‹ Industries anciennes et modernes de l'empire chinoisChapitre 31 sur 115 · COULEURS VÉGÉTALES ET MATIERES TINCTORIALES · texte numérisé non relu

COULEURS VÉGÉTALES ET MATIERES TINCTORIALES

( Parmi les arts qui ont atteint, en Chine, le plus haut degré de perfectionnement, il faut citer en première ligne l’art de la teinture; depuis des siècles, les belles étoffes chinoises, si richement colorées, ont à juste titre excité l’admiration des Européens. Nous décrirons donc avec quelques détails cette branche importante de l’industrie, en suivant l’ordre indiqué dans le texte chinois, auquel nous empruntons de nombreux documents. )

Couleur rouge (üong-hoa). C'a rt humus tinctorius. Cartharne. — C’est sous la dynastie des Han (115 ans avant Jésus- Christ) que le carthame fut importé en Chine par le général «Tchang-kien, qui en avait recueilli des graines dans les pays occidentaux qu’il avait visités avec une mission de l’empereur régnant. Le carthame se rencontre actuellement dans presque toutes les provinces de la Chine.

Les graines de carthame sont semées dans les premiers jours du second mois de l’année; si on les semait avant cette époque, la tige, après avoir atteint à peine la hauteur d’un pied, périrait sous l’influence d’une quantité d’insectes analogues aux fourmis, qui, à certains mois de l’année, font invasion dans le sol et dévorent toutes les radicelles des plantes. Quand la plantation des graines de carthame est faite dans des terres grasses, il faut protéger avec soin les arbustes de l’agitation de l’air; on sépare chaque rangée par des lignes «le pieux reliés entre eux par des toiles contre lesquelles viennent se briser les efforts du vent. Cette précau-

tion devient inutile dans les terres maigres, quand les tiges de carthame ne s’élèvent pas au delà d’une hauteur de un pied à un pied et demi.

Le carthame fleurit au milieu de l’été, et la fleur prend naissance au-dessus d’un bouton sphérique, hérissé d’épines ; on la cueille au lever du jour, avant que le soleil n’ait évaporé, sous l'ardeur de ses rayons, la rosée qui couvre les corolles. Il faut se hâter de faire la cueillette, car en quelques jours la graine mûrit et la fleur se détruit; les fleurs se forment environ pendant un mois, et il faut avoir soin de les cueillir à mesure qu’elles apparaissent.

Les fleurs de carthame destinées aux besoins de la pharmacie sont conservées sans subir aucune préparation, mais il n’en est pas de même de celles que l’on destine à la teinture. Aussitôt qu’elles ont été cueillies, encore toutes humides de rosée, on les entasse dans un sac de toile, on les lave à l’eau froide, et on en extrait le suc en les comprimant par la torsion des sacs qui les renferment, line fois débarrassées de la majeure partie de leur suc, les fleurs de carthame, retirées du sac de toile, sont mélangées avec de l’eau de riz aigri, et comprimées de nouveau; on les abandonne au repos pendant une nuit après les avoir placées sous une couche d’armoise verte. Il ne reste plus qu’à les pétrir pour en façonner des pains qui sont mis à sécher à l’ombre. Les pains de première qualité ont à peu près la largeur d’une pièce de monnaie; ceux que l’on fabrique dans les provinces de l’Ouest sont cylindriques, et leur diamètre est de trois à quatre pouces.

Les teinturiers emploient ces pains de carthame après les avoir mis en digestion dans l’eau pendant quelques jours et les avoir comprimés à plusieurs reprises dans le but d’en éliminer complètement le suc jaunâtre qu’ils renferment encore. Cette matière colorante jaune est utilisée dans la teinture de la soie, et elle sert comme base de certaines

couleurs rouges; elle peut ainsi remplacer la décoction jaune du Lou-mo ou Diervilla rcrsicolor , ipii est employée au même usage.

Après cinq ou six jours de macération, les pains de carthame sont trompés dans une lessive de cendres de riz, et ils cèdent, par la torsion qu’on leur fait subir dans une toile, la matière colorante rouge qu’ils renferment. On obtient un bain rouge, qui, additionné de vinaigre de riz, peut directement servir à teindre des étoffes. Quand on veut préparer des bains riches en matière colorante rouge, on introduit les pains de carthame dans un sac de toile, qui est énergiquement pressé après avoir été mis en digestion dans une lessive alcaline de cendres de riz.

