les Chinois emploient comme nous les aluns en médecine et en teinture.) * P. C.

on.

L’or se rencontre assez abondamment à l’état natif dans diverses régions de la Chine : il se présente quelquefois sous la forme de pépites volumineuses, mais le plus souvent il se trouve à l’état de poudre fine mêlée au sable de certains cours d’eau ; dans quelques provinces, il se trouve au sein des filons qui traversent les roches des montagnes. Les Chinois sont habiles à rechercher les filons aurifères, et ils savent très-bien distinguer le métal précieux sans le confondre avec quelques minéraux d’une apparence analogue.

Le gisement d’or le plus célèbre et le plus important de la Chine est le lit du fleuve King-cha-kiang , qui roule ses eaux sur un sable assez riche en poudre aurifère. Ce fleuve s’échappe des sommets du Thibet, il entoure tout le département de Li-kian-fou, et s’étend jusqu’à Pe-ting, arrondissement du Yun-nan.

Les arrondissements du Tbsaï-tcheou, Kong-teheou( province de Ho-nan), les pays de Lo-ping, Sin-kien (province de Kiang-si), sont encore riches en sables aurifères. Les monts The-ling, enfin, renferment «le nombreuses cavernes, où l’or se trouve associé à un minerai grisâtre, qui probablement n’est autre que la galène ou la pyrite de fer (un semblable mélange d’or et de sulfures métalliques est assez fréquent au Brésil).

Pour extraire l’or, les Chinois recueillent, par un lavage, les parcelles de métal mêlées au sable, et les soumettent à l’action de la chaleur pour amener leur fusion.

(Il est probable que les habitants du Céleste Empire ne savent pas extraire l’or intimement uni à certains minerais comme la galène , et qu’ils se bornent à traiter les sables contenant le métal à l’état natif.) P. C.

Les Chinois distinguent les différentes qualités de l’or par

la couleur qu'il présente; suivant qu’il est jaune, rouge ou verdâtre, il est plus ou moins pur. L’or rouge, presque chimiquement pur, est désigné par le nombre 10 , celui qui est violacé est représenté par O, l’or jaune par 8, et l’or verdâtre par 7 ou 7 1/2.

(On voit qu’une telle distinction, basée sur un caractère purement physique, est bien loin d’offrir un grand degré d’exactitude; il est d’ailleurs facile de mélanger l’or à certains métaux, qui pourraient lui communiquer la nuance considérée comme le caractère d’une grande pureté.) P. C.

Les Chinois ne se fient pas uniquement à la couleur du métal précieux pour déterminer sa valeur et sa pureté, ils emploient comme nous la pierre de touche. Cette pierre , qui chez eux est noire, se rencontre en abondance dans l’arrondissement de Kouang-sin.

Pour essayer une matière d’or, ils en frottent la surface avec la pierre de touche , et ils la mettent en contact avec du soufre chauffé. Si l’or est pur, il conserve, dit-on, sa couleur propre; s’il est impur, s’il renferme de l’argent ou du cuivre, il noircit presque immédiatement et d’autant plus que la proportion des métaux étrangers est plus considérable. On sait que cette couleur noire est due à la formation de sulfures de cuivre ou d'argent.

(Cette méthode d’essai «Tes matières d’or est encore bien grossière, et elle est loin de l’admirable précision des procédés de coupellation ou d’analyse par voie humide qui sont employés en Europe.) P. C.

Page 1