‹ Industries anciennes et modernes de l'empire chinoisChapitre 65 sur 115 · USAGE DU PAPIER · texte numérisé non relu

USAGE DU PAPIER

( Le papier reçoit en Chine un grand nombre d’applications. Un de ses usages les plus curieux est celui qu’on en fait pour se procurer du feu; le papier de bambou, contenant une petite quantité de résine, a la propriété de brûler sans flamme, quand on le roule en cylindres minces et allongés ; il peut sous cette forme remplacer l’amadou, dont nous nous servions si fréquemment autrefois. Ces sortes d’allumettes carbonisées à une extrémité s’allument au contact de l’étincelle qui jaillit d’un briquet à pierre, on active l’ignition en soufflant avec la bouche. Pour éteindre ces allumettes, on étouffe la flamme dans un petit étui de bambou, et elles conservent ainsi une pointe carbonisée qui peut se rallumer facilement. On a prétendu que ce papier était imprégné de salpêtre (nitrate de potasse), mais celte assertion n’est pas exacte, comme nous avons pu le constater en analysant divers échantillons. Ce moyen primitif de se procurer du feu est général en Chine, où l’usage des allumettes chimiques européennes est à peine connu, excepté dans les villes du littoral et dans quelques grands centres de population.

Les Chinois avaient autrefois et ont encore aujourd’hui l’habitude de brûler certaines substances en l’honneur de leurs ancêtres; tantôt ils enflamment, dans leurs cérémonies, des allumettes parfumées, tantôt ils font brûler du papier.

Les marchands vendent, à cet effet, de grandes quantités d’objets formés de papiers couverts de feuilles d’étain et affectant la forme des lingots d’argent usités en Chine comme monnaie; les Chinois brûlent ces papiers étamés, à certaines époques de l’année, en témoignage de leur respect pour les morts. Ce papier se nomme papier à brûler. Tous les peuples ont leurs superstitions, et l’usage dont nous venons de parler, qui semble au premier abord devoir prêter à rire, n’offre rien cependant de plus ridicule que certaines pratiques usitées chez les nations qui prétendent marcher à la tête de la civilisation.

Une des plus importantes applications du papier dans le nord de la Chine est celle qu’on en fait pour remplacer les carreaux. Nous avons déjà parlé précédemment de cet usage, mais nous devons ajouter ici que les fenêtres garnies de papier résistent assez longtemps aux intempéries des saisons. Le verre est d’un prix très-élevé en Chine, et il n’est employé que dans certains cas pour des objets de luxe, tels que lanternes, miroirs, etc. Le papier destiné aux fenêtres se fabrique généralement en Corée; il offre quelquefois une grande dimension, et sa solidité est égale à celle d’une forte étoffe. Nous avons eu occasion d’examiner plusieurs échantillons de ce papier, qui doit sans doute une partie de sa solidité à son peu de blancheur; la matière qui le constitue n’a pas été altérée par l’action des lessives alcalines et par l’espèce de décomposition que subissent les papiers ordinaires au contact de la chaux. Les papiers à vitre, suivant leur prix, sont bruts et à gros grains, ou polis et satinés au moyen de cylindres que l’on passe à leur surface au moment de leur dessiccation. Quelquefois même on les polit avec une pierre assez dure et rugueuse. Dans cet état, le papier de bonne qualité peut valoir 60 à 75 centimes le mètre carré.) P. C.

Il va sans dire que le papier, outre les usages précédents, sert à écrire, à faire les livres, etc.

loi

On utilise en Chine comme en Europe les débris de vieux papier ; on les ramasse dans les rues et on les recueille pour une nouvelle fabrication.

A une certaine époque, le papier était très-cher, et on ne pouvait en fabriquer que de très-petites quantités; c’est alors que l’on recueillit les vieux chiffons pour les transformer en pâte à papier. Après avoir décoloré le chiffon, on le faisait pourrir dans de l’eau, et on obtenait une pâte à papier d’assez bonne qualité. On s’épargnait ainsi diverses opérations qui sont nécessaires quand on fabrique le papier pour la première fois. Cette pratique n’était pas usitée dans le midi où le bambou a toujours été très-commun.

(Nous devons faire remarquer que les Chinois emploient depuis dix- huit siècles pour fabriquer le papier divers succédanés du coton et du chanvre, que nous cherchions, il y a quelques années seulement, à substituer aux matières textiles, ou du moins à y ajouter pour diminuer le prix trop élevé de la matière première. Les textes chinois parlent même d’écorces d’arbres, d’algues, qui servent à fabriquer un excellent papier, et on sait que les tentatives faites en Europe pour réaliser une semblable fabrication n’ont jamais conduit à des résultats propres à modifier sérieusement notre grande industrie papetière.) P. C.

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