Le rouge de carthame prend une nuance plus foncée quand on l’additionne d’un certain vinaigre préparé avec des prunes; quand il est préparé dans le dernier mois de l’année, il passe pour avoir une qualité toute spéciale.

Cette matière rouge n’est pas uniquement destinée aux besoins de la teinture, elle entre dans la préparation du fard dont les dames chinoises font un fréquent usage.

Les auteurs chinois assignent à l’invention du fard une origine très-ancienne et ils le font remonter jusqu’à la dynastie des Tcheou, c’est-à-dire 1116 ans avant l’ère chrétienne; on le préparait alors avec le suc épaissi de carthame, mélangé de graisse ou de céruse. On emploie aujourd’hui à cet usage le marc de carthame, résidu de la préparation du principe colorant; il suffit de le réduire en poudre line, et il donne un fard de bonne qualité. Les dames l’achètent dans des petits pots de porcelaine et elles en recouvrent leurs lèvres et leur visage, particulièrement sur les pommettes, a l’aide de pinceaux très-fins.

Le carthame est encore employé en Chine dans la confection du papier destiné aux cartes de visite; ce papier est d’abord trempé dans une solution d’alun et on l’introduit

ensuite dans un bain de teinture de carthame qui lui communique une belle couleur rouge.

Le rouge de carthame n’est pas très-fixe; d’après les textes chinois» il disparait au contact d'une dissolution alcaline concentrée, il serait encore altéré sous l’influence des émanations odorantes du musc.

M ATI Kit K TINCTORIALE HOUGK Kxtraite du Lithospermum erythroxylon.

Cette plante croît inditTéremment au sommet des montagnes et au fond des vallées; on la cultive aussi dans les jardins particuliers. Sa tige est rouge et ses nœuds sont verts; ses fleurs, qui naissent dans le deuxième mois de la plantation, sont violettes et blanches; ses graines, de couleur blanche, semées dans le courant du troisième mois de l’année, mûrissent en automne. A cette époque, on coupe la plante, on la laisse sécher et on en détache les graines à coups de baguette : les racines arrachées du sol sont mises à sécher à l’ombre. Cette racine offre un aspect assez singulier; sa partie supérieure est couverte de poils blancs, et sa couleur, vive et brillante avant la floraison de l’arbre, devient terne et sombre à la chute des feuilles.

Le sol qui est le plus propre à la culture du Lithospermwn est celui qui a servi à celle du millet, lorsqu’il vient d’être nouvellement défriché; il doit être élevé ou en pente, afin que les eaux pluviales glissent à sa surface sans y séjourner : on le laboure au printemps et à l’automne. Quand les semailles sont faites, il faut avoir soin de bêcher la terre et d’arracher toutes les mauvaises herbes nuisibles à cette culture; il faut aussi éviter le voisinage de matières organiques qui, par leur décomposition, produisent des gaz qui pour-

raient jaunir ou altérer la matière colorante. Grâce à ces précautions minutieuses, le Litkospermum prospère et se développe rapidement. Get arbuste croît spontanément sur les montagnes et dans les vallées de Tchang-chan (Kiang-nan), et dans la province de Ho-nan.

Pour utiliser la matière colorante que renferme cette plante, on en fait bouillir les racines dans l’eau et on trempe les pièces de soie dans la décoction ainsi obtenue. L'étoile est ensuite plongée dans une lessive faite avec les cendres des feuilles de l’arbre Ling [Enrya japonica).

Les racines du Lithospennum , après avoir été arrachées, sont réunies en faisceaux et disposées en lignes sur un terrain sec; on les charge de pierres et on les laisse sécher légèrement sous l’action des rayons solaires. Quand ce résultat est obtenu, on les place dans un endroit frais, généralement sur le toit d’un hangar, et on les enferme ensuite dans des chambres bien closes, dont toutes les ouvertures sont bouchées avec île l’argile, (les racines se conservent trèslongtemps dans ces conditions, et leur matière colorante n’est nullement altérée. Il n’en serait pas de même si on les abandonnait pendant longtemps à l’action de l’air et à l’ardeur «lu soleil; elles deviendraient trop sèches et cassantes et seraient impropres à la teinture.

Page 1