DOCUMENTS SUR L’ART D’IMPRIMER
A l’aide de planches en hois, de planches en pierre et do types mobiles, invente, en Chine, bien longtemps avant que l’Europe en Ht usage.
Suivant klaproth {Mémoire sur la boussole, p. 12D), le premier usage des planches stéréotypes en bois remonterait au milieu du x e siècle de notre ère. « Sous le règne de
Ming-tsong , de la dynastie des Thang postérieurs, dans la deuxième des années Tchang-hing (93*2 de J.-C.), les ministres Fong-lao et Li-yu proposèrent à l’académie Koue-tscukien de revoir les neuf King (livres canoniques), et de les faire graver sur des planches, pour les imprimer et les vendre. L’empereur adopta cet avis; mais ce ne fut que sous l’empereur Thuî-tsou . de la dynastie des Tcheou postérieurs, dans la deuxième des années Kouang-chun (en 952), que la gravure des planches des neuf King (ou livres canoniques) fut achevée. On les distribua alors, et ils eurent cours dans tous les cantons de l’empire. »
M. Klaproth fait observer que « l’imprimerie, originaire de Chine, aurait pu être connue en Europe environ cent cinquante ans avant qu’elle n’y fût découverte, si les Européens avaient pu lire et étudier les historiens persans; car le procédé de l’impression employé par les Chinois se trouve assez clairement exposé dans le Djemma'u el-lewarikh de Râchideddin, qui termina cet immense ouvrage vers l’an 1310 de J.-C. »
Nous ajouterons que l’Europe aurait pu connaître l’imprimerie huit cent soixante ans avant qu’elle ne fût découverte dans nos contrées, si, quelques années avant le commencement du vi* siècle elle eût été en relation avec la Chine. Grâce à ce procédé, quelque imparfait qu’il fût dans l’origine, il eût été possible de reproduire, à peu de frais, en nombre immense, les chefs-d’œuvre de l’antiquité grecque et romaine, et d’en préserver un grand nombre d’une perte aujourd’hui irréparable.
L’usage de la gravure sur bois, pour reproduire des textes et des dessins, est, en Chine, infiniment plus ancien qu’on ne l’a cru jusqu’ici. Nous lisons, en effet, ce qui suit dans l’Encyclopédie chinoise, Ke-lchi-king-youcn , liv. XXXIX, fol. 2 : « Le huitième jour du douzième mois de la treizième année du règne de Wen-ti, fondateur de la dynastie des Soui
(l’an 593deJ.-C), il fut ordonné, par un décret, de recueillir tous les dessins usés et les textes inédits, et de les graver sur bois pour les publier. Ce fut là, ajoute l’ouvrage que nous citons, le commencement de l'imprimerie sur planches de bois; l’on voit qu’elle a précédé de beaucoup l'époque de Fong-ing-wang ou Fong-lao, à qui l’on attribue cette invention, vers l’an 932. »
Cette citation se trouve reproduite dans une autre Encyclopédie chinoise, intitulée Po-l'ong-pien-lân , liv. XXI, fol. 10. Suivant un autre recueil, intitulé Pi-tsong, l’imprimerie sur bois prit naissance dès le commencement du règne des Soui (581 de J.-C.); elle se répandit sensiblement sous les Thang (618 à 90à), prit une grande extension sous les cinq petites dynasties (907 à 960) ; enfin, elle arriva à sa perfection et à son plus grand développement sous la dynastie des S on g (960 à 1278).
Un savant chinois du milieu du xi c siècle, que nous aurons l’occasion de citer tout à l’heure à propos des types mobiles, ne rapporte pas, il est vrai, la date précise de l’invention, mais il la fait positivement remonter à plus de quatre cents ans SL'füutFong-in-gtmng, à qui beaucoup d’écrivains chinois, et, après eux, plusieurs savants d’Europe, ont fait honneur de cette découverte. Il est même permis de penser que cette invention était déjà connue et en usage avant 593, puisqu’on dit que l’empereur ordonna alors d’imprimer avec des planches en bois. Si c’eût été un art tout à fait nouveau, on n’eût pas manqué d’en faire connaître l’origine et l’auteur.