ARGENT
On rencontre en Chine un grand nombre de gisements de minerais argentifères, mais le pays de Thien ( province de Yun-nan ) est particulièrement riche sous ce rapport.
L’exploitation des mines d’argent est un privilège concédé au prix de lourdes redevances, que fixent des décrets impériaux. Un agent spécial du gouvernement est chargé de faire des essais sur le minerai à exploiter , et d’en constater la valeur ; la redevance que doit payer le propriétaire futur est proportionnelle «à la quantité d’argent contenue dans le minerai. (La méthode employée pour essayer les minerais d’argent n’est jQas Récrite par les auteurs chinois, mais elle est très-probablement analogue au procédé d’extraction en grand.)
Les mines d’argent s’exploitent généralement à ciel ouvert; 'on creuse dans le sol des tranchées parallèles à la direction du filon, et on les revêt intérieurement d’un boisement qui les consolide. Quelquefois cependant on pratique des galeries souterraines qui permettent de recueillir le minerai à de grandes distances de la surface du sol ; il va sans dire que ce. procédé dispendieux n’est usité que lorsque les circonstances l’exigent.
L’argent se rencontre presque toujours associé à divers minerais; on le trouve à l’état de sulfure, mélangé soit au plomb (galène argentifère), soit au cuivre, à l’antimoine et à l’arsenic (cuivre gris); il se présente aussi quelquefois sous forme d’argent rouge ( sulfure d’argent ) ou d’argent natif.
Le minerai d’argent est d’abord soumis à un triage qui a pour but de séparer grossièrement les matières terreuses et siliceuses qui l’accompagnent; à cette opération préliminaire succède la lévigation . Le minerai est ensuite entassé dans un fourneau en terre de plusieurs mètres de hauteur, dont la sole est protégée de l’action destructive, de la gangue en fusion, ou des matières ajoutées pour activer la fusion et la réduction, par une couche de poudre de porcelaine. De chaque côté du fourneau sont disposés deux soufflets mus par des ouvriers ; la température s’élève ainsi suffisamment pour liquéfier les substances mises en présence et pour mettre en liberté les métaux qu’elles renferment. Le minerai placé dans le four est couvert de bois qu’on enflamme ( on emploie particulièrement pour cette opération le bois de châtaignier ), on active la combustion à l’aide de soufflets, et on ajoute peu à peu de nouvelles quantités de combustible jusqu’à ce que l’opération soit terminée. L’habitude guide les ouvriers et leur apprend à régler la durée des opérations du traitement. Sous faction des agents réducteurs, le plomb contenu dans la galène argentifère se réduit et se rassemble à la partie inférieure du four, entraînant dans sa masse la totalité de l’argent contenu dans le minerai. On laisse refroidir et on retire du four le lingot de plomb formé, qui doit subir une nouvelle opération pour être séparé de l’argent qu’il renferme 1 .
1. On modifie celte méthode quand on traite d’autres minerais que la galène. Dans plusieurs cas, on est obligé d’ajouter du plomb au minerai, et l’opération s’exécute comme nous l’indiquons.
Le traitement du plomb s’opère dans un four disposé ;ï côté du premier, et qui porte le nom de four crapaud , à cause de son peu d’élévation par rapport à sa largeur. Le combustible employé est encore le bois. Le four évasé présente* une grande surface, et le plomb qui s’y trouve fondu se transforme rapidement en litharge au contact de l’air; cet oxyde de plomb est absorbé, au fureta mesure de sa production, par la sole du four, formée de matières analogues à celles que nous employons '.
Lorsque le lingot de plomb qui reste dans le four est suf- (isament- riche en argent, on le fait écouler dans une rigole disposée à sa partie inférieure. Le plomb se sépare de l’argent parle phénomène connu sous le nom «le liquation , les deux métaux se superposant par ordre de densité. On arrête l’opération quand on voit la surface du métal se couvrir d’irisations brillantes, et quand il projette une vive lumière. On obtient ainsi de l’argent qui contient encore des quantités notables de plomb ou de cuivre, ou même de ces deux métaux réunis. Pour le purifier, on l’additionne de plomb, et on le soumet à la coupellation dans un four plat analogue au premier; tout le plomb oxydé est absorbé par la matière poreuse qu’il recouvre, et l’argent reste à l’état de pureté. Vers la fin de l'opération , le feu doit être conduit avec beaucoup de ménagements; il faut éviter avec soin que le métal ne se refroidisse trop rapidement, car dans ce cas, il pourrait être projeté en dehors du four, en dégageant abondamment l’oxygène absorbé pendant la fusion. (Ce phénomène curieux est exprimé chez nous en disant (pie le métal a roche.) Il faut
I. On emploie en Europe, pour cet usage, de la poudre d’os (phosphate de chaux et carbonate de chaux). Cette matière a la propriété d’absorber la litharge fondue qui entraîne les autres métaux associés à l’argent. C’est sur eo principe que reposent les méthodes d’essais des matières d’or et d’argent par voie sèche, ainsi que le traitement en grand de ces métaux précieux. P. C.
aussi se garder d’atteindre une température trop élevée, car on perdrait line assez, grande quantité d’argent par voie de volatilisation: la perte serait, pour ainsi dire, proportionnelle à l’intensité de la chaleur et à la durée de son action.
(D’après ce «pii précède, on voit que les méthodes usitées en Chine, pour l’extraction de l’argent, sont sensiblement pareilles aux nôtres; l’argent obtenu est généralement d’une assez grande pureté, comme nous l’ont fait constater nos propres observations.) P. C.
Les orfèvres et les bijoutiers chinois ne prennent pas soin, paraît-il , de recueillir les poussières d’argent qui se détachent sous l’action de la lime et des outils. On prétend que les Chinois ramassent souvent dans les rues les ordures et les balayures provenant des fabriques d’objets en argent, et que, lorsqu’ils ont pu se procurer une quantité suffisante de ces résidus, ils peuvent les traiter avec profit pour en extraire le métal précieux qu’ils renferment